Kinshasa a été « amené à suspendre sa coopération militaire avec la
Belgique » suite « aux déclarations du ministre belge des Affaires
étrangères [Didier] Reynders », a confirmé le ministre
congolais de la
Défense Crispin Atama Tabe à Jeune Afrique.
« Il a fait des critiques comme si nous étions une province de la
Belgique, a pointé le ministre congolais. La RDC doit être reconnue
comme un état souverain. Nous avions prévenu que nous ne pouvions pas
travailler dans ce climat de méfiance. Nous sommes patients, mais on en
arrive à prendre des mesures. »
Le samedi 8 avril, dans un communiqué,
le vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères,
Didier Reynders, avait notamment critiqué la nomination au poste de
Premier ministre de Bruno Tshibala,
un transfuge de l’opposition. Cette nomination « s’écarte de la lettre
et de l’esprit de l’Accord de la Saint-Sylvestre » avait-il notamment
estimé. « La Belgique est préoccupée par le fait que les autorités de
transition ne disposent pas du large soutien nécessaire », avait-il
ajouté.
Première suspension en 13 ans
La suspension de la coopération militaire a été notifiée par Kinshasa
dans un courrier remis à l’attaché de Défense de l’ambassade de
Belgique à Kinshasa, le mercredi 12 avril.
Des accords de coopérations entre la Belgique et la RDC avaient été
signés en 2004 − lorsque l’actuel président congolais, Joseph Kabila,
était encore un jeune chef d’État de transition − et n’avaient jamais
été suspendus depuis. Ils concernaient principalement la formation de
militaires congolais, et notamment de deux bataillons de réaction
rapides. De nombreux officiers congolais sont par ailleurs formés à
l’École royale militaire de Bruxelles.
« Nous sommes en train de faire un inventaire de ce que ce cette coopération recouvrait » a expliqué à Jeune Afrique Laurence Mortier, porte-parole du ministère belge de la Défense.
Selon une source diplomatique à Kinshasa, les officiers belges encore
sur le terrain pourraient commencer à quitter la RDC d’ici la fin du
mois d’avril.
Coopération « très étroite » avec la France
« Nous avons suffisamment de militaires formés, et allons poursuivre nous-mêmes la formation », a affirmé Crispin Atama Tabe.
La Belgique s’interrogeait aussi, de son côté, sur l’opportunité de maintenir ces accords. Le collectif d’ONG flamandes 11.11.11
avait réclamé la suspension de la coopération militaire avec la RDC le
mois dernier. À l’époque, le ministère belge de la Défense avait estimé
que « la situation au Congo ne changera[it] pas ou ne s’améliorera[it]
pas si [les militaires belges] sont absents ».
La RDC maintient en revanche sa coopération militaire avec la France,
qualifiée de « très étroite » par le ministre congolais de la Défense.
Elle porte notamment sur l’équipement d’instituts de formation et de
forces navales.
La RDC dispose aussi d’accords de coopération, plus modeste, avec les
États-Unis, qui portent principalement sur la traque l’Armée de
résistance du seigneur (LRA), rébellion ougandaise qui se joue des
frontières. La nouvelle administration du président américain Donald
Trump s’est toutefois interrogée à plusieurs reprises sur l’opportunité de poursuivre cette traque.
Source: Jeune Afrique

