
L’ex-banquier d’affaires, énarque, qui a remporté la présidentielle ce dimanche, ne s’est fait connaître du grand public que très récemment, à son arrivée à Bercy en 2014. Au-delà de son CV, régulièrement mis en avant, et de son engagement, que sait-on du prétendant à l’Elysée ?
Encore inconnu il y a trois ans, on sait de lui qu'il a un CV impressionnant pour son jeune âge, 39 ans . Mais avant d'exercer le métier de banquier d'affaires chez Rothschild, quel a été le parcours Emmanuel Macron, qui a été élu ce dimanche président de la République ? A quoi ressemblait la vie d'enfant et d'adolescent du fondateur d'En Marche ? Eléments de réponse.
Attendu avec appréhension par ses parents
La journaliste Anne Fulda dresse un portrait très détaillé du prétendant à l'Elysée dans un livre intitulé « Emmanuel Macron un jeune homme si parfait »
. Elle raconte qu'il était attendu par ses parents avec émotion et
appréhension. Le 21 décembre 1977, jour de sa naissance à Amiens, cela
faisait un peu plus d'un an que ses parents avaient perdu une petite
fille, mort-née, qui n'a pas eu le temps d'avoir un prénom. Sa mère a
failli elle-même « y laisser sa peau » en raison d'une septicémie.
Des parents médecins, un quartier huppé
Emmanuel
Macron a grandi dans une maison de briques rouges du quartier très aisé
de Henriville, acquise par un père professeur en neurologie au CHU
d'Amiens et par une mère pédiatre et médecin conseil à la Sécurité
sociale. Sa grand-mère, qui était principale de collège et venait d'un
milieu modeste (un père chef de gare et une mère femme de ménage),
n'habitait pas loin. Il a affirmé à plusieurs reprises lui devoir son
engagement à gauche.
Cette grand-mère lui a aussi « appris à travailler », a-t-il confié dans son livre « Révolution » sorti en novembre 2016
: « Dès l'âge de 5 ans, une fois l'école terminée, c'est auprès d'elle
que je passais de longues heures à apprendre la grammaire, l'histoire,
la géographie. Et à lire. » S'il évoque avec plaisir ces souvenirs, le
candidat à la présidentielle évoque toutefois très peu en public son
frère et sa soeur, plus jeunes que lui de quelques années.
Une enfance et adolescence à Amiens
Emmanuel
Macron a reçu une éducation bourgeoise chez les jésuites à Amiens. Il a
fréquenté les bancs de la Providence, une institution catholique. C'est
là-bas qu'il assistera aux cours de théâtre de Brigitte Auzière, qui
deviendra bien des années plus tard sa femme.
C'était un élève
brillant, qui excellait particulièrement en lettres, dévorant les
classiques. « Emmanuel en savait plus que la moitié des profs du
collège. Il adorait 'les Nourritures terrestres' de Gide, 'le Roi des
Aulnes' de Tournier ou 'le Rivage des Syrtes' de Gracq », a raconté un
ancien camarade à « L'Obs ». Un copain de l'atelier théâtre se souvient
de son côté : « Il avait un charisme qui émerveillait tout le monde.
Cela se manifestait par la subtilité du langage, le verbe, l'écoute, sa
maturité ».
Emmanuel Macron a par ailleurs
suivi des cours de piano pendant 10 ans au conservatoire d'Amiens. Il y a
même décroché un troisième prix, indique « L'Obs ». Ses collègues de
l'Elysée l'avait d'ailleurs surnommé le « Mozart de l'Elysée », raconte
de son côté « Le Monde ».
Un étudiant mature et en retrait
Emmanuel
Macron a fait sa scolarité dans cette ville de la Somme de 135.000
habitants à forte tradition ouvrière jusqu'en première, avant de
fréquenter le lycée Henri IV à Paris, où il obtient un bac S avec
mention très bien. Il vit d'abord dans une chambre de bonne, puis dans
un petit appartement près de la prison de la Santé. Les week-ends, il
rentrait à Amiens pour retrouver ses parents, et son ancienne
professeure de théâtre, Brigitte Auzière, à qui il avait déjà déclaré sa
flamme.
Ses camarades d'Henri IV, où il a
aussi fait une prépa littéraire, se souviennent d'un étudiant «
sympathique », qui aime faire des mots d'esprit et citer des blagues des
Inconnus, selon des témoignages recueillis par « Le Parisien Magazine »
. Mais il restait beaucoup en retrait, ne participant pas aux diverses
fêtes organisées en cours d'année. Un ancien de sa promotion raconte : «
Il avait une maturité incroyable. Il était copain avec tous les
professeurs de prépa et très peu avec nous. »
Son premier échec : Normal Sup
Après
l'hypokhâgne et la khâgne, il échoue à entrer à Normale Sup. Il
rebondit en obtenant un DEA en philosophie politique à l'université de
Nanterre. C'est à cette période qu'il fait la connaissance de Paul
Ricoeur. Ils prennent l'habitude de débattre et deviennent intimes.
Emmanuel Macron intègre ensuite Sciences Po Paris en 2001. « Il n'a
jamais vraiment eu d'activité militante. Il n'allait pas dans les
réunions de section », témoignait l'an dernier dans « Society » Aurélien
Lechevallier, un ami qui l'a rencontré à Sciences Po.
Emmanuel Macron
entre ensuite à l'ENA en 2002, pour deux ans. Il était dans la promotion
Léopold Sédar Senghor, que « Le Monde » qualifiait de « cuvée
d'exception » en 2013, et qui rappelle la fameuse promotion Voltaire de
Hollande, Royal, Sapin et Villepin, sortie en 1980. Directeurs de
cabinet, conseillers... Près d'une vingtaine de ses camarades ont occupé
des postes clef de la République pendant le quinquennat de François
Hollande.
Pour la première fois depuis la
création de l'ENA, il n'y a pas eu de classement final pour cette
promotion. Soixante-quinze élèves avaient signé un recours pour le faire annuler en raison d'irrégularités pour l'examen de fin de scolarité. Le Conseil d'Etat leur a donné raison en 2007 .
Du public au privé, où il devient millionnaire
C'est
à sa sortie de l'ENA qu'Emmanuel Macron intègre le corps de
l'Inspection générale des Finances en 2004. Trois ans plus tard, il est
nommé rapporteur général adjoint de la commission pour la libération de
la croissance française (la commission Attali).
L'année d'après,
il prend le chemin du privé et devient banquier d'affaires chez
Rothschild & Cie. Son passage de quatre ans dans cette banque lui a rapporté près de 3 millions d'euros .
Chez
Rothschild, il est d'abord nommé directeur avant d'être gérant à partir
de janvier 2009 ; ses revenus sur cette période s'élèvent alors à
896.619 euros. Après être devenu gérant, il devient associé-gérant en
décembre 2010 jusqu'en mai 2012, où il quitte l'établissement pour faire
partie de la garde-rapprochée du nouveau chef de l'Etat, François
Hollande, qu'il avait rencontré en 2006. Pendant ces deux années en tant
qu'associé-gérant chez Rothschild, il a empoché 1.988.413 euros.
Son
salaire a baissé quand il est entré à l'exécutif. Emmanuel Macron
gagnait un peu plus de 9.000 euros par mois lorsqu'il était ministre de
l'Economie.
Sept petits-enfants
Il
avait 16 ans, elle en avait 40. « L'histoire a été narrée par Emmanuel
Macron lui-même : 'C'est au lycée, par le théâtre, que j'ai rencontré
Brigitte. C'est subrepticement que les choses se sont faites et que je
suis tombé amoureux. Par une complicité intellectuelle qui devint jour
après jour une proximité sensible. Puis, sans qu'aucun ne lutte, une
passion qui dure encore' », explique la journaliste Anne Fulda dans son
livre consacré à l'ancien ministre.
Brigitte,
issue d'une famille célèbre localement pour ses macarons et chocolats
produits depuis cinq générations, était mariée et mère de trois enfants.
Les parents d'Emmanuel Macron, qui pensaient à l'époque que leur fils
sortait avec la fille de Brigitte, dans le même cours de théâtre et du
même âge que lui, n'ont pas bondi de joie en apprenant la nouvelle. Ils
ont même voulu rencontrer Brigitte pour lui demander de ne plus voir
leur fils jusqu'à sa majorité. Elle avait alors répondu, en larmes, « je
ne peux rien promettre ».
Le prétendant à l'Elysée
a défié les conventions pour l'épouser en 2007 au Touquet, où elle
dispose d'une résidence secondaire. Il est aujourd'hui grand-père de
sept petits-enfants par alliance, puisque les trois enfants de Brigitte
sont parents.
Ses liens avec Amiens aujourd'hui
S'il
s'est fait rare à Amiens ces dernières années, c'est dans un Parc des
Expositions en périphérie de sa ville natale, à l'occasion d'une
rencontre citoyenne, qu' Emmanuel Macron a choisi de lancer son
mouvement politique « En Marche ! » le 6 avril 2016.
Il
n'a de cesse de dire l'attachement qu'il voue à sa ville. En novembre
dernier encore, il confiait au « Courrier Picard » : « C'est là où je
suis né, où j'ai grandi, où ma grand-mère vivait il y a trois ans
encore, où mon père vit toujours (...). C'est l'un de mes points fixes
».
Source: lesechos.fr

