La Corée du Sud, le Japon et la Chine seraient en première ligne en cas de conflit armé entre
Pyongang et Washington.
"Les solutions militaires sont maintenant complètement en place,
et prêtes à l'emploi, si la Corée du Nord se comporte imprudemment", a affirmé Donald Trump vendredi 11 août dans un tweet. La veille, le président américain avait défendu sa formule controversée promettant"le feu et la fureur"à Pyongyang, estimant même qu'elle n'était "peut-être pas assez dure". En face, le leader nord-coréen Kim Jong-un a présenté des plans précis de tirs simultanés de quatre missiles en direction de l'île de Guam, située à l'est des Philippines, où se trouve une importante base militaire américaine.
La
surenchère des menaces plonge la région dans un climat tendu. Comment
réagissent la Corée du Sud, la Chine et le Japon, voisins de la Corée du
Nord, face au spectre d'un conflit armé ? Franceinfo fait le point.
En Corée du Sud, des appels à la création d'un arsenal nucléaire
Le
climat de tension électrisé par les déclarations de Donald Trump et Kim
Jong-un a ravivé le débat sur l'armement nucléaire de la Corée du Sud.
Le pays n’a pas le droit de fabriquer ses propres armes nucléaires
depuis la signature avec Washington, en 1974, d’un traité sur l’énergie
atomique. En retour, les États-Unis se sont engagés à protéger Séoul
avec son "parapluie nucléaire". Les États-Unis ont retiré leurs armes
nucléaires postées en Corée du Sud en 1992, lorsque les deux Corées ont
signé la Déclaration commune pour la dénucléarisation de la péninsule
coréenne.
Mais les médias sud-coréens ont récemment pris la tête d’une campagne pour demander à Séoul de revoir sa politique. "Le temps est venu d’évaluer les armes nucléaires", a écrit, vendredi 10 août, le Korea Herald(en anglais) dans un éditorial, qui estime que "la confiance dans le parapluie américain peut être ébranlée". Même son de cloche du côté du quotidien Chosun (en anglais), pour qui "toutes les options, même celles qui semblaient impensables, doivent être sur la table"."Nous devons disposer de nos propres options militaires pour défaire le Nord", juge à l’unisson le Korea Economic Daily, appelant à "l’équilibre de la terreur".
Les députés conservateurs se sont également fait l'écho de ces appels à la nucléarisation. "C'est désormais le moment de réfléchir activement à l'hypothèse de faire revenir des armes nucléaires tactiques" en Corée du Sud, a déclaré Chung Woo-taik, chef de file du principal parti d'opposition au Parlement, Liberté Corée.
Si
la Corée du Sud le décidait, les analystes estiment qu'elle pourrait
mettre une bombe nucléaire au point en seulement quelques mois. Mais la
recherche d'un équilibre de la terreur fait craindre "un effet domino" dans le reste de la région, estime Yang Moo-Jin, professeur à l'université des études nord-coréennes de Séoul : "Le
Japon accueillerait cette perspective à bras ouverts, cela lui
fournirait l'excuse parfaite pour réviser la Constitution pacifique et
développer son propre arsenal nucléaire."
Le Japon, fébrile, se prépare au pire
Le 9 août, date de commémoration du bombardement atomique américain de Nagasaki en 1945,
a eu une résonnance particulière cette année au Japon, puisque la
veille, Donald Trump menaçait Pyongyang, qui ripostait à son tour par
des menaces de frappes contre l'île de Guam.
Dans ce contexte,
l'archipel se range derrière les États-Unis et souhaite, pour assurer sa
propre défense, renforcer leur coopération sécuritaire. Des chasseurs
F-2 des forces nipponnes d’autodéfense ont d'ailleurs participé le même
jour à des manœuvres avec des bombardiers américains B-1B à proximité de
la péninsule coréenne, rapporte Le Monde.
Le porte-parole du gouvernement japonais, Yoshihide Suga, a rappelé que
Tokyo appuyait la position de Donald Trump, pour qui toutes les
options, y compris militaires, sont "sur la table". Le gouvernement a également réitéré jeudi que le Japon ne pourrait"jamais tolérer les provocations" de la Corée du Nord.
Le
ministre japonais de la défense, Itsunori Onodera, a plaidé à plusieurs
reprises pour que le Japon se dote de moyens permettant d'effectuer des
frappes en territoire ennemi. Mais au lieu de refondre complètement sa
politique sécuritaire, jusqu'ici purement défensive, le gouvernement
envisagerait plutôt de renforcer ses capacités antimissiles, indique Le Monde.
La menace a aussi poussé le gouvernement à fournir des recommandations à
suivre en cas d’attaque de missiles sur le site internet de la Sécurité
civile. Des exercices d’évacuation ont également été menés dans
différentes villes.
Dans la crainte d'une attaque, de plus en plus
de Japonais se sont décidés à investir dans l'installation d'abris
antiatomiques. Ces deux derniers mois, l'entreprise Oribe Seiki, qui
vend également des purificateurs d'air censés protéger de radiations, a
reçu deux fois plus de commandes que sur toute l'année 2016, selon BFMTV.
La Chine reste en retrait face à l'escalade
La Chine, propulsée au cœur des tensions entre la Corée du Nord et les États-Unis, a elle multiplié les appels au calme. "Nous
appelons toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots
et leurs actions, et à agir davantage pour apaiser les tensions", a déclaré Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, dans un communiqué. Il leur faut "renforcer
leur confiance mutuelle plutôt que recourir à de vieilles recettes
consistant à enchaîner les démonstrations de force à tour de rôle", a cinglé le diplomate.
La
Chine, principal allié diplomatique et partenaire commercial de la
Corée du Nord, renvoie volontiers les deux États dos à dos. Elle avait
ainsi proposé, à plusieurs reprises, un double "moratoire", l'arrêt
simultané des essais nucléaires et balistiques de Pyongyang et celui des
manœuvres militaires conjointes des États-Unis et de la Corée du Sud.
"Pékin n'est pas en mesure, cette fois-ci, de ramener au calme Washington et Pyongyang", estime vendredi un éditorial du quotidien d'État chinois Global Times publié par le Quotidien du peuple. "La
Chine ne dispose d'aucun levier effectif pour initier une désescalade
de la situation, si à la fois Trump et le régime de Kim (Jong-Un)
continuent d'agir de façon impulsive", appuie de son côté Xu Guoqi, expert en relations internationales à l'université de Hong Kong.
Mais
vendredi, les médias chinois ont laissé entendre que si le pays
resterait neutre en cas d'attaque nord-coréenne, il s'interposerait au
cas où les États-Unis frapperaient en premier. Si Washington et
Pyongyang "mènent des frappes et essaient de destituer le régime
nord-coréen et de changer le modèle politique de la péninsule coréenne,
la Chine les empêchera d'en faire ainsi", insiste l'éditorial du Global Times.
Pékin
redoute en effet que la chute de Kim Jong-un n'aboutisse à une Corée
réunifiée alliée des États-Unis, alors que la Corée du Nord joue pour le
moment un rôle d'État tampon entre la Chine et les forces américaines
basées en Corée du Sud et au Japon. Le Global Times est catégorique : "La
péninsule coréenne est le lieu de convergence des intérêts stratégiques
de toutes les parties, et aucune ne devrait tenter de dominer la région
de manière absolue".
Par Francetv info

