Haa,
les états-Unis ! Leurs hamburgers géants, leurs starlettes
hollywoodiennes, leur finale du Superbowl… et surtout leur vision très
positive de l’échec.
Le fameux échec entrepreneurial, cet horizon
qui glace tout aspirant porteur de projet et qui fait frissonner les
dirigeants. La faillite d’une boîte ou, à moindre mesure, tout échec
d’un projet lancé en interne, est vu en France comme la honte suprême
pour quiconque ose franchir le pas de la création d’entreprise. Jusqu’à
peu, les chefs d’entreprise connaissant un dépôt de bilan se voyaient
même fichés à la Banque de France et dans une situation très compliquée
pour rebondir et créer une nouvelle structure. Et pourtant, les chiffres
sont formels : 75 % des entreprises qui se lancent sont vouées à
l’échec. De même, parmi le peu de start-ups qui réussissent à franchir
le cap des 3 ans d’existence, combien auront connu un parcours sans
aucun accroc, vierge de tout échec, même minime ? Pouvez-vous en citer
une au moins ? Hé bien non, toutes les entreprises naviguent de
micro-échecs en grosses déceptions. Néanmoins, peu de dirigeants osent
aborder ce point. Les échecs sont vus comme les parts d’ombre de leurs
parcours, ce qu’il faut absolument essayer de cacher.
Éloge de l’échec
Et
si nous adoptions enfin en France une nouvelle façon de voir les
choses ? Si nous nous inspirions des états-Unis et de la vision
constructive qu’ils ont de l’échec ? Car, aux états-Unis, il n’y a tout
simplement pas de réussite qui puisse être considérée comme telle sans
qu’elle soit accompagnée d’échecs. Loin d’être simplement toléré,
l’échec y est vu comme la cause de la réussite. Certains entrepreneurs
sont même allés plus loin et ont développé une théorie du succès pour
les start-ups reposant entièrement sur le concept d’échec. Cette
méthode, c’est le fail fast (échouer rapidement). Elle est suivie par
tous les entrepreneurs à succès de la mythique Silicon Valley, avec, en
figure de proue, le géant des réseaux sociaux Facebook.
Rapidité et agilité : les points forts des start-ups
Le
fail fast, késako ? La méthode relève d’une philosophie simple,
inspirée par l’univers des développeurs web : il s’agit de lever les
freins à l’audace pour tenter de lancer des projets, rapidement, sans
trop se poser de questions, quitte à connaître des échecs. L’idée est de
tester des nouveautés, des idées, des projets, le plus rapidement
possible, et de voir si ceux-ci aboutissent sur un demi-succès à
améliorer ou sur un échec. Se lancer comme cela rapidement dans l’action
permet aux start-ups de ne pas perdre trop de temps (et donc d’argent),
si le projet est voué à ne pas prendre auprès des clients. En cas de
succès, le potentiel d’une idée peut ainsi être vite repéré et creusé.
Cette rapidité d’action et de réaction est-ce qui fait la nature même du
succès des start-ups face aux grands groupes, lents à manœuvrer. Faire
de la méthode du fail fast une véritable philosophie d’entreprise
déverrouille la créativité des équipes et permet aux start-ups d’avancer
vite, sans dépenser trop. Dans les start-ups innovantes de la Silicon
Valley, les équipes sont encouragées à tester des micro-projets sur une
période de temps courte. De ces initiatives découlent pas mal d’échecs,
mais naissent aussi toutes les innovations un peu hors du commun qui
vont permettre à la start-up d’émerger et de s’imposer sur son marché.
Du fail fast au fail harder
Le
fail fast est depuis toujours une méthode de développement prisée par
le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg. L’entrepreneur va même plus
loin… Plutôt que de prôner le fail fast, il a inscrit sur les murs de
son entreprise une expression bien plus forte : « fail harder » (échouer
plus fort) ! L’idée est claire, l’entrepreneur invite ses équipes à
tenter des projets, même s’ils doivent pour cela échouer. Mais, là où se
trouve la différence avec le « fail fast », est que le fondateur pense
que, quitte à échouer, autant y aller franchement ! Mark Zuckerberg
encourage ses salariés à tenter des choses sans demi-mesure, sans
hésiter, car cela sera plus productif que s’ils se lançaient en hésitant
un peu. En clair, l’entrepreneur pense qu’un bon ratage, qui est riche
d’enseignements et qui apprend beaucoup aux équipes sur les pistes à
suivre pour connaître le succès, vaut mieux qu’un petit échec, qui
n’aura pas servi à grand-chose. On est loin de la timidité qu’ont les
français à oser aborder le thème de l’échec. Même si de plus en plus de
start-ups se convertissent et encouragent leurs équipes à oser. Les
entrepreneurs commencent à prendre conscience que la stratégie de
l’échec est au final bien plus productive que la méthode classique. La
stratégie de développement classique des entreprises vise à développer
un projet de A à Z et à en théoriser tous les aspects avant d’oser le
lancer… et peut-être de connaître un gros échec, beaucoup plus nuisible à
la pérennité de l’entreprise. Les entrepreneurs français passent leur
temps à se demander quel est le secret de la réussite des entreprises de
la Silicon Valley. Et si la cause de leur réussite était finalement à
trouver du côté de leurs échecs ?!
dynamique-mag.com

