Les alarmes ne cessent de sonner en ce qui concerne le Cameroun, la RD Congo et le Tchad.
Faute d’une véritable prise en compte des ressorts de la
crise centrafricaine, l’ancien Oubangui-Chari est devenu un
État-croupion, ce que craignait Barthélémy Boganda, le père de la nation
centrafricaine. Le Soudan du Sud, créé en contrevenant au principe de
l’intangibilité des frontières cher à l’Union africaine, l’État fédéral
est en mille morceaux et en guerre civile. La RDC ne répond plus, depuis
longtemps, à la définition classique d’un État : « personnalité morale
de droit public, contrôlant un territoire bien identifié par des
frontières, organisant un ordre social, juridique et politique pour un
groupement humain relativement homogène mais attaché à un vouloir-vivre
collectif et représenté par une autorité à qui a été confié le pouvoir
de contrainte ».
Une zone de non droit en création
Cet ensemble au cœur de l’Afrique, à la jonction du Sahel
arabo-musulman et des espaces animistes et chrétiens de la forêt
équatoriale, représente 5 700 000 de km2 soit neuf fois la superficie de
la France et près de 143 millions d’habitants. Ces six pays, dont cinq
francophones, deviennent inexorablement une zone de non droit avec des
clans présidentiels se perpétuant au pouvoir, enjambant les élections en
toute quiétude, et laissant leur population aux bons soins des ONG
humanitaires et des religieux qui ne visent pas que l’au-delà. Ce
désastre annoncé peut-il encore être évité ? Sans un ressaisissement des
institutions de Brettons Wood, de l’ONU et des partenaires qui
comptent, les bandes armées non contrôlées se réclamant plus ou moins du
djihadisme et les trafiquants transnationaux s’installeront durablement
dans cette région.
Le pire n’est jamais certain
La division par deux du prix du baril de pétrole conjuguée à
la chute des exportations constitue un accélérateur de la crise
économique, sociale et politique au Tchad, désormais en cessation de
paiements, au Congo, qui ne se relève pas de la énième réélection de son
président, au Soudan du sud, en guerre fratricide, et, dans une moindre
mesure, au Cameroun, qui voit la résurgence de la question anglophone
et qui doit faire face aux turbulences de l’Extrême-nord. Cette
situation pourrait être mise à profit pour réduire la dépendance
vis-à-vis de cette rente liée à l’économie mondiale pour donner la
priorité au développement rural et notamment à l’agriculture. Le profit
pourrait se développer au détriment de la rente. Il en est de même pour
les États miniers que sont la Centrafrique et la RDC où « les diamants
du sang » alimentent la multitude de rébellions auxquelles on aurait
infiniment tort de donner une qualification religieuse. Il serait temps
de mettre fin aux trafics illicites qui aboutissent à Dubaï et à Anvers,
ville située à 150 km de Bruxelles, siège de l’Union européenne.
Les élections dans cette zone sont souvent des mirages de démocratie
La coexistence pacifique et harmonieuse entre le pouvoir et
la liberté doit être rétablie. Comment peut-on encore accepter les
manipulations constitutionnelles et les « hold up » électoraux ? Les
élections dans cette zone sont souvent des mirages de démocratie. Le
casting des présidents, élus au suffrage universel direct, est éloquent :
Paul Biya ( 84 ans) est président du Cameroun depuis 1982, Denis
Sassou-Nguesso (75 ans) président du Congo depuis 1979 (avec une
interruption de 1992 à 1997), Idriss Deby Itno ( 65 ans) président du
Tchad depuis 1990, la Camarilla autour du président centrafricain,
Faustin Archange Touadera (60 ans), est à la « mangeoire » depuis une
vingtaine d’années. Le clan Kabila, en RDC, règne sans partage depuis le
renversement de Mobutu (1997).
La montée en puissance d’une jeunesse mondialisée, avide du
changement, ne sera-t-elle pas trop tardive ? Dans quelles conditions
ces chefs d’État vont-ils passer la main ? À part Joseph Kabila, ces
présidents sont nés avant l’indépendance de leur pays alors que plus de
la moitié de la population a moins de 18 ans. Un nouveau paradigme fondé
sur une véritable décentralisation, un régime plus parlementaire que
présidentiel avec l’abandon de l’élection du président de la République
au suffrage universel direct, l’éloignement de la scène politique des
fossoyeurs de l’État de droit par l’indignité nationale, la création
d’une organisation pour l’harmonisation du droit pénal et de la
procédure pénale sur le modèle de l’OHADA pour les membres de l’OIF,
pourraient utilement revitaliser ces États. Sans la pression
internationale et une plus forte conditionnalité de l’aide ces réformes
sont évidemment illusoires.
Source: Jeune Afrique

