Depuis son discours qui a fait sensation aux Golden Globes, Oprah
Winfrey est présentée comme la
candidate favorite pour battre Donald
Trump en 2020. De sa naissance dans le Mississippi, à sa gloire à
Hollywood, la première femme africaine américaine à devenir milliardaire
pourrait bien accéder à la Maison Blanche.
On ne parle plus que d’Oprah Winfrey. Depuis l’électrifiant discours que la reine des médias américains a prononcé lors de la cérémonie des Golden Globes le 7 janvier,
où elle a reçu le prestigieux Cecil B. DeMille Award, son nom revient
avec de plus en plus d’insistance pour être la candidate du parti
démocrate aux élections présidentielles de 2020.
« Je veux que toutes les filles derrière leur écran sachent
qu’un nouveau jour pointe à l’horizon », avait notamment lancé la
première femme africaine américaine à devenir milliardaire, déclenchant
une standing ovation.
Et certains de se mettre à rêver de voir la star, figure
incontournable depuis des décennies de la vie publique américaine,
terrasser Donald Trump à la prochaine élection. Meilleur signe de l’emballement général, au lendemain de la cérémonie, les hashtags #Oprah2020 et #Oprahforpresident étaient en tête sur Twitter…
La candidate idéale ?
Si Oprah, 63 ans, n’avait, jusqu’à présent, jamais déclaré
son intention de se lancer en politique, elle était restée suffisamment
ambiguë lors d’une interview après l’élection de Donald Trump pour que
ses nombreux admirateurs se mettent à y croire.
Le compagnon de longue date d’Oprah, Stedman Graham, a apporté de l’eau à leur moulin, en affirmant au Los Angeles Times « qu’elle se présenterait absolument », même si c’était au « peuple américain de décider ».
De son côté, la Maison Blanche a aussitôt relevé le gant. «
Nous nous félicitions de ce défi », a affirmé l’un des porte-parole du
président, Hogan Gidley, « que ce soit Oprah Winfrey ou quelqu’un
d’autre. » Pour certains démocrates, Oprah, l’une des femmes les plus
admirées aux États-Unis, serait en effet la candidate idéale.
Sa capacité surnaturelle à communiquer de manière puissante et authentique
Personnage ultra-consensuel, elle est la chouchoute de
catégories électorales clés comme les femmes blanches des banlieues et
les Africains-Américains. Elle est surtout l’incarnation de l’optimisme
et du rêve américain, mis à mal par la présidence des plus clivantes de Donald Trump.
David Axelrod, l’ancien stratège de Barack Obama, a ainsi
déclaré dans le New York Times qu’Oprah avait un potentiel politique
unique, en raison « de son empathie sans limite et de sa capacité
surnaturelle à communiquer de manière puissante et authentique, comme
nous l’avons vu lors des Golden Globes. »
Nancy Pelosi, de la Californie, chef des démocrates au sein
de la Chambre des représentants, a, elle, déclaré que la businesswoman
était le type d’outsider que les démocrates pourraient supporter. «
Oprah a lu des livres. Elle sait reconnaître le talent », a-t-elle
déclaré, dans une allusion à peine voilée à Trump.
Proche de ses origines africaines
Et c’est vrai que la vie d’Oprah, surnommée « la reine de
tous les médias », est des plus fascinantes. Née dans un milieu modeste,
dans le Mississippi, abusée sexuellement par plusieurs membres de sa
famille à l’âge de 9 ans, elle s’est taillé un empire qui vaut
aujourd’hui la bagatelle de 3 milliards de dollars.
Son émission, The Oprah Winfrey Show,
diffusée depuis Chicago de 1986 à 2011, a été la plus suivie de toute
l’histoire de la télévision américaine. Tout ce qu’elle touche se
transforme en or, au point que l’on a pu parler « d’effet Oprah ».
En 2015, elle est ainsi entrée dans le capital de Weight
Watchers à hauteur de 10 % et est devenue membre de son conseil
d’administration. Les cours de l’entreprise de produits amincissants se
sont aussitôt envolés… En revanche, sa chaîne sur le câble, The Oprah Winfrey Network, lancée en 2011, connaît des difficultés. Ils ne sont que 462 000 téléspectateurs à la regarder chaque jour en prime time.
Elle aurait des ancêtres bamilékés, bantous et kpelle
Multicartes, Oprah a également joué plusieurs rôles au cinéma, plus ou moins marquants. Dans le film Selma,
sorti en 2014, du nom de cette ville de l’Alabama, haut lieu de la
mémoire noire américaine, elle jouait Annie Lee Cooper, la défenseure
des droits civiques. On la voyait notamment frapper le shérif de la
ville…
Oprah, qui selon le test ADN qu’elle a réalisé pour la
chaîne PBS, aurait des ancêtres bamilékés, bantous et kpelle, est restée
proche de ses origines africaines. Elle a ainsi fondé en 2007 une école
pour filles en Afrique du Sud.
Sans expérience politique
Côté politique, Oprah s’était résolument engagée en 2007 en
faveur de Barack Obama, en lequel elle avait reconnu « l’élu », boostant
ainsi sa popularité. En 2016, elle avait apporté, beaucoup plus
discrètement, son soutien à Hillary Clinton. Pour le résultat que l’on
connait.
Au vrai, la folie Oprah, qui n’a aucune expérience politique
– un critère certes devenu caduc avec l’élection de Trump – montre bien
le manque criant de personnalités démocrates fortes pour affronter
Trump en 2020. Et pour de nombreux commentateurs, Oprah serait une
fausse bonne solution.
Il est hautement improbable que les démocrates choisissent leur version de Donald Trump
« Est-ce que les gens auront envie de quelqu’un sans aucune
expérience après Trump ? », s’est ainsi hasardé à dire ce même Axelrod.
Rebecca Katz, stratège démocrate, exhorte plutôt son parti à définir un
programme de compagne séduisant.
« Je pense qu’il est hautement improbable que les démocrates
choisissent leur version de Donald Trump, une personne célèbre sans
aucune expérience politique, parce que notre parti, précisément, est
attaché à l’expérience de gouvernement », a déclaré, de son côté,
Alixandria Lapp dans le New York Times.
Les sondages effectués depuis la fameuse cérémonie des
Golden Globes sont venus doucher l’enthousiasme général. Selon Politico,
une majorité d’électeurs républicains et, plus étonnamment, démocrates,
ne souhaitent en effet pas qu’Oprah Winfrey se présente…

