Le
11 mai 2017, le directeur général de la Société camerounaise de
palmeraies (Socapalm), Dominique Cornet, a
saisi le ministre camerounais
du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, d’une requête en vue
d’obtenir de la part de ce membre du gouvernement en charge de
l’homologation des prix de certains produits de grande consommation, une
augmentation substantielle du prix de cession de l’huile de palme brute
aux industries de transformation et aux ménages.
Arguant
de ce que les prix de l’huile de palme brute restent bloqués dans le
pays depuis 10 ans, le DG de la Socapalm, entreprise contrôlée par le
groupe franco-belge Socfin, propose de faire passer le prix de cession
de la tonne aux industriels de 450 000 à 600 000 FCfa hors taxe, ce qui
induirait une augmentation de plus de 30%. Selon l’Association des
raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc), cette hausse devrait
impacter le prix aux ménages, qui passerait alors de 600 francs Cfa le
litre à 750 francs Cfa, en hausse de 25%.
Selon
la Socapalm, la nécessité de cette révision à la hausse des prix se
justifie par l’augmentation de ses charges, le désir de renflouer les
caisses de l’entreprise pour lancer un plan d’investissement, ou encore
la hausse du prix de cession de la tonne sur le marché international à
843 dollars au premier trimestre 2017. Autant de justifications balayées
par l’Asroc.
En
effet, sur la base d’une courbe d’évolution des cours mondiaux de
l’huile de palme brute sur la période allant du 3 janvier au 20 juin
2017, l’Asroc fait remarquer que «contrairement aux allégations de
la Socapalm, la moyenne du prix de cession de la tonne d’huile de palme
brute au premier trimestre 2017 est de 712,52 dollars et non de 843
dollars» comme le prétend le leader de la production d’huile de palme brute au Cameroun.
Le
regroupement des raffineurs locaux précise, par ailleurs, que la
Socapalm, qui annonce un nouveau plan d’investissement, n’a pas déjà
respecté le plan produit en 2008, qui lui avait permis d’obtenir le
relèvement du prix de cession de l’huile de palme brute de 360 à 450
francs Cfa le kilogramme. En lieu et place de l’extension des
plantations prévue, dans l’optique d’accroître la production, l’Asroc
révèle même que la Socapalm avait plutôt utilisé les fonds engrangés à
la faveur de la dernière hausse des prix, pour développer des
plantations d’hévéa, au détriment du palmier à huile.
Réagissant
à l’augmentation des charges excipée par la Socapalm, et qui augurerait
de difficultés financières pour l’entreprise, l’Asroc rappelle que
cette unité agro-industrielle a déclaré «un gain de 6 milliards de francs Cfa en 2016, avec distribution de 5 milliards de francs Cfa au titre de dividende».
En réalité, la Socapalm a plutôt déclaré, à fin 2016, des bénéfices
après impôts de 5,1 milliards de francs Cfa, en baisse de plus de 1
milliard de francs Cfa par rapport aux 6,4 milliards de francs Cfa de
l’année 2015. Selon les états financiers de l’entreprise, le dividende à
distribuer, lui, s’élève à 6,8 milliards de francs Cfa, la Socapalm
ayant décidé d’effectuer un prélèvement sur son stock de «report à nouveau», afin de compléter l’enveloppe à distribuer aux actionnaires pour l’exercice 2016.
Le
27 juin dernier, une réunion sur le sujet s’est tenue au ministère du
Commerce. Le lendemain, une correspondance émanant des services du
Premier ministre a été transmise aux ministre Mbarga Atangana, pour
compte-rendu des «dénonciations» qu’elle contient. Ladite correspondance, écrite le 13 juin par une ONG dénommée «Observatoire du développement sociétal»,
accuse le ministre du Commerce de mettre à mal les producteurs d’huile
de palme en autorisant des importations, alors que, révèle cette ONG, la
production locale est «suffisante». Pourtant, les experts
s’accordent à reconnaître que le déficit de production du Cameroun, qui a
culminé à 100 000 tonnes pendant des années, atteint depuis 2 ans
130 000 tonnes.
Mieux,
cette ONG, dont la correspondance adressée au Premier ministre le 13
juin porte en pièce-jointe la lettre adressée le 11 mai dernier au
ministre du Commerce par la Socapalm, demande au gouvernement d’accorder
au leader du marché de l’huile de palme au Cameroun, un relèvement
substantiel des prix de l’huile de palme brute dans le pays.
Brice R. Mbodiam
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