Les taux d'emploi et d'activité des seniors ont atteint des
sommets à la fin du second trimestre
2017. Les différentes réformes des
retraites menées depuis le début des années 90 peuvent en partie
expliquer ces records masquant parfois une détérioration de la santé des
actifs les plus âgés.
Les indicateurs du chômage sont au vert en France. Les derniers chiffres publiés par l'Insee en fin de semaine dernière indiquent que le
taux de chômage en France a poursuivi sa décrue, reculant de 0,1 point
entre avril et juin pour s'établir à 9,2% de la population active en
métropole et à 9,5% avec l'Outre-mer au deuxième trimestre.
Bien
que la plupart des débats sur le front de l'emploi se focalisent
souvent sur le taux de chômage trimestriel publié par l'Insee et le
nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, le taux d'emploi
(*) et le taux d'activité (**) bien moins médiatisés affichent des
résultats bien plus spectaculaires. Pour l'économiste André Zylberberg, spécialiste du marché du travail interrogé par Le Figaro,"le
taux d'emploi est un indicateur plus pertinent [...] Celui-ci donne une
bonne indication du potentiel productif d'un pays, puisqu'il mesure les
capacités humaines mobilisées pour la production de biens et services.
De son côté, le taux de chômage est plus un indicateur du déséquilibre
du marché du travail. Il faut le considérer comme complémentaire du taux
d'emploi".
Record du taux d'emploi depuis 37 ans
Au
second trimestre 2017, le taux d'emploi des 15-64 ans a augmenté de 0,5
point et s'établit à 65,3%, sa valeur la plus élevée depuis 1980 selon
les chiffres de l'institut. Le taux d'emploi en équivalent temps plein
atteint 60,4% au deuxième trimestre 2017.
Le taux d'emploi des seniors en hausse
Les
créations d'emploi ont particulièrement profité aux seniors ces
dernières années. Le taux des 50-64 ans est celui qui a le plus
progressé entre le premier trimestre 2003 et le deuxième trimestre 2017.
À l'inverse, celui des 25-49 ans a légèrement diminué sur la même
période et celui des 15-24 ans est celui qui a le plus chuté passant de
25,5% à 21,3%
Chiffres prenant en compte les actifs à temps complet.
Cette
forte hausse du taux d'emploi des seniors s'explique en partie par les
réformes des retraites qui se sont succédé depuis le début des années 90
(1993, 2003, 2010 et 2014) comme l'explique très bien une étude de l'Insee publiée en janvier dernier.
"Après
une longue période de baisse, le taux d'activité des seniors s'est
redressé en France à partir du début des années 2000. Ainsi, pour les
personnes âgées de 60 à 64 ans, le taux d'emploi des hommes est passé de
10,7% en 2000 à 25,4% en 2014. Pour les femmes, il est passé
respectivement de 10,1% à 24,9%. La hausse a été encore plus marquée
pour les personnes âgées de 55 à 59 ans. Ces évolutions peuvent être reliées en partie aux différentes réformes des retraites intervenues depuis 1993,
mais aussi à la fermeture progressive de dispositifs facilitant la
sortie anticipée du marché du travail, comme les préretraites ou la
dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs âgés."
Un taux d'activité au plus haut depuis 1975
Le
taux d'activité des 15-64 ans a également connu une variation à la
hausse importante entre le premier et le second trimestre 2017 comme en
témoigne le graphique ci-dessous. Dans une approche à long terme, il
culmine même à un niveau jamais atteint depuis 1975 (72%).
Là
encore, le recul de l'âge de départ à la retraite peut en partie
expliquer cette forte hausse. Au regard des différents chiffres publiés
par l'Insee, il apparaît que le taux d'activité des 50-64 ans est celui
qui a le plus augmenté depuis 2003 par rapport aux 25-49 ans. Pour les
15-24 ans, il a en revanche diminué.
Une détérioration de l'état de santé
Mais
ces bons chiffres masquent une dégradation de l'état de santé des plus
âgés au travail. Même s'ils ne sont pas toujours subis, les postes à
temps partiels sont souvent occupés par les seniors comme l'a récemment
illustré une étude du ministère du Travail publiée à la fin du mois de juillet dernier.
La
fin de la vie professionnelle semble passer par un recours accru au
temps partiel au-delà de 55 ans, pour des raisons personnelles et
domestiques et pour des raisons de santé. Ce recours accru fait notamment transparaître une potentielle dégradation de l'état de santé avec l'avancée en âge.
Celle-ci peut expliquer également la plus courte durée annuelle
effective des 55-64 ans, du fait des congés maladie ou d'accidents du
travail.
Par ailleurs, ces
taux importants pour les personnes en fin de carrière ne doivent pas
faire oublier que les seniors ont plus de difficultés pour retrouver du
travail. Les personnes âgées de 50 à 64 ans n'étaient que 12,9% à
trouver un emploi dans le trimestre qui suit l'inscription à Pôle emploi
contre 25,8% des chômeurs de moins de 25 ans et 28% des personnes
récemment sorties d'études selon une récente enquête de l'Insee.
(*) Le taux
d'emploi est défini comme la part des personnes ayant un emploi parmi
les personnes âgées de 15 à 64 ans, exprimée en pourcentage.
(**) Le taux d'activité est
le rapport entre le nombre d'actifs (actifs occupés et chômeurs) et
l'ensemble de la population correspondante selon la définition de
l'Insee.

