
En République démocratique du Congo, la police a refoulé à coups de gaz lacrymogènes plusieurs milliers de partisans de Moïse Katumbice vendredi 13 mai à Lubumbashi. L'opposant était convoqué pour la troisième fois au palais de justice. Selon ses avocats, l’ex-gouverneur du Katanga a été « brutalisé ». L’audience a été ajournée.
Comme lors des deux premières comparutions, les partisans de Moise
Katumbi étaient venus nombreux autour du palais de justice, malgré
l'important dispositif de sécurité et les appels lancés le matin par la
police au mégaphone, pour inciter la population à rester chez elle.
C'est vers midi que Moïse Katumbi est arrivé dans un minibus, accompagné
de ses soutiens. La police a alors utilisé du gaz lacrymogène pour
disperser la foule.
Selon la défense, Moïse Katumbi aurait été extirpé de son bus sans
ménagement par les forces de sécurité. Affaibli par des coups qu'il
aurait reçus dans les jambes et l'inhalation de gaz, l'ex-gouverneur a
demandé à recevoir des soins. Le procureur a accepté la requête et a
donc suspendu la comparution avant même qu'elle débute. Le frère de
Moïse Katumbi, atteint par des pierres au visage et à l'épaule, a lui
aussi été hospitalisé.
Selon la défense, ce sont des policiers qui ont jeté ces pierres. De
son côté, le gouverneur du Haut-Katanga dément toute brutalité
policière.
« Plusieurs policiers ont d'ailleurs été blessés »
« Ce sont les militants qui jettent des pierres, pas les forces de l'ordre. Plusieurs policiers ont d'ailleurs été blessés », souligne le gouverneur du Haut-Katanga Jean-Claude Kazembé. « Pour
ce qui est de Moïse Katumbi, la police n'a aucune raison de le
brutaliser puisqu'il répond volontairement aux convocations. Il a
d'ailleurs déjà comparu deux fois sans encombre », ajoute le gouverneur.
Candidat déclaré à la présidentielle censée avoir lieu avant la fin
de l'année, Moïse Katumbi devait être confronté au palais de justice de
Lubumbashi à plusieurs personnes arrêtées dans l’affaire du « recrutement de mercenaires ».
L'affaire des « mercenaires »: qui sont les quatre hommes détenus ?
Dans cette affaire, quatre hommes ont été arrêtés le 24 avril à Lubumbashi : un Américain et trois Congolais.
L'Américain Darryl Lewis,
âgé de 48 ans, employé par une sécurité privée américaine, est accusé
d'être un mercenaire au service de l'opposant Moïse Katumbi. Les
autorités lui reprochent aussi d'être entré illégalement sur le
territoire en se faisant passer pour un expert agricole alors que
Kinshasa le reconnait plutôt comme un expert en armement.
Depuis, Darryl Lewis a reçu la visite de représentants américains au
moins à deux reprises. Jusqu'à présent, il assure n'avoir subi aucun
mauvais traitement.
Aucune visite autorisée pour les trois Congolais
Voilà maintenant plus de trois semaines que trois Congolais sont
également détenus par les services de renseignements. Ni leurs avocats
ni leurs familles n'ont été autorisés à les voir.
Les trois Congolais sont accusés d'avoir voulu recruter et entraîner des mercenaires.
Mais leurs avocats assurent qu'ils n'étaient pas armés et qu'ils sont
juste des collaborateurs de Moïse Katumbi. Deux d'entre eux, Franck
Mwashila et Sefu Idi sont des gardes du corps de l'opposant. Le
troisième, Yannick Kibinda, est l'un des responsables des supporters du
Tout-Puissant Mazembe, le célèbre club de foot quintuple champion
d'Afrique, de l’ex-gouverneur du Katanga.
Les trois accusés congolais ont entre 30 et 40 ans et leurs avocats
s'étonnent beaucoup de leur transfert à Kinshasa. Selon eux, il n'y a
aucune raison légale de ne pas les juger à Lubumbashi, là où ils
résident et où se sont déroulés les faits qu'on leur reproche.
Maître Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba détaille les conditions de détention des quatre hommes accusés d’être des mercenaires
A Lubumbashi, Moise Katumbi est dans son fief : ex-gouverneur de la province et président du Tout-Puissant Mazembe, le riche homme d'affaires peut y compter sur de nombreux soutiens.
En plus, de ses huit avocats, le noyau dur comprend sa femme et d'autres parents comme son frère Abraham, blessé par des jets de pierre hier, ou encore Salomon Della, un proche conseiller et directeur financier du TP Mazembe. Plusieurs joueurs étaient d'ailleurs présents lundi à ses côtés, tandis qu'hier, des membres du club des supporters dressaient un cordon de sécurité sur son passage.
Candidat à la présidentielle, Moïse Katumbi compte aussi des soutiens politiques comme les députés d'opposition Mwando et Lutundula par exemple, présents hier.
Et puis il y ala masse des anonymes : sur place, brandissant des pancartes « Je suis Moïse », ou sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #TousAvecMoïse. Pour Katumbi, qui dénonce une instrumentalisation politique de la justice et redoute d'être transféré à Kinshasa, cette mobilisation et la pression qu'elle exerce sur la Cour comme sur les autorités ne peut être qu'un atout. Ses proches parlent de mobilisation spontanée ; mais le gouverneur du Haut-Katanga affirme au contraire que tout est organisé et que Moïse Katumbi, comme ses proches, dépensent sans compter pour faire grossir la foule.
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