Après plus de trois semaines de pénuries de carburant, le
gouvernement met en cause « un
mouvement d’achat panique » par les
consommateurs, tandis que les sociétés importatrices de produits
pétroliers raffinés critiquent le système de prix administrés, qui ne
leur permet plus de dégager de marges bénéficiaires.
Le Nigeria est à nouveau frappé par des pénuries de carburant
depuis près de trois semaines. Les automobilistes tentant de
s’approvisionner malgré le manque forment des files d’attentes parfois
longues de plusieurs kilomètres dans les grandes villes du pays. Comme
ici, devant une station-service du centre-ville d’Abuja, à proximité du
siège de la Compagnie pétrolière nationale du Nigeria :
Des rumeurs de hausse prix
Selon le gouvernement nigérian, « les pénuries initiales ont
été causées par des rumeurs de hausse de prix », conduisant à la
constitution de stocks par les distributeurs et à un mouvement d’achat
panique par les consommateurs, tandis que les réserves du pays étaient
faibles.
Alors que la situation était « sous contrôle »,
l’administration accuse le syndicat des cadres de l’industrie
pétrolière, qui s’est mis en grève le 18 décembre, d’avoir ravivé les
pénuries. La Compagnie pétrolière nationale du Nigeria (NNPC)
a depuis annoncé avoir lancé un plan pour mettre fin à ce manque de
produits pétroliers, et multiplié les initiatives pour accroître la
distribution de carburant à travers le pays.
La version gouvernementale contestée
La version gouvernementale est contestée par les
importateurs de carburants. D’après une association regroupant les deux
tiers des entreprises importatrices de produits pétroliers, le prix du
carburant fixé à 145 nairas par litre par le gouvernement (environ 33
centimes d’euro) ne permet pas de couvrir les coûts d’importations dans
un contexte d’une augmentation du prix mondial du baril.
Selon eux, la NNPC est depuis octobre 2017 la seule
importatrice de carburant dans le pays, en l’achetant 170 nairas par
litre, soit une subvention implicite de plus de 15 %, alors que le gouvernement avait supprimé ces aides.
Dès lors, les pénuries de carburant sont liées au retrait des
importateurs privés du marché, qui ne dégagent plus de bénéfice au prix
actuel, d’autant que la situation de monopole de la NNPC sur
l’approvisionnement en carburant pose des problèmes de distribution.
Un problème récurrent au Nigeria
Ce problème est récurrent au Nigeria. D’après l’agence
américaine d’information sur l’énergie (EIA), le Nigeria a consommé 266
000 barils par jour de produits pétroliers raffinés en 2015, dont 60 %
était importé. Bien que les capacités de raffinage du pays atteignent
445 00 barils par jour, soit un niveau supérieur à sa consommation, les
raffineries ne sont utilisées qu’à moins de 15 %.
Le groupe du milliardaire Aliko Dangote est ainsi en train de développer une raffinerie
d’une capacité de production de 650 000 barils par jour à proximité de
Lagos, qui devrait entrer en production dès la fin 2019. La NNPC, quant à
elle, est en train de rénover ses installations de raffinage, en
partenariat avec des groupes étrangers, et notamment ENI pour la
raffinerie de Port Harcourt.
Source: jeuneafrique.com

