La Société Nationale d’Investissement
(SNI) ne mérite plus son nom. Elle a été créée en 1963 avec
pour
objectif la mobilisation, la fixation et l’orientation de l’épargne
nationale en vue de favoriser, par des moyens appropriés, les opérations
d’investissement d’intérêt économique et social, dans les domaines
industriels, agricoles et commerciaux. Elle est chargée de participer
aux côtés de l’Etat à l’amélioration de la politique industrielle, de
même qu’elle est l’opérateur chargé de sa mise en place effective.
La SNI est une société « holding » qui
prend des participations dans des entreprises du tissu économique
national. Elle est surtout un établissement financier destiné à financer
des opérations dans les entreprises, de prospecter, détecter et
identifier de nouveaux créneaux porteurs d’avenir industriels, de
contribuer à l’amélioration des méthodes de gestion des entreprises
financées, etc. Au demeurant, la SNI a un rôle très important à jouer
dans l’économie du pays mais, le fait-elle effectivement ?
Le SNI favorise les grandes entreprises
Nous répondons par la négative. Notre
premier constat est que la SNI se focalise beaucoup plus sur les grandes
entreprises (Chococam, Sic Cacaos, Socapalm, SABC, etc.) et accorde
très peu d’intérêts aux PME et PMI locales. Or, la plupart de ces
grandes entreprises ne sont plus créateurs de croissance et d’emploi
conformément au Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi
(DSCE) qui privilégie les PME et PMI dans la relance de l’économie
nationale. Par conséquent, l’on peut dire que si le gouvernement
camerounais veut relancer son économie par l’investissement, alors il
devra réorienter les activités de la SNI vers le développement de
nouvelles entreprises et de nouvelles industries. Dans un contexte de la
sous-production et en tant qu’établissement financier, la nouvelle SNI
devrait soutenir les PME/PMI pour booster l’offre nationale en vue de
couvrir les besoins de consommation et pourquoi pas, exporter l’excédent
vers la sous-région et les autres marchés internationaux.
La SNI oublie l’industrie de transformation
Notre deuxième constat est que la SNI se
positionne uniquement en amont des filières. Dans la filière bois par
exemple, elle ne s’intéresse qu’à l’exploitation forestière brute. Les
entreprises de ce secteur exportent les grumes pour qu’ensuite, les
Camerounais (les plus aisés) importent des meubles et autres produits
manufacturés en bois. Le même constat est fait dans les autres filières
comme l’huile de palme, le café, les mines, le cacao dans une certaine
mesure, etc. Ces produits sont exploités uniquement de manière brute ou
artisanale, dans un contexte où l’industrie de la transformation est
largement porteuse et ouverte. Il convient donc pour la SNI de
s’investir aussi en aval (en encourageant et/ou finançant la
transformation locale) pour augmenter la valeur ajoutée des produits
locaux et créer plus de richesses.
La SNI se comporte en rentier
Notre troisième constat est que la SNI
s’intéresse plus aux placements rentables et oublie son rôle de
promotion. Cela fait dire que sa seule et véritable mission qui marche
est sa prise de participation dans les grandes entreprises
(multinationales pour l’essentiel). Elle ne finance pas assez la
recherche et l’innovation. La SNI devrait avoir aussi pour mission de
financer la recherche et le développement pour permettre la valorisation
de la créativité locale et contribuer à la résolution des problèmes de
compétitivité de l’économie nationale. En outre, elle devrait surtout
financer la modernisation des entreprises que les banques commerciales
rechignent à soutenir.
La SNI est incapable de diversifier les sources de financement
Notre quatrième constat est que la SNI
se concentre sur la gestion des ressources publiques. Si l’Etat n’a pas
de moyens, alors la SNI n’aura pas de moyens non plus. Pourtant, elle
devrait être le bras opérationnel de l’Etat dans la recherche des
financements (y compris à l’étranger) en vue de soutenir l’économie
nationale. Pour financer suffisamment l’investissement, il faut aussi
disposer de suffisamment de capitaux. L’Etat et la SNI n’ont pas
toujours ces capitaux de nos jours. Pour cette raison, la SNI devrait
travailler à diversifier les sources de financement et à attirer les
investisseurs étrangers.
La SNI noyée au sein de structures pléthoriques
Enfin, notre dernier constat est que la
SNI est en compétition avec d’autres organismes et programmes de
promotion de l’investissement privé au Cameroun. A la Présidence de la
République, il existe désormais une Agence de Promotion des
Investissements (API). Au Ministère en charge des PME/PMI, il existe une
Agence des promotions des PME/PMI (A-PME). Au ministère de l’économie
et autres ministères en charge de la production nationale, il existe de
multiples programmes de promotion des investissements. Par exemple, au
Ministère en charge de l’agriculture, on en distinguait 45 en 2012. Un
tel émiettement des missions de promotion de l’investissement dans
plusieurs institutions favorise le clientélisme et réduit la SNI au seul
rôle d’entreprise de placement. Il convient soit de réduire les
activités de la SNI aux activités de placement ou de lui donner les
moyens d’assurer la coordination de toutes les activités
d’investissement au Cameroun.
Pour terminer, nous disons que la SNI
devrait s’intéresser aussi aux PME et PMI, à la transformation locale, à
l’innovation technologique et à la mobilisation des capitaux privés.
Elle ne saurait se limiter à la gestion du portefeuille de l’Etat dans
quelques grandes entreprises. Elle ne saurait se limiter au financement
des exploitations brutes. En tant qu’établissement financier, elle doit
prendre en compte les besoins des entreprises camerounaises qui stagnent
principalement à cause des difficultés d’accès aux financements
(surtout de leur modernisation) et de la faible compétitivité. Si l’Etat
camerounais veut disposer d’ici quelques années (horizon 2035) d’une
masse critique de PME/PMI solides et capables de contribuer au
développement du pays, alors il devra recentrer la SNI sur ses missions
principales en y ajoutant le renforcement des capacités, l’amélioration
du climat des affaires et le développement de la culture
entrepreneuriale, au lieu de multiplier des commissions, des organes et
des plans pléthoriques.
Louis-Marie Kakdeu, PhD & MPA. Le 22 août 2017.
Source: libreafrique.org

