Joseph Kabila-Moise Katumbi: décryptage de la guerre des « mandats »

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Mercredi 4 mai en soirée, Moïse Katumbi Chapwe, ex-gouverneur du Katanga a annoncé, officiellement, qu’il était candidat à la présidence de la République démocratique du Congo. Une
annonce qui était dans l’air depuis des mois.
Tellement prévisible que quelques heures avant cette annonce, le ministre congolais de la Justice, M. Thambwe, s’était empressé de réunir toute la presse de Kinshasa pour annoncer qu’il demandait l’ouverture d’une enquête contre M. Katumbi pour le recrutement de mercenaires, rien que ça ! Une enquête lancée suite à l’arrestation, le 24 avril dernier de plusieurs chauffeurs et gardes du corps de M. Katumbi, lors d’une marche pacifique interrompue par des grenades lacrymogène tirées par la police dans le quartier populaire de la Kénya à Lubumbashi. Jeudi, dès le milieu de la matinée, la police de Lubumbashi (Katanga) se mettait en route. Direction la demeure de M. Katumbi. Objectif : l’arrestation de celui qui déclarait, la semaine dernière dans nos colonnes, être devenu « l’homme à abattre pour le régime de Joseph Kabila ». Un président atteint par la limite constitutionnelle des deux mandats et qui ne peut donc se représenter lors de la présidentielle qui doit se dérouler en novembre prochain.
Dès les premières heures de ce véritable thriller, une tension apparaît entre la police de Lubumbashi, visiblement mal à l’aise avec cette procédure, et les hommes des services de renseignements qui, eux, exigent la tête de Moïse Katumbi.
Derrière cette tension se dessine le combat sans merci que le patron des services de renseignements, M. Kalev, a juré de mener contre Moïse Katumbi.
Mais les portes de la demeure de Moïse Katumbi demeurent closes et des hommes de la Monusco (mission des Nations Unies en RDC ) prennent position pour « veiller et s’assurer qu’il n’y ait pas d’excès de zèle de la part de la police », comme le dit un membre de la mission onusienne, joint à Lubumbashi. Un petit jeu du chat et de la souris qui s’est éternisée jusqu’à la tombée de la nuit.
Ce vendredi soir, une nouvelle bombe est lâchée par Kinshasa contre Moïse Katumbi, un mandat de comparution sera signifié dans les prochaines heures à l’ex-gouveneur. « Un premier mandat lui a été adressé par huissier mais les portes de la demeure de M. Katumbi sont restées closes », nous explique-t-on à Lubumbashi. Information confirmée quelques instants plus tard par le ministre congolais de la Communication Lambert Mende.
Le ministre de la Justice, lui, est aux abonnés absents. En tout cas à Kinshasa. M. Thambwe est en effet arrivé ce jeudi matin à Bruxelles, dans la commune d’Uccle, où il doit célébrer son anniversaire de mariage en compagnie, notamment, de quelques édiles communaux.
« Si le second mandat de comparution est signifié, la personne a tout intérêt à se rendre devant la justice », nous explique un avocat du barreau de Lubumbashi. « Si ce n’est pas le cas, un mandat d’amener sera délivré et là, c’est la police qui interviendra pour appréhender le prévenu ».
Kinshasa ou Lubumbashi ?
Mais après la guerre entre la police et les services de renseignements, un autre conflit pointerait le bout du nez dans ce dossier. En effet, le mandat de comparution aurait été signé par l’avocat général du parquet général de Kinshasa, suite aux instructions laissées par le ministre de la Justice avant son embarquement pour Uccle. Or, Moïse Katumbi, qui n’est plus gouverneur du Katanga, ne bénéficie plus du privilège de juridiction et dépend donc désormais, comme tout citoyen lamba domicilié comme lui à Lubumbashi, du parquet général de cette ville. C’est donc la Cour d’appel de Lubumbashi qui aurait dû émettre ce document et non l’avocat général de Kinshasa.
Un vice de procédure flagrant qui s’expliquerait par l’énervement qui règne à Kinshasa depuis l’annonce de la candidature de Moïse Katumbi à la présidence et l’arrivée d’une forte délégation politique américaine, ce vendredi matin dans la capitale congolaise. Le prétendu mercenaire étant de nationalité américaine, Washington a déjà démenti les informations sur le profil de cet homme et n’entend pas laisser accusé un de ses concitoyens par le pouvoir de Kinshasa.
HUBERT LECLERCQ 
afrikatv.net