Selon les résultats d'un sondage publié mardi par le Groupe d’étude sur
le Congo (GEC), Joseph Kabila arriverait loin derrière Moïse Katumbi et
Étienne Tshisekedi si les élections avaient lieu en fin d'année. Encore
faut-il que le président congolais sortant se représente. Quels sont
alors les vrais enseignements de cette enquête d'opinion ?1. Olive Lembe, meilleure candidate du camp Kabila
En l’état actuel, la Constitution de la RD Congo ne permet pas au président Joseph Kabila
de briguer un troisième mandat consécutif. Pourtant, selon les
résultats du sondage réalisé à travers le pays entre mai et septembre
2016 par le Bureau d’Études, de Recherches, et Consulting international
(Berci) et le Groupe d’Étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New
York, le chef de l’État sortant demeure « de loin le membre le plus
populaire de sa coalition » politique, la Majorité présidentielle (MP).
Si la présidentielle était organisée d’ici la fin de l’année, suivant
les délais constitutionnels – hypothèse désormais improbable -, c’est
bien Joseph Kabila (s’il venait à se représenter) qui serait le mieux
placé de tous les autres cadres de la MP. Sur les 7 545 personnes
interrogées dans les 26 provinces de la RD Congo, 7,8 % d’entre elles
voteraient en effet pour Kabila alors que les principaux lieutenants de
ce dernier ne dépassent pas la barre des 2 % : Matata Ponyo, Premier ministre (1,8%), Évariste Boshab, vice-Premier ministre de l’Intérieur (0,8), Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la MP (0,7 %).
Olive Lembe Kabila, la Première dame, pressentie un moment comme la
dauphine de son mari, atteint elle un taux de popularité de 2,6 %. Soit
le meilleur score de tous les possibles candidats de la MP si Kabila ne
se représente pas.
2. Katumbi président dans un scrutin à un tour
La popularité de Kabila a considérablement chuté depuis les élections de 2011
À en croire les résultats du sondage, « la popularité du président
Kabila et de la MP a [considérablement] chuté depuis les élections de
2011 ». En conséquence, si les élections se tenaient cette année, les
Congolais voteraient préférentiellement pour Moïse Katumbi (33,3%),
suivi par Étienne Tshisekedi (18%), Joseph Kabila (7,8%), Vital Kamerhe
(7,5%), Olive Lembe Kabila (2,6%), Antoine Gizenga, ancien Premier
ministre (2,4%), Matata Ponyo (1,8%), Olivier Kamitatu, ex-ministre et
proche de Katumbi (1,7%), Freddy Matungulu, ancien ministre (1,1%), Léon
Kengo wa Dondo, président du Sénat (1%)…
Il en résulte que le dernier gouverneur du Katanga aurait été élu si
la présidentielle s’était tenue dans les délais constitutionnels, avant
la fin de l’année. Le sondage enseigne en effet que Katumbi
détiendrait une diversité de potentiels électeurs dans 16 des 26
provinces du pays. Le candidat déclaré à la présidentielle, condamné à
trois ans de prison dans une affaire de spoliation d’immeuble,
engrangerait ainsi 22,8% à Kinshasa, 72% dans les provinces du nord de
l’Équateur (72,2%) et 22,5% au Kongo central, des parties du pays
situées pourtant loin du Katanga, son fief ethnique.
3. Pourquoi Katumbi se retrouve devant Tshisekedi
Plusieurs éléments expliquent cependant cette montée en puissance de
Katumbi, selon les auteurs du sondage. Notamment le fait qu’à ce jour
« seules quelques personnalités ont officiellement déclaré leur
candidature à la présidentielle », mais aussi le timing même de cette
enquête d’opinion. Celle-ci a en effet été effectuée à une « période
extrêmement tumultueuse au cours de laquelle Katumbi a été contraint à
l’exil, Tshisekedi est retourné au pays après des années à l’extérieur
pour des raisons de santé, et Kamerhe a accepté de prendre part aux
pourparlers controversés avec le gouvernement (…) ».
Autre explication : les électeurs dans le nord et l’est du pays, qui
ont voté en majorité pour Tshisekedi et Kengo en 2011, se tournent
aujourd’hui vers Katumbi, selon les auteurs du sondage, « non en raison
d’un profond attachement au candidat mais parce qu’ils pensent que
l’ancien gouverneur a plus de chances de battre Kabila » ou n’importe
quel autre membre de la MP.
4. Les Congolais farouchement opposés au troisième mandat de Kabila
Beaucoup soupçonnent Joseph Kabila de vouloir se représenter pour un
troisième mandat à la tête du pays. Même si le camp du chef de l’État
n’a jamais demandé explicitement la modification de la Constitution pour
permettre à son champion de rempiler, la question a été posée aux
Congolais.
Seulement 15,8 % des personnes interrogées se sont montrées
favorables à un éventuel changement de la Loi fondamentale dans ce sens.
Ces pro-Kabila se trouvent surtout dans les provinces de Sankuru (56%),
de Lualaba (45,6%) et du Haut-Katanga (28,8%), les deux dernières étant
issues du Katanga, fief de Kabila.
5. Les Congolais plutôt favorables au dialogue
Réalisé avant la signature de l’accord politique le 18 octobre à Kinshasa,
le sondage nous apprend que 58 % des Congolais interrogés étaient
favorables à la participation de l’opposition et de la société civile
aux pourparlers organisés dans la capitale congolaise. Même si 24 %
d’entre eux n’étaient pas d’avis que ce dialogue soit de nature à
« décrisper le climat politique et à trouver des solutions aux problèmes
de la nation ».
Toutefois, seuls 25,1% avaient affirmé faire confiance au facilitateur Edem Kodjo, désigné par l’Union africaine. Ce dernier a été récusé par le Rassemblement de l’opposition, rangé derrière Étienne Tshisekedi et Moïse Katumbi.
6. Les Congolais opposés au maintien de Kabila au pouvoir
Pour 74,3% des Congolais interrogés, « le président Kabila devrait
quitter ses fonctions d’ici la fin de l’année 2016 ». Le second mandat
du chef de l’État congolais arrive à son terme le 19 décembre à minuit,
mais l’accord politique conclu avec une frange de l’opposition accepte –
« conformément à la Constitution », dit le texte – le maintien au
pouvoir du président sortant jusqu’à l’organisation de la présidentielle
en avril 2018.
Au Maniema, dans l’est de la RDC, province d’origine de la mère de
Kabila, les personnes sondées sont plus tolérantes : 53,8 % concèdent
ce « glissement » du calendrier électoral mais elles ne sont que 10 % à
souhaiter une éventuelle modification de la Constitution.
7. De la crédibilité du sondage
Dès sa publication, le sondage a essuyé des critiques sur les réseaux
sociaux. En cause : la participation à cette étude du Berci. Les
détracteurs de ce bureau d’études le soupçonnent en effet d’être de
connivence avec Olivier Kamitatu, membre du G7 et proche de Katumbi. Il
ne s’agirait donc que d’une « opération de manipulation politique
qu’orchestre l’opposition », a tweeté Jean-Pierre Kambila, directeur de
cabinet adjoint du président Kabila.
D’autres avancent des liens entre Olivier Kamitatu et son
ex-belle-soeur Francesca Bomboko, la PDG du Berci. Contacté,
l’opposant affirme à Jeune Afrique avoir été l’un des
administrateurs du bureau d’études à ses débuts. « Pour éviter des
conflits d’intérêts, j’ai quitté le Berci en 1999 pour m’engager en
politique au sein du Mouvement de libération du Congo (MLC) »,
précise-t-il. « C’est très mal intentionné de me citer dans une
entreprise dont je ne fais plus partie depuis près de 20 ans ! »
De son côté, Jason Stearns, directeur du Groupe d’étude sur le Congo, se
veut rassurant. « La méthodologie utilisée pour effectuer le sondage –
des interviews réalisées sur terrain étaient directement stockées dans
un serveur à l’étranger par exemple – rend très difficile, voire
impossible, toute falsification des résultats », souligne le chercheur
américain, expulsé début avril de RDC. « Aussi, ajoute-t-il, le Berci
demeure un bureau de sondage réputé qui a déjà réalisé plusieurs
enquêtes d’opinion notamment pour le compte de la Banque mondiale, du
gouvernement congolais et des ONG internationales ».

