
La première partie de ce dossier
traitait, la semaine passée, de la bagarre de positions pour ou contre
le business chinois en Afrique. « Ils ne créent pas assez d'emplois,
localement, ne forment pas assez les gens pour qu'ils participent
davantage à l'économie de leur pays dans le futur. Et souvent le modèle
de financement est fait d'une telle manière que lorsque le pays a des
difficultés financières, il perd le contrôle de ses propres
infrastructures, de ses propres ressources » avait déclaré le
Secrétaire d’Etat américain pour mettre en garde les Africains sur les
risques qu’ils encourent à s’approcher trop près de l’Empire du Milieu…
Lire cette première partie ici : 23/03/2018 - La Chine, cette amie qui ne nous veut pas que du bien, selon les Etats-Unis… (1ère partie)
Il n’en est pas moins vrai qu’une dynamique
incontestable est née entre les deux continents et elle se traduit par
un ensemble de faits qui ne sont pas très souvent rapportés.
Il existe aussi une AfriChine
On raconte par exemple très peu l’histoire de la « Chocolate City ».
Une autre façon d’appeler la vile industrielle chinoise de Guangzhou.
Une appellation qui découle du nombre important de visages africains
qu’on y croise. Les profils de personnes sont extrêmement variés entre
les commerçants, les tenanciers de restaurants et d’autres activités de
services à la personne, ciblant des ressortissants africains et chinois.
L’une des bières les plus vendues au monde, la Snow
Beer, est peu connue parce que son seul marché était la Chine. Mais il
faut savoir que la production de cette bière a été longtemps soutenue
par des capitaux africains.
Si on connaît les marques de téléphone Huawei ou encore
Techno en Afrique, de nombreuses personnes ignorent aussi, que l’une
des bières les plus vendues au monde, la Snow Beer, est très peu connue
parce que son seul marché était la Chine. Mais il faut savoir que la
production de cette bière a été longtemps soutenue par des capitaux
africains, notamment ceux du groupe sud-africaine SabMiller, jusqu’à la
reprise de ce dernier, par le brasseur AB Inbev, qui a fini par céder la
Snow à une entreprise chinoise.
Une autre anecdote d’un investissement africain
effectué en Chine concerne celui du groupe de communication sud-africain
Naspers, dans le capital de Tecent, le leader chinois de l’internet et
des services en ligne. D’important volumes d’investissements évalués à
plusieurs centaines de millions $, ont aussi été relevés en provenance
des Seychelles et de l’Île Maurice. Mais on a vite fait le tour pour se
rendre compte, qu’il s’agit en réalité de fonds incorporés dans ces deux
pays considérés jusqu’à il y a peu, comme des terres d’accueil de
capitaux.
Le volume potentiel des affaires entre les deux
continents pourrait atteindre au minimum $ 250 milliards $ et, dans un
scénario optimiste, jusqu’à 440 milliards.
Ces exemples montrent à souhait que la relation Chine
Afrique va bien au-delà des polémiques, pour s’inscrire davantage dans
les opportunités, aussi bien pour la Chine que pour l’Afrique. Dans un
rapport sorti en 2017, la firme d’analyse et d’audit McKinsey &
Company a estimé que le volume potentiel des affaires entre les deux
continents pourrait atteindre au minimum $ 250 milliards $ et, dans un
scénario optimiste, jusqu’à 440 milliards.
Des opportunités d’affaires pour l’Afrique
Deux lignes d’opportunités existent pour les pays
africains. L’une concerne le poids des investissements chinois en
Afrique, et l’autre concerne la capacité de l’Afrique à tirer avantage
des évolutions de la Chine. Dans son dernier panorama focalisé sur les
relations entre les deux partenaires économiques, la COFACE relevait ces
opportunités de diversifications.
1- La transformation de matières premières
Elle a d’abord noté que, si les matières premières
minières et pétrolières comptaient en 2008 pour 80% des exportations
africaines vers la Chine, elles n’en représentent plus aujourd’hui que
53%. Ces chiffrent indiquent que d’autres domaines de la chaîne de
production africaine ont commencé à intéresser les marchés chinois.
Si les matières premières minières et pétrolières
comptaient en 2008 pour 80% des exportations africaines vers la Chine,
elles n’en représentent plus aujourd’hui que 53%.
En analysant les données plus en détail, la COFACE a
également constaté que l’Afrique a réussi à capter une partie du
processus de création de valeur ajoutée pour les matières premières
minérales.

D’autres domaines de la chaîne de production africaine ont commencé à intéresser les
marchés chinois.
marchés chinois.
« L’augmentation des exportations de minerai
transformé est, en effet, une caractéristique importante de l’évolution
de la relation sino-africaine. Ces exportations ont été multipliées par 5
entre 2005 et 2016 » peut-on lire dans son panorama.
2- La production agricole
Une autre opportunité de diversification est celle qui
concerne les matières premières agricoles. L’Afrique possède 50 à 60%
des terres arables disponibles dans le monde, ce qui donne à la région
un énorme avantage comparatif dans ce domaine. « Dans le même temps,
la Chine est le pays le plus peuplé de la planète et sa population a
connu une augmentation rapide de ses revenus, ce qui s’est traduit par
une demande pour un régime alimentaire plus riche », font savoir les économistes de l’organisation.

Le potentiel agricole africain est immense.
Mais ces relations commerciales doivent être
développées car elles n’iront pas de soi. Il ne faudra pas seulement
conquérir un marché, mais quasiment inverser une tendance. Jusqu’à
récemment encore la balance commerciale de produits alimentaires entre
les deux partenaires était à l’avantage de la Chine.
3- Une main-d’œuvre abondante et bon marché
Un autre atout que Afrique peut faire valoir à l’égard
de la Chine, c’est sa main d’œuvre abondante et bon marché. De
nombreuses chaînes de valeur mondiales à forte intensité de main-d'œuvre
commencent à se délocaliser hors de la Chine. En raison de l'évolution
de sa démographie et de sa politique passée en faveur de l'enfant
unique, la population en âge de travailler diminue dans ce pays. De
plus, la croissance économique a également entraîné une hausse globale
des salaires. Ces deux facteurs signifient que la Chine a de moins en
mois d’avantages comparatifs dans la production des biens à haute
intensité de main-d'œuvre.

Un important réservoir de main d’œuvre.
Cela dit, les pays africains jusqu’ici, ont joué un
rôle minime dans la captation de ces chaînes de valeur. Les
bénéficiaires actuels de ce changement sont en grande partie les pays
asiatiques proches de la Chine. Pour les économistes de la COFACE, si
les gouvernements parviennent à attirer, même une fraction de ces
chaînes de valeur vers l'Afrique, cela pourrait entraîner une
augmentation substantielle des opportunités d'emploi. Pour ce faire,
cependant, des améliorations devront être apportées au climat des
investissements dans la région.
4- Le tansfert de savoir
Une autre opportunité qu’offre aujourd’hui la relation
avec la Chine est celle du renforcement des compétences africaines.
Au-delà de la création d’emplois locaux, le gouvernement de Beijing a
mis en place une politique forte d’attraction des étudiants du
supérieur.

Selon des données fournies par le ministère chinois de
l’éducation, l’Afrique est la région du monde qui a connu la plus grande
croissance de ses ressortissants dans les universités chinoises en 2016
(+23,1%). Les étudiants africains étaient, en 2016, le troisième plus
important contingent d’étudiants étrangers avec un nombre total de
61 600.
En 2016, les étudiants africains étaient le troisième
plus important contingent d’étudiants étrangers avec un nombre total de
61 600.
Comprendre la Chine et ses besoins
Ces différentes opportunités ne tomberont pas d’elles
même comme des fruits d’un arbre. McKinsey est d’avis que cela
nécessitera une certaine transformation de la manière dont on aborde la
relation avec les Chinois. La définition d’une stratégie des pays
africains dans l’approche commerciale de la Chine s’avère un point de
départ important. Pour l’instant, à l’exception de quelques entités
comme l’Egypte, l’Ethiopie et les pays de l’Afrique australe, peu de
pays peuvent expliquer clairement comment ils se voient avec le géant
asiatique dans les 10 voire 20 prochaines années.
Mais bien au-delà de l’action des gouvernements
africains, les acteurs du business en Afrique doivent s’approprier
l’opportunité et bien comprendre la philosophie du consommateur chinois
ainsi que ses attentes. Si ces derniers aiment bien le thé en provenance
du Kenya ou le tabac en provenance du Zimbabwe, il en faudra un peu
plus pour faire de notre agriculture, l’un de nos meilleurs atouts
commerciaux dans nos relations avec la Chine.
Idriss Linge
Ecofin Hebdo


