L’homme d’affaires béninois Samuel Dossou-Aworet vient de remporter
sa « bataille » juridique
contre le géant français Bolloré dans le cadre
du projet Épine dorsale. Reste à réaliser ce vaste chantier.
À 73 ans, Samuel Dossou-Aworet est un homme d’affaires prospère qui sait défendre ses intérêts. Il vient de gagner, en dernier ressort, son procès contre le groupe Bolloré dans la bataille pour le contrôle du projet de reconstruction de la ligne de chemin de fer entre Cotonou et Niamey,
qui fait partie du gigantesque projet Épine dorsale – comprenant un
port minéralier et pétrolier en eau profonde à Sèmè-Potji (proche de la
frontière nigériane), un port sec à Parakou, un chemin de fer
Cotonou-Niamey puis Niamey-Dosso et un aéroport.
Passé la victoire judiciaire, Samuel Dossou va désormais
devoir confirmer sa capacité à concrétiser ce chantier. Car il ne le nie
pas : il n’est pas cheminot, et un partenaire technique lui est
indispensable. Les responsables du groupe Petrolin, qu’il a créé en 1992,
n’ont pas encore pris de décision quant aux choix de ce coéquipier
stratégique. Ils ont encore en mémoire la « trahison » de Bolloré,
premier partenaire vers lequel ils se sont tournés quand le Bénin et le
Niger leur ont notifié, en 2010, l’attribution provisoire de concessions
sur le projet. Ils étaient loin de se douter que le groupe français
prendrait les devants de l’initiative en signant une autre convention
avec les autorités des deux pays.
« Cela a été une vraie douche froide. Samuel a accusé le
coup des jours durant avant de s’en remettre », confie l’un des amis
d’enfance de l’homme d’affaires béninois qui a souhaité garder
l’anonymat. Petrolin avait pourtant pris une précaution en signant avec
Bolloré le 13 janvier 2013 un « engagement de confidentialité et
d’exclusivité » qui oblige celui-ci à « ne pas mener ou être engagé ou
intéressé […] dans un projet ayant un objet similaire ou qui entre en
concurrence avec le projet » d’Épine dorsale. C’est justement ce détail
qui va sauver Samuel Dossou dans la procédure judiciaire qui a ordonné,
le 19 novembre 2015, la cessation des travaux engagés par le groupe
hexagonal sur le territoire du Bénin avant qu’intervienne la décision en
dernier ressort de la Cour suprême du Bénin, le 29 septembre, largement
favorable à Petrolin.
Des activités éclectiques
« Sans un opérateur technique, difficile pour Samuel Dossou
de tenir ses engagements sur le projet. C’est notre seul souci avec
lui », affirme un cadre du ministère béninois des Transports. Malgré la
profession de foi de Petrolin, le groupe a perdu de sa superbe depuis la
disparition d’Omar Bongo Ondimba, son principal soutien politique, et
la chute de Pascal Lissouba.
C’est dans l’univers de l’or noir que ce diplômé de l’École
nationale supérieure du pétrole et des moteurs de Paris a bâti sa
fortune. Petrolin, présent dans une douzaine de pays africains,
revendiquait en 2013 un chiffre d’affaires de plus de 726 millions
d’euros (les dernières données ne sont pas disponibles). Mais si les
années où Samuel Dossou était le roi du négoce pétrolier en Afrique et
le tout-puissant représentant du Gabon à l’Organisation des pays
exportateurs de pétrole, qu’il a présidée à deux reprises, sont
désormais loin, l’homme dispose encore de ressources. Il est aujourd’hui
le deuxième producteur de gaz au Nigeria, où il contrôle 40 % du
consortium ND Western, plus de 9 % de Niger Delta Exploration &
Production et de 10 % de Seplat, l’un des principaux producteurs de
pétrole au Nigeria.
Établi à Genève depuis quelques années, l’homme travaille à
la diversification de ses affaires, notamment dans le secteur bancaire
où il est actionnaire dans plusieurs établissements (Bank of Africa,
Orabank Gabon, BGFI Bank Bénin, etc.) et dans l’aviation (il possède
plusieurs jets privés). Sa compagnie d’aviation d’affaires, Comfort Jet
Services, établie au Togo, dispose d’une flotte de plus de cent avions.
Une diversification qui donne un second souffle à son groupe, mais lui
offre-t-elle une assise financière confortable pour investir dans un
domaine qui lui est étranger et où il a tout à prouver ? « Nous sommes
prêts techniquement et financièrement. Nous allons mobiliser plus de
1 000 milliards de F CFA [1,5 milliard d’euros] pour réaliser le
projet », assure-t-il.
Restera cependant une autre équation à résoudre : la position du Niger dans ce dossier.
« Notre pays ne se sent pas concerné par cette décision de la
juridiction béninoise. Et pour nous, le partenaire sur cette question
reste Bolloré. Toujours est-il que les deux chefs d’État sont en contact
permanent sur la question », explique une source proche du palais de la
présidence à Niamey.
Source: Jeune Afrique

