Le gouvernement béninois a décidé de suspendre le Conseil national de
l'Ordre des pharmaciens et
d'interdire l'un des principaux fournisseurs
dans le pays, afin d'assainir le secteur pharmaceutique gangrené par le
commerce de faux médicaments.
Ces mesures interviennent au lendemain d'un procès sans précédent qui
a débouché sur la condamnation de plusieurs dirigeants de sociétés de
distribution à des peines de prison ferme, dans le cadre de la lutte
contre les faux médicaments lancée par l'administration du président
Patrice Talon.
"Le conseil des ministres a décidé de suspendre pour une période de
six mois l'Ordre des pharmaciens du Bénin, le temps de faire les
réformes nécessaires dans le secteur", a déclaré à la presse le ministre
de la Justice Joseph Djogbenou.
"L'Ordre n'a pas pu assurer ses missions et l'Etat a décidé de
prendre ses responsabilités. Des éléments probants établissent une
complaisance", a-t-il ajouté, précisant qu'"il ne s'agit pas d'une
dissolution mais d'une suspension".
L'Ordre des pharmaciens n'était immédiatement joignable pour réagir.
Par ailleurs, le ministre a annoncé que l'un des principaux
importateurs, le laboratoire New Cesamex, "est désormais interdit
d'activité au Bénin et ses produits seront retirés de tous les
officines".
Atao Hinnouho, député de l'opposition, fait affaire avec ce
laboratoire basé en RDCongo et plusieurs centaines de cartons de
médicaments ont été saisis chez lui début décembre, selon le ministre.
L'homme est introuvable mais deux de ses collaborateurs ont été
condamnés mardi à Cotonou à six et dix-huit mois de prison ferme pour
"trafic et vente illicite de médicaments".
Cinq autres personnes ont été condamnées à l'issue du procès à quatre
ans de prison ferme pour "vente de médicaments falsifiés, exposition,
détention en vue de vente, mise en vente ou vente de substances
médicamenteuses falsifiées".
Le Bénin a la réputation - avec son grand voisin nigérian - d'être la
plaque tournante du commerce illicite des médicaments en Afrique de
l'Ouest, les faux médicaments circulant notamment par le port de
Cotonou.
Le gouvernement de Patrice Talon, élu en 2016, a décidé de combattre
ce fléau, qui tue près de 100.000 personnes chaque année en Afrique
sub-saharienne, selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Des dizaines de tonnes de faux médicaments ou de médicaments qui
échappent à la commercialisation officielle ont été saisis et des
dizaines de personnes arrêtées depuis un an au Bénin, où des voix
s'élèvent pour dénoncer un coup de filet abusif dans le secteur.
VOA Avec AFP

