Dans cette grande interview à nous accordée, le président du
Conseil d’administration de l’Union Sportive de Douala parle de sa
candidature à la tête de la Ligue de Football Professionnel du Cameroun
(LFPC). Il revient sur quelques grandes lignes de son projet, ses
chances par rapport à ce scrutin du 28 juillet 2016, mais aussi sur
l’ambiance qui caractérise cette période préélectorale.
Nous sommes à moins de dix jours des
élections à la Ligue de football professionnel à la présidence de
laquelle vous êtes candidat, peut-on dire que Franck Happy est serein ?
Oui, bien sûr que je suis serein, je n’ai pas de problème. On est
résolument engagés, nous venons de recevoir notre convocation à
l’assemblée. Cela veut dire que l’élection du président de la Ligue aura
bel et bien lieu le 28 juillet effectivement à 10 heures à l’hôtel
Mansel. On se prépare ardemment par rapport à cela.
Même si l’on annonce des défections dans votre équipe ? On
sait que le président de la Colombe, André Noël Essian, 2e
vice-président de votre liste et Zacharie Wandja, le PCA de la Panthère
sportive du NDÉ ont apporté récemment leur soutien au général Pierre
Semengue, votre adversaire.
Il faut vous méfier des effets d’annonce. Je ne sais pas si vous avez
vu une lettre de démission de qui que ce soit. Vous savez, les
élections, c’est un train qui voyage. Ce n’est pas, pour reprendre
l’expression du Cameroun l’Intercity qui va de Douala et qui n’a qu’un
arrêt à Yaoundé ou vice-versa. C’est l’autorail. C'est-à-dire qu’il va
de gare en gare, certains passagers montent, d’autres descendent. J’ai
l’impression qu’il y en a plus qui montent que ceux qui descendent.
S’agit-il donc d’une mise en scène ? Dans ce cas, qui l’aurait orchestrée ?
Je ne sais pas s’il s’agit d’une mise en scène. Je n’ai reçu aucune
défection. J’entends dire par exemple que le président de la Panthère a
démissionné. Est-ce qu’il était sur ma liste ? Le président Zacharie
Wandja n’était pas dans ma liste, la Panthère ne fait pas partie de ma
liste. Le DG de Panthère, Calvin Djapa est une personnalité dans ma
liste, ce n’est pas Panthère. Où est la défection ? Si Zacharie Wandja
qui était candidat décide de donner son soutien au président Pierre
Semengue, je ne vois pas la défection.
Et sur le cas de Monsieur André Noël Essian, président de
Colombe de Sangmelima, le 2e vice-président sur votre liste qui a
clairement pris la parole lors de la conférence de presse du général
Semengue à Yaoundé pour indiquer qu’il a changé de camp…
Monsieur Essian a fait des déclarations. Mais il ne m’a envoyé aucun
courrier pour me dire qu’il quitte ma liste. Qu’est-ce que vous voulez
que j’en interprète, j’attends de voir les résultats dans les urnes.
Est-ce que vous savez qu’en l’état actuel, si nous sommes élus, monsieur
Essian sera vice-président puisqu’il est sur ma liste.
Lors de votre dernière conférence de presse, vous aviez
indiqué que ce n’était pas encore le moment de décliner votre projet.
Est-ce qu’il est finalement temps que le public en ait une idée ?
Malheureusement, ce n’est toujours pas le moment. Mais je peux vous
dire qu’il a cinq axes. Je ne peux pas en parler maintenant parce qu’il
va être présenté à la presse vendredi prochain au Palais des Sports à
Yaoundé. Ces cinq grands axes sont : les joueurs, la Ligue, les clubs,
les arbitres et la compétition. Voilà comment nous le déclinons.
Maintenant, entrer dans les détails des axes, ce serait aller trop loin.
Je vais quand même vous donner les grandes lignes de notre programme.
Premièrement, il est centré sur les acteurs. C'est-à-dire les joueurs,
les équipes et les arbitres. Ce sont les premiers concernés par la Ligue
de football professionnel. C’est pour cela que nous avons organisé des
descentes sur le terrain pour rencontrer le Synafoc (syndicat national
des footballeurs camerounais, NDLR) et pour rencontrer les arbitres.
Malheureusement, nous n’avons pas pu rencontrer les entraineurs. Ils
n’ont pas souhaité nous rencontrer, ils nous ont juste envoyé un
courrier. Pourtant, on voulait les rencontrer pour leur expliquer ce que
nous avions et écouter ce qu’ils avaient à nous proposer. La première
chose que nous allons mettre dans ce championnat, et c’est la chose la
plus urgente, la plus facile et en même temps la plus difficile à mettre
en place : l’intégrité de la compétition et la qualité de l’arbitrage.
C’est pour nous la clé. Pour d’autres, ce sont les financements,
l’argent, mais, pour nous, c’est ça qui est le plus important. C’est à
partir de là que les supporters peuvent revenir dans les stades, c’est
parce qu’ils croient à la compétition. C’est à partir de là que les
équipes peuvent être en confiance sachant qu’elles peuvent gagner
n’importe où. Qu’elles ne vont pas se faire agresser dans des stades,
que s’il y a de tels cas, des sanctions peuvent tomber rapidement. C’est
avec ce public qui va revenir au stade parce que la compétition aura
gagné en crédibilité, en intégrité, en équité que les arbitres auront
été au niveau et, donc, ça demande une amélioration des conditions de
travail des arbitres : revalorisation de leurs émoluments prise en
compte d’une classification, pour que ce soit les meilleurs qui dirigent
les matches. Et ce n’est que quand le public revient que vous allez
chez les annonceurs en disant : écoutez, voilà le nombre, regardez le
taux de fréquentation de nos stades, regardez la qualité de notre
spectacle, voilà pourquoi nous venons vers vous pour que vous accoliez
votre image à notre championnat. Pour nous, c’est le premier axe. Et les
derniers évènements de ces dernières semaines nous confortent dans ce
que nous disons. Pour nous, c’est la condition sine qua non. C’est
quelque chose qui peut être fait rapidement sans nécessairement beaucoup
de moyens. C’est cela qui va permettre de lancer, la saison d’après.
C’est un chantier essentiel parce que là où le bât blesse en ce moment,
c’est à ce niveau-là. Et les dernières décisions prises au niveau de la
Ligue nous confortent dans ce sens.
Le deuxième, c’est la réduction du train de vie de la Ligue. La Ligue
est budgétivore et on pense qu’on peut faire des économies d’au moins
300 millions. Et cet argent va être reversé aux clubs. En termes de
sponsoring, ça risque d’être un peu difficile parce qu’on n’aura pas eu
le temps de se déployer même si on a déjà des partenaires qui vont nous
accompagner. Mais nous attendons déjà dès la deuxième année, 400
millions en sponsoring. Si vous ajoutez les 300 millions dont je vous ai
parlé précédemment, ça fait 700 millions qui peuvent être redistribués
aux clubs à hauteur de 25 millions en Ligue 1 et 15 millions en Ligue 2.
Vous ferez le calcul et vous verrez que nous sommes dans ces zones-là.
Et tous les ans, nous attendons les augmentations de 20% de notre
enveloppe sponsoring.
L’on constate que les chiffres que vous avancez sont à des
années-lumière des promesses du général qui table sur pas moins de 50
milliards l’année pour les équipes. Est-ce que cette différence ne peut
pas jouer contre vous ?
Non ! J’ai justement l’avantage d’être acteur. Je suis président de
club et je connais la réalité. Je ne vais pas vendre le rêve simplement
parce qu’on est en campagne, je ne vais pas avancer des chimères. Ça,
c’est la réalité de notre tissu économique. Par exemple, nous on a
l’ambition d’avoir un naming en sponsoring, mais ça va être compliqué.
Aujourd’hui, il n’y a aucune entreprise qui peut donner 700 millions à
la Ligue comme le faisait Mtn, il y a quatre à cinq ans. On espère que
petit à petit, peut-être dans cinq ans. Mais au jour d’aujourd’hui, au
niveau de la paupérisation de notre foot, de la qualité et avec tous les
rebondissements et la mauvaise image, aucune entreprise ne peut venir
pour porter la Ligue. Croisons les doigts, mais disons que c’est très
difficile. Il faut que l’entreprise en question croie en la Ligue ou au
moins croie aux dirigeants pour pouvoir apporter cela. Ou alors, accepte
de partir avec vous dans l’espoir que les choses vont changer. Nous on
va mettre l’accent sur un sponsoring en pool, c'est-à-dire de groupe. Il
est plus facile pour nous de lever cinq cents millions avec dix
entreprises qui acceptent de mettre cinquante millions que de lever cinq
cents millions avec une seule entreprise. C’est cela, notre objectif.
Maintenant, si on en trouve, tant mieux ! Mais nous, on est réaliste. On
va axer sur le pooling mais également sur le sponsoring local.
C'est-à-dire quoi ? Vous allez dans un stade comme Bafoussam, CONGELCAM
(une poissonnerie, NDLR) est par exemple sponsor de Racing de Bafoussam.
Peut-être que CONGELCAM ne veut pas mettre cinquante millions pour être
dans le pooling des annonceurs de la Ligue, mais il est prêt à mettre
cinq ou dix millions pour être sponsor local sur le stade de Bamendzi ou
sur le stade de Kouekong pendant les matches à domicile de Racing. En
mettant ces dix millions, il devient sponsor local, c'est-à-dire qui
n’annonce, qui ne vend son image que pendant les matches de Racing. Et
là, on fait une grille de répartition entre Racing et la Ligue. Entre 30
et 40 pour cent pour le Racing et entre 60 et 70 pour cent pour la
Ligue qui va reverser sa quote-part à l’ensemble des autres clubs. Ça
fait donc que la Ligue peut plus facilement trouver des sponsors locaux
par rapport aux sponsors qui sont résidents dans une ville : comme à
Mbouda, avec Général Express par exemple, à Bangangté, à Bafang, ainsi
de suite. Donc, ils vont régler une partie des problèmes financiers des
clubs qui sont basés dans ces villes-là. C’est donc une autre façon de
trouver des sources de revenus. Il y a également un volet qui est
inconnu des profanes, c’est les services à valeur ajoutée sur les
mobiles, et sur les paris sur lesquels nous allons travailler énormément
pour augmenter les revenus. Mais ça, ça pourrait se faire à partir de
la deuxième année. La première année, comme je vous l’ai dit, ça va être
pour nous comme une phase de transition, une phase de mise en place de
ce que nous sommes en train de vouloir faire par rapport à la qualité de
l’arbitrage, par rapport au niveau de la compétition. Et c’est ça qui
va nous amener dès la deuxième année à être beaucoup plus forts.
Maintenant, si ça arrive, vous savez qu’il y a déjà deux annonceurs qui
ont montré leur intention de nous accompagner : vous avez Hisense et
City Sport. Bien sûr, il y a les droits télé qui vont être renégociés.
Il y a déjà Super Sport dont j’ai été le consultant en Afrique pendant
longtemps, qui m’a rappelé pour me dire qu’ils étaient prêts à
m’accompagner, vu que les stades aujourd’hui seront des stades de
meilleure qualité avec les Coupes d’Afrique que nous sommes en train
d’organiser. Donc, la diffusion des matches sera beaucoup plus
intéressante, on peut lever beaucoup d’argent dans les droits de
retransmission. Voilà les grands axes dans lesquels nous allons nous
atteler.
Le général aussi annonce 25 stades modernes pour donner une
autre image au championnat. Comment appréciez-vous cette promesse de
campagne ?
Vous savez, on est en campagne et vous n’allez pas empêcher aux gens
de faire leur propagande. La vérité, c’est que nous sommes des clubs et
ce n’est pas d’autres personnes qui votent. C’est nous-mêmes qui votons,
donc, on connait les réalités. Je suis persuadé que, ce jour-là, les
présidents de club voteront le réalisme par rapport au surréalisme ou à
l’utopie. La Ligue n’a pas levé cent millions en sponsoring en cinq ans.
Je ne parle pas de l’enveloppe de subvention du Ministère des Sports,
je ne parle pas de la subvention de la Fédération camerounaise de
football pour l’organisation du championnat. Je parle du sponsoring, la
vente de l’image de la Ligue. Par quel extraordinaire, nous lèverons 50
milliards par saison ? Je ne sais pas, pour moi, c’est de l’utopie.
Comment appréciez-vous l’ambiance générale autour de ces
élections ? On voit pas mal d’animosité, ça va dans tous les sens… Mais
les présidents de clubs, on les sent plutôt assez calme jusque-là, cela
traduit quoi, à votre avis ?
La vérité, c’est qu’il y a une fébrilité. Notre adversaire, c’est
quand même une personnalité de la République, c’est le plus haut gradé
de l’armée et logiquement, il suscite beaucoup de respect et
d’admiration et que d’habitude, nous n’avons pas l’habitude de ce genre
de compétition – je ne vais pas parler d’affrontement parce qu’on n’est
pas sur un territoire de guerre – ce genre de confrontation. Et donc, je
crois que ma candidature fait vraiment problème, fait beaucoup plus
peur que les gens ne veulent l’avouer. C’est pour cela que, toute
tentative d’intimidation, tout ce qui peut être fait pour nous intimider
est bon pour le faire. Mais cela est fait à dessein. C’est là où on
peut regretter, ce n’est pas très fair-play, le fait que le président du
CPG a tout fait pour organiser les élections en milieu de saison.
C’était pour avoir des moyens de pression sur les clubs. C’est fait à
dessein. La même élection, en fin de championnat où personne n’a plus de
pression par rapport à la montée ou à la descente, l’attitude serait
complètement différente. Il y a des gens qui peuvent vraiment faire
face. Dans notre liste, les sept clubs que vous voyez, plus l’Union de
Douala, ce sont sept téméraires, sept convaincus du fait de leur âme, de
leur conscience qui ont accepté de prendre des coups et des risques
parce que la plupart nous ont dit : non, on ne peut pas être sur la
liste, mais on votera le moment venu.
À quel moment avez-vous pensé être candidat ?
Depuis un an, la ligue ne fonctionne pas. Et nous voyons les dérives.
Le président est revenu dans le fonctionnement de la Ligue au
fonctionnement de la Ligue de 2011 à 2012. C'est-à-dire, le président
autoritaire qui décide et ne rend pas compte alors que depuis la
normalisation, la ligue était dans une phase de gestion orthodoxe,
collégiale c'est-à-dire telle que prescrite par les règles
d’association, où le président proposait et c’est son bureau qui
décidait avec lui et nous entérinions ses décisions. Je peux vous dire
que si on avait fait les élections à la Ligue, quelque temps avant les
élections à la fédération, à ce moment, les comptes de la ligue étaient
excédentaires. Je pense qu’on laisserait entre 80 à 100 millions dans le
compte de la Ligue. C’est parce que la gestion et la prise de décisions
étaient collégiales. Mais après les élections à la Fecafoot, le
général, je crois qu’il savait déjà qu’il allait se mettre en campagne,
le fonctionnement n’était plus le même et on est même arrivé à un point
de rupture. Nous sommes encore dans le Comité provisoire de gestion
(CPG), mais ça fait six mois qu’on n’a pas tenu de réunion. Le président
décide, signe des circulaires, et c’est applicable. Il va vous dire que
c’est le président tout comme on va vous dire que vous êtes solidaires
de ce bilan. Bien sûr parce que vous êtes membres, mais, en réalité,
vous n’avez pas participé à cette prise de décision là.
Pourquoi n’avez-vous pas démissionné ?
Non ! En tant que membre de l’assemblée générale, démissionner aurait
été plus qu’une fuite en avant, on aurait abandonné la ligue.
Aujourd’hui, je peux vous dire plein de choses parce que nous sommes
quand même là. Quand des décisions sont prises, on montre que nous ne
sommes pas d’accord, mais elles sont déjà prises. Ou bien, on vous
appelle pour vous informer que les décisions sont prises. Alors que si
vous n’êtes pas là, c’est encore plus grave. Par contre, dès que la
Commission électorale a annoncé les candidatures, j’ai démissionné de ma
position de premier vice-président. Parce que dans aucune structure
provisoire déjà, le président de cette structure ne se présente à
l’élection qui suit sa mise en place. Normalement, au moment d’aller aux
élections, il démissionne pour permettre qu’il y ait de la neutralité
ou que tout le monde puisse être logé à la même enseigne. Pour nous,
cette élection, on va la jouer à l’extérieur, et non à domicile. Mais le
Portugal a bien gagné l’Euro en France.
Toujours dans l’ambiance qui accompagne cette campagne, il y a
une sortie qui a fait beaucoup de vagues dans le milieu du sport :
celle du président de la Fédération, Tombi A Roko Sidiki qui dit vous
avoir découragé d’affronter le général qu’il présente comme un
patriarche qui ne mérite pas d’être perturbé. Comment l’avez-vous
accueillie ?
Je ne veux plus revenir là-dessus. S’il a fait ses déclarations, j’en
ai pris acte. C’est vrai qu’il m’a demandé de ne pas me présenter, mais
il a donné un avis. Donc, il est le président de la fédération, mais ce
n’est pas lui qui décide, nous sommes tous des adultes. Je crois qu’il a
donné son avis de façon sincère, maintenant, j’assume les décisions
que je prends. Pour moi, il n’y a aucun problème là-dessus. La relation
que j’ai avec lui, c’est une relation normale, sauf qu’on ne peut pas
être d’accord sur tout. Il est normalement le président, donc il réagit
en tant que le président. Mais on peut quand même regretter et je le
regrette, qu’il n’ait pas observé la neutralité. Il aurait pu, comme
certains le susurraient qu’il ne soutenait pas de candidat en
particulier, sauf que là, il a pris fait et cause pour le président du
CPG. Mais pour moi, ce n’est pas grave. Comme je l’ai dit, nous allons
jouer à l’extérieur.
Que répondez-vous à ceux qui ne croient pas trop en la sincérité de ses déclarations ?
Si vous ne croyez pas en sa sincérité, c’est que vous ne connaissez
pas le président Tombi. Il dit ce qu’il pense et il pense ce qu’il dit.
Moi, je vous dis que ce sont des déclarations fortes. Ceux qui le
connaissent savent. Il ne fait pas dans la langue de bois. Mais vraiment
pour moi, c’est passé ça ! J’ai réagi là-dessus il y a bien longtemps,
on est passé à une autre étape.
L’on voit aussi que cette campagne crée un gros clivage
entre des présidents de clubs, pouvez-vous nous rassurer que s’il vous
arrive d’être élu, il n’y aura pas de chasse aux sorcières ?
Non ! On ne peut pas faire de chasse aux sorcières avec les
présidents de club. Les vrais patrons de la Ligue, ce sont des clubs. Il
faut remettre les choses à leur place. Le patron de la Ligue, ce n’est
pas le président, le président est au service de la ligue et non le
contraire. C’est pour ça que la Ligue n’a pas besoin d’hommes forts,
elle a besoin d’une institution forte. C’est pour cela que je pense que
mes collègues vont porter leurs choix sur moi parce qu’avec moi, ils
savent que je ne peux pas m’amuser, je suis obligé de les servir parce
que sinon, ils vont me déposer alors qu’il est beaucoup plus difficile
de déposer le général. Mais Franck Happy, vous le déposez, il n’y aura
pas d’éruption volcanique, il n’y aura rien. Je pense que vu sous cet
angle là, mes collègues vont me donner les faveurs de leurs voix. Il n’y
aura pas de chasse aux sorcières. Vous ne pouvez pas vouloir garantir
l’équité de la compétition et faire la chasse aux sorcières. Ça veut
dire que la compétition ne sera pas équitable pour tout le monde et donc
votre objectif de ramener les gens au stade ne fonctionnera pas. Par
contre, on va être intransigeant sur un certain nombre de choses. Par
exemple, la corruption, les matches truqués… Là-dessus, on va se faire
probablement des ennemis, mais on va être intransigeants parce que ça
fait partie des choses qu’il faut mettre en place pour garantir l’équité
de la compétition.
Que pensez-vous aussi de ceux qui pensent que, la vraie
bataille dans cette élection, c’est entre Franck Happy et Faustin
Domkeu, votre prédécesseur à la tête de l’Union de Douala qui se
retrouvent face à face ?
Je ne me retrouve pas face à lui. Où est-ce que vous l’avez vu en face ? Il n’est pas en face, il est derrière quelqu’un (1er vice-président
dans la liste de Pierre Semengue, NDLR). C’est justement parce qu’il ne
peut pas être en face qu’il est derrière quelqu’un. Moi, je suis
candidat à la Présidence, lui, il est candidat à quoi ? Il n’est
candidat à rien. On n’élit pas un vice-président, on élit le président
avec sa liste. Donc, ne me comparez pas à lui, je pense qu’aujourd’hui,
il n’y a pas de comparaison à voir. S’il voulait être en face, il se
serait mis en face. On serait trois candidats : le général, mon grand
frère Faustin et moi-même. Vous savez, il faut aussi avoir de couille et
je pense que j’en ai un peu.
Est-ce que le fait que vous soyez engagé dans cette joute
électorale n’a pas un impact sur votre équipe, l’Union Sportive de
Douala ?
On a eu un impact pendant un bon moment par rapport à la cabale qu’il
y avait contre l’Union. Mais je pense que, depuis deux à trois
matches, on s’est quand même fait entendre parce que ça devenait un peu
compliqué et je crois qu’aujourd’hui, honnêtement, l’arbitrage est
redevenu normal. Maintenant, c’est clair que, par rapport à notre
ambition, on est un peu en retard. Mais je vais vous surprendre. Est-ce
que vous savez qu’à l’heure d’aujourd’hui, on a le même nombre de points
que l’année dernière au même moment ? Vous savez, les résultats peuvent
être souvent trompeurs. On est au même niveau en termes de points, mais
on n’est pas au même niveau en termes de classements. Donc, il reste
sept matches, c'est-à-dire 21 points et je peux vous garantir que nous
serons au bout. Mais c’est clair que pour le titre de champion,
aujourd’hui, UMS est largement favori. Sauf accident industriel, je
pense qu’ils vont être champions, mais nous, au moins, on espère
rattraper le retard qu’on accuse en ce moment, je vais vous dire que les
sept derniers matches vont être intéressants. Il faut reconnaitre
qu’UMS a la meilleure équipe et ça, on le sait depuis le début du
championnat. Ils ont un groupe de joueurs d’expérience et ils ont un
président qui met la main dans la poche par rapport à son équipe. Il a
son comportement un peu chaud, mais c’est parce que c’est un passionné.
L’année dernière, ils ont gagné la Coupe du Cameroun et là, ils sont en
train d’être champions, ça montre quand même qu’il est constant dans ce
qu’il veut faire.
Et si, au soir du 28 juillet, ça ne passait pas ?
Bien sûr, je reprendrais mes rênes à la tête de l’Union de Douala,
sans problème. J’aurai eu au moins le mérite d’avoir osé. Vous savez, le
président Biya a demandé que les jeunes osent. C’est ce que nous sommes
en train de faire, je pense qu’il faut encourager cela. Même le père
Semengue a senti cela. En un mois et demi, il a vu plus de matches qu’en
cinq ans. C'est-à-dire environ huit à neuf matches alors qu’en cinq
ans, il n’en avait pas vu six. Pourquoi ? Campagne oblige, la pression
des adversaires. Vous voyez donc que la pluralité des candidatures amène
quand même des gens à se bouger. Ce n’est pas une lettre à la poste et
encore, on peut avoir des surprises à l’élection du 28 juillet. Même
après les élections, si nous ne sommes pas élus, nous allons rester une
force de proposition pour améliorer la gestion, le fonctionnement de la
Ligue. Rien ne sera plus comme avant. Par exemple moi, pendant cinq ans,
je n’avais pas la liberté de parole. Vous savez que j’ai quand même une
liberté de ton, mais j’étais astreint à un devoir de réserve en tant
que premier vice-président. Aujourd’hui, je suis libéré de ce devoir-là.
Donc, je peux un peu plus m’exprimer sur des choses qui ne fonctionnent
pas et donc les décrier pour amener un changement réel. Alors qu’avant,
je décriais en interne et après, je me taisais et ça donnait
l’impression que je suis partisan de ce qui se passe. Je n’étais pas
très entendu, maintenant, j’ai la possibilité de me faire entendre.
Est-ce que votre première décision à la tête de la Ligue
serait de nettoyer le personnel qui lui coûte beaucoup plus qu’il n’en
faut ?
Non ! Disons qu’on doit réduire les charges de la Ligue. La ligue est
budgétivore. Et cela va passer par une réorganisation administrative de
la Ligue. Il n’y aura pas de chasse aux sorcières, mais une
réorganisation parce que la ligue est budgétivore. Que ce soit à partir
du salaire du président qui a des émoluments qui tournent pratiquement
autour de quatre à cinq millions tous les mois avec tous les avantages
pendant que les joueurs sont dans la paupérisation. Il faut revoir ce
fonctionnement-là. Il en est de même pour le secrétaire général. On va
essayer de revoir son traitement pour le mettre en adéquation avec les
moyens de la Ligue. On aura un intéressement de l’administration, de
toute l’équipe au résultat. En fin de saison, si les résultats sont
bons, c'est-à-dire les finances, là, il y a les primes liées aux
résultats, aux chiffres. Là ce serait plus logique, ce serait une
récompense à l’effort au lieu de payer comme des fonctionnaires où vous
touchez des salaires et vous n’avez pas de pression sur les résultats.
Par contre, on aura de grosses primes, de gros pourcentages par rapport à
des intéressements aux résultats et je parle là des résultats
financiers. Si la Ligue se porte bien, tout le monde va qui y travaille
va le ressentir.
On voit bien dans le rapport de la commission électorale qui
a validé votre candidature qu’à chaque fois, Thérèse Pauline Manguele,
secrétaire générale de la Ligue est intervenue pour avancer des motifs
afin de faire invalider vos différents dossiers. N’est-ce pas par peur
de se voir virer s’il arrive que vous soyez porté à la tête de cette
institution ?
Il n’y a personne qui va être viré. Et puis ce sont des gens qui sont
en CDI, vous ne pouvez pas les virer comme ça. Vraiment, le personnel,
c’est des gens avec qui on collabore. On peut simplement regretter
qu’ils n’aient pas eu la présence d’esprit de rester dans la neutralité.
À la fédération, le secrétaire général était candidat, mais je n’ai pas
eu l’impression de voir le personnel de la fédération se mouvoir dans
la campagne du secrétaire général. Je n’ai pas vu Laurence Fotso, chef
de département Communication et marketing là-bas aller dans les médias
pour défendre le candidat Tombi. On ne peut pas dire la même chose de
son alter ego à la Ligue. Ça, on peut le regretter. Mais après, chacun
tirera les conséquences de ses actes.
Par Wiliam TCHANGO | Cameroon-Info.Net

