Aïcha, 25 ans, est étudiante en gestion dans la ville de Soa, près de
Yaoundé au Cameroun. Sa grand-mère et l'ancien époux de sa mère lui
envoient tous les mois de l'argent, ce qui lui permet de vivre avec 110
000 F
CFA par mois. Pour notre série, elle nous a ouvert son
portefeuille.
Un samedi du mois de juin, à 15 heures, à Soa, la chaleur est encore
pesante dans cette localité située à 15 km de Yaoundé. Mais Aïcha, au
marché, a encore quelques achats à réaliser pour la préparation de sa
soutenance de mémoire. Bien que la date de celle-ci n’ait pas encore été
arrêtée, l’étudiante attend avec impatience ce jour, qui clôturera sa
formation.
Gabonaise née à Libreville, la jeune femme intègre la faculté de
sociologie de l’université Omar Bongo Ondimba après l’obtention de son
baccalauréat. Sa licence en poche, l’étudiante décide de changer de
filière et troque la sociologie lui paraissant « trop théorique »,
contre la gestion.Un changement de voie qui l’emmènera au Cameroun.
Frais d’inscription payés par son père
Un partenariat entre les universités camerounaise et gabonaise lui
permet en effet d’intégrer le CREPS, le Centre de recherche de
l’université de Yaoundé II au Cameroun et de se spécialiser sur « les
questions liées à la gestion, la dynamique et la sécurité des espaces
frontaliers ». Une formation plus pratique mais qui a un coût. Si elle
avait été exemptée des frais d’inscription l’année passée, cette fois-ci
Aïcha a pu compter sur son père pour régler les 760 euros annuels.
Dons de sa grand-mère et de son ancien beau-père
Chaque mois, l’étudiante reçoit également 75 euros de
la part de sa grand-mère et 92 euros de l’ancien époux de sa mère,
restés à Libreville. Les revenus mensuels de l’étudiante s’élèvent donc à
167 euros, dans un pays où le revenu national brut par habitant
était estimé en 2014 à 99 euros par la Banque mondiale.
L’alimentation et l’achat d’eau potable constituent ses principaux postes de dépense (45 euros chaque mois). Puis, la consommation d’eau et d’électricité lui coûtent 5 euros et 7 euros respectivement.
Revenu mensuel total : 167 euros (110.000 F CFA) taux de conversion au 07 Avril 2016 : 1 euro = 656.535 F CFA
Loyer annuel : 538 euros
Aïcha vit en résidence universitaire en plein cœur de la ville
estudiantine ce qui lui coûte 538 euros par an. « Le système de paiement
des loyers est différent ici car on ne paie pas nos loyers par mois
comme à Libreville, mais à l’année », explique-t-elle. Une somme
qu’Aïcha a payé comptant en début d’année universitaire et qui ne pèse
plus sur ses dépenses mensuelles.
À Soa, le transport se fait principalement en « deux roues », ce qui
peut lui coûter jusqu’à 15 euros par mois, notamment lorsqu’elle se rend
à Yaoundé en bus.
Épargne, 77 euros
Aïcha s’autorise à dépenser 18 euros pour quelques sorties entre amis
ou pour se faire plaisir en s’achetant des vêtements. Prévoyante et
pragmatique, elle réserve 77 euros à
l’épargne. Un bas de laine qui lui permet de tenir lorsque sa
grand-mère ne parvient pas à lui envoyer des sous. Elle confie aussi
vouloir utiliser cet argent mis de coté pour préparer son retour au
Gabon.
Aïcha a l’ambition de passer le concours de l’École nationale
d’administration (ENA) à Libreville, dont la réussite pourrait lui
assurer une carrière dans la fonction publique. « Je souhaiterais
rentrer à la fin du mois de juin pour éviter à ma famille des dépenses
supplémentaires et pour préparer le concours ». Pour l’heure, Aïcha
prépare sa soutenance de mémoire sur le rôle du ministère des Transports
– où elle a effectué un stage – dans la lutte contre la criminalité
transfrontalière. Une étape décisive pour la suite.
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