J'ai assisté la semaine dernière à l'une des meilleures conférences
que j'aie jamais vues. Je pèse mes mots. Il s'agissait de la conférence
de Roch Fortin, un réalisateur québécois qui a signé nombre d'émissions
couronnées de succès à l'échelle internationale (la version européenne
de «So you think you can dance», «Surprise sur prise!», «Fort Boyard»,
etc.), dans le cadre du Sommet Performance 2016 concocté par le
cabinet-conseil en gestion de la performance Proaction International.
Une conférence qui portait sur la créativité...
Oui, la créativité. Vaste programme, me direz-vous. Eh bien, il se
trouve que Roch Fortin est parvenu à faire le tour du sujet en moins
d'une heure, en dévoilant les astuces auxquelles il recourt
quotidiennement pour identifier et concrétiser les idées géniales de son
équipe de travail et en les illustrant à l'aide de cas vécus on ne peut
plus judicieux et éclairants.
Pour vous dire, il a même su surprendre toute l'assistance lorsqu'il
s'est mis à expliquer que les étincelles de génie ne se commandaient
jamais : à l'instant précis où il disait cela, quelqu'un a jailli de
nulle part pour sauter sur la scène et pousser la note, et ce quelqu'un
était nul autre que... Bruno Pelletier! Oui, Bruno Pelletier a sauté sur
scène, sans que personne en ait été avisé, et il est reparti tout aussi
subitement, laissant tout le monde éberlué. Effet garanti!
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Donc, Roch Fortin a dévoilé sans fard ses propres trucs pour
redoubler de créativité, jour après jour, dans le cadre de son travail.
Et ce, sachant que son travail à lui, c'est d'être dans l'ombre : «On me
commande, par exemple, un vidéo-clip ou une émission télévisée, et moi,
je dois avoir des idées originales, les soumettre à l'artiste (Céline
Dion, Bruno Pelletier, etc.) et m'arranger pour que celui-ci la fasse
sienne. Une situation pas trop évidente que nombre d'employés et de
gestionnaires connaissent bien, eux aussi, quel que soit leur secteur
d'activités...», a-t-il dit, sourire en coin.
C'est ainsi qu'il a fini par mettre au point sa propre méthode pour
savoir si l'idée qu'il est en train de considérer est LA bonne, ou pas.
Le principe est simple, il faut répondre aux quatre questions suivantes :
1. Cette idée a-t-elle un vrai potentiel de succès/profits?
2. Quel est le niveau de risque représenté par cette idée?
3. Cette idée est-elle liée au "core business" de l'entreprise?
4. Cette idée est-elle franchement complexe à concrétiser?
Lorsque les réponses sont toutes au vert – dans l'ordre, «oui»,
«élevé, mais pas trop», «oui» et «non, quoique» –, alors on a
l'assurance qu'il s'agit bel et bien de LA bonne idée. Sinon, il
convient de creuser davantage.
Comment creuser davantage, justement? Roch Fortin préconise d'agir de la sorte :
> Stimulez la créativité de votre équipe
Ce qui peut se faire comme suit :
– Déclencher le processus créatif. Par exemple, à l'aide de «blocs de créativité», à savoir des périodes de temps consacrées à brainstormer
en groupe, de la façon la plus informelle possible (en marchant tous
ensemble dehors plutôt qu'en s'enfermant dans une salle de réunion; en
conviant le plus de personnes différentes possible; etc.). L'objectif
est de permettre aux étincelles de génie de naître du choc d'idées
distinctes, à l'image de silex que l'on entrechoque pour créer un feu.
– Imaginer sans frein. Par exemple, en invitant chacun à
réfléchir à voix haute à partir de questions comme «Je te donne un
budget de 10 millions de dollars, qu'en fais-tu pour atteindre
l'objectif visé?».
– Voyager dans le temps. Par exemple, en proposant à chacun
de démarrer la réflexion à partir du postulat «Grâce au succès rencontré
par le projet sur lequel on réfléchit en ce moment, à quoi ressemblera
notre entreprise dans 10 ans?»
> Motivez votre équipe à innover
Ce qui peut se faire comme suit :
– Recourir sans hésiter aux blocs de créativité. Dès que le
projet coince, l'idéal est de se réunir sans tarder en équipe et de
brasser ensemble des idées pour continuer d'avancer. Cela peut prendre
une demi-heure comme trois heures d'affilée, peu importe, ce n'est
jamais là du temps perdu.
– Chérir les idées fragiles (et soutenir leurs auteurs). Les
meilleures idées viennent souvent de là où on les attend le moins,
notamment de collaborateurs qui n'ont pas la réputation d'être des
créatifs dans l'âme. Une anecdote, à ce sujet... Roch Fortin et son
équipe planchaient sur le moyen de concrétiser le concept de l'émission
télévisée «True Talent», qui consistait à découvrir de nouveaux
chanteurs et à choisir les meilleurs d'entre eux non pas à partir de
l'avis d'experts renommés comme dans La Voix, mais de celui de... 300
personnes du public! L'idée était de placer une centaine de personnes
dans trois tribunes distinctes, le dos tourné au chanteur afin qu'ils ne
puissent le juger qu'à partir de sa voix. Puis, lorsqu'une majorité de
jurés d'une même tribune se mettait à applaudir la performance du
candidat, la tribune devait pivoter pour faire face au chanteur.
Le hic? Comment faire pivoter une tribune chargée d'une centaine de
personnes? Aucun système de ce genre n'a jamais été utilisé dans une
émission télévisée. Eh bien, la solution est venue d'un technicien
relativement discret, qui s'est souvenu que dans les années 1960 toutes
les voitures étaient équipées... d'une corde! Oui, une corde pour
pouvoir s'attacher à un arbre et sortir soi-même la voiture du fossé
dans lequel elle était tombée. «Et si on demandait simplement à des gars
de tirer sur une corde, ce qui ferait basculer progressivement des
poids capables de faire pivoter la tribune...» avait-il timidement
lancé. «Une idée fragile, en cette ère de haute technologie dans
l'univers de la télévision», a souligné, pince-sans-rire, le
conférencier. Mais une idée qui, fort heureusement, a été considérée, et
finalement retenue comme étant LA bonne idée.
– Oser prendre des risques calculés. Pas d'innovation sans
prise de risques. C'est là une évidence, mais une évidence qu'il faut
impérativement assumer. «En vérité, il faut parvenir à trouver alors le
juste milieu entre l'arrogance de l'audace et l'humilité de la
fragilité», a-t-il dit, se faisant ainsi un brin philosophe.
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