Hormis un petit répit actuel, le Burundi connaît depuis deux mois
une sérieuse pénurie de carburant.
Chaque autorité y va de son
explication, jetant ainsi plus de flou que de clarté sur la situation.
La plus récente des explications avancées n’est sans doute
pas la plus sérieuse. « Le Burundi a connu ces derniers mois une
pénurie de carburant parce que, entre autres, il a été utilisé en 2015
pour brûler les personnes et les pneus », a lâché vendredi 16 juin Jean
Claude Karerwa Ndezako, porte-parole du président de la république,
faisant allusion aux manifestations de 2015 pour protester contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza.
Donnée pendant la conférence publique des porte-paroles des
institutions publiques, l’explication a été jugée tantôt « légère »,
tantôt « irresponsable », et est critiquée même par certains membres du
parti au pouvoir (voir le tweet ci-dessous).
Autre explication : « La pénurie du carburant est un effet
causé par l’augmentation du parc automobile burundais à hauteur de 30%
sur la période allant de 2015 à 2017 », explique la présidence, d’après
l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations
économiques (Olucome), dans son communiqué du 9 juin dernier.
L’organisation égrène par la même occasion, une par une, les
explications, aussi contradictoires que superficielles, avancées par
différentes autorités, à l’instar de la déclaration du président de
l’Assemblée nationale, en mai dernier, qui réduisait les causes de
pénurie de carburant au retard enregistré lors du chargement des
bateaux.
Des propos tenus quelques jours avant que le ministre de
l’Énergie et des mines ne mette tout sur le dos des pétroliers qui
joueraient les « spéculateurs ». Le même ministre, toujours selon
l’Olucome, avait reconnu à l’Assemblée nationale, pendant la mi-avril,
que le manque des devises était à la base du tarissement du carburant.
Un signal de plus
C’est sans compter les paroles du directeur chargé des
produits pétroliers au même ministère, qui a évoqué, rapporte l’Olucome,
« une panne informatique à l’Office burundais des recettes qui a
occasionné des retards dans les services de dédouanement », pour enfin parler d’« un problème de déchargement de carburant dans les entrepôts ».
Toute une litanie d’« échappatoires », selon les
commentaires distillés ici et là, en moins de deux mois, période pendant
laquelle le Burundi a fait face à la pénurie. Une situation qui vient
en tout cas compléter la longue liste des signaux économiques au rouge
depuis que le Burundi est sous sanctions financières de l’Union européenne,
prises quelques mois après le début de la crise d’avril 2015 née de la
décision de Pierre Nkurunziza de se représenter pour un troisième
mandat, jugé anti-constitutionnel et violant les Accords d’Arusha par l’opposition, la société civile et l’ensemble de la communauté internationale.
Source: jeuneafrique.com

