Dans une interview exclusive parue dans l'édition actuelle de Jeune
Afrique (18 au 24 juin 2017), le
président du PDCI livre sa vision de la
Côte d'Ivoire. Sans détour, il affirme qu'en 2020, le candidat du RHDP
sera issu de son parti.
Il ne faut pas se fier à son allure débonnaire : à 83 ans,
Henri Konan Bédié n’a rien d’un retraité. A la tête du Parti
démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), il reste l’un des acteurs clés du
jeu politique ivoirien. Dans son appartement parisien, entre des
défenses d’Eléphants et des masques baoulés, il a reçu Jeune Afrique pour une interview exclusive dans laquelle il souhaite mettre un terme aux rumeurs et suppositions.
En 2020, « le PDCI aura un candidat. Ce sera le candidat
unique du RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et
la paix) », affirme sans ambages l’ancien chef d’Etat ivoirien. Alors
qu’à trois ans et demi de l’échéance, l’élection présidentielle de 2020
est déjà dans les esprits, il dissipe les doutes de certains de ses
militants. « L’alternance, c’est bien ce que dit l’appel de Daoukro »,
poursuit-il.
Lancé en septembre 2014 depuis son village, cet appel
visait à soutenir Alassane Ouattara, candidat du Rassemblement des
Républicains (RDR), dès le premier tour, pour sa réélection en 2015. En
échange, le président ivoirien se serait engagé à se ranger derrière un
candidat issu du PDCI pour 2020. « Il faut qu’Alassane Ouattara et moi
nous entendions pour que cette alternance ait lieu », explique Henri
Konan Bédié.
« Guillaume Soro est mon protégé »
Le chef du deuxième parti politique ivoirien se refuse à
avancer le nom d’un futur candidat. Mais ce ne sera ni lui – il « n’a
plus la force du jeune homme qu’[il] fut », confie-t-il – ni Guillaume
Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne. « Il n’est pas
intéressé par 2020, il me l’a dit », assure Henri Konan Bédié.
Dans la tourmente depuis
la découverte d’une cache d’armes dans la maison de son directeur de
protocole lors de la dernière mutinerie en mai, l’ancien chef rebelle
peut néanmoins compter sur le soutien du président du PDCI. « Il est mon
protégé. », affirme Henri Konan Bédié.
Lors des mutineries, « le gouvernement a fait ce qu’il fallait faire »
Autre alliance pérenne, celle qu’il a scellée avec son
« frère », Alassane Ouattara. Leurs relations sont toujours
« excellentes », confie-t-il. Même en temps de turbulences. Mutineries,
grève des fonctionnaires, chute du prix du cacao : la première moitié de
l’année 2017, marquée par une forte grogne, a été agitée pour le
gouvernement.
Mais contrairement à certains cadres de son parti, Henri
Konan Bédié réaffirme son entière solidarité. « Ceux qui critiquent
n’avaient qu’à être à la place du gouvernement ! », lâche-t-il,
tranchant. En acceptant de payer les mutins qui réclamaient des primes,
« il a fait ce qu’il fallait faire », affirme-t-il, tout en condamnant
le comportement des militaires. Renversé par un coup d’Etat en 1999, le
président du PDCI estime que la situation actuelle n’en est que la
suite : « Une boite de Pandore a été ouverte ce jour-là. J’avais
prévenu », explique-t-il.
Dix-huit ans après sa chute, l’ancien président est bien plus qu’un sage. Le sphinx de Daoukro est incontournable.
Source: Jeune Afrique

