
Après la répression des marches des laïcs chrétiens pour l'ouverture de l'espace démocratique en RDC, plusieurs ONG ont interpellé l'UE et la France. Elles s'interrogent sur la teneur de leur coopération avec les forces de sécurité congolaises. Les Européens ont-ils un lien direct ou indirect avec cette répression ? L'Acat, une ONG chrétienne contre la torture, demande la suspension. Survie va plus loin et demande à titre symbolique une rupture de cette coopération dans le domaine de la sécurité. Que répondent la France et l'UE ?
L'Union européenne reconnaît avoir maintenu un programme d'appui à
la réforme du secteur de la sécurité. Ça ne date pas d'aujourd'hui
puisqu'en 2005, à la veille des premières élections dans le pays, l'UE
avait créé Eusec et Eupol, deux programmes en faveur des nouvelles armée
et police congolaises issus des accords de paix.
Progress, le programme actuel, aurait selon Bruxelles le même objectif que les précédents : « Renforcer
la gouvernance et l'Etat de droit et promouvoir une paix juste et
durable et porterait notamment sur la gestion administrative et
financière. ». Le principal succès de cette coopération, ce serait
la « mécanisation des salaires », la masse salariale des forces de
sécurité aurait diminué de moitié, simplement par l'élimination des
identités fictives et cela aurait permis de garantir que les salaires
arrivent bel et bien entre les mains des militaires. En tout cas, l'UE
dit n'apporter aucun soutien en armes à la RDC.
Et qu’en est-il de la France ?
La France, elle, n'a pas autorisé l'exportation d'armes létales ou
non létales à la RDC depuis novembre 2016. Selon les informations
fournies par le gouvernement au Parlement français, le nombre de
licences d'exportations d'armements français autorisés par Paris a
diminué drastiquement depuis 2015. C'est cette année-là en janvier que
l'opposition avait commencé à manifester contre le maintien au pouvoir
de Joseph Kabila, une manifestation réprimée dans le sang en janvier.
Il n'y aurait eu depuis aucun contrat signé avec des fournisseurs
français. Du moins si l'on en croit les informations fournies au
Parlement. Des témoins avaient affirmé à RFI avoir vu des grenades de la
société française Alsetex sur des policiers qui réprimaient les
marches, sans pouvoir confirmer que ces pièces soient toujours en état.
Le quai d'Orsay explique que la coopération a connu une diminution depuis des années, elle a été adaptée « au regard de l'évolution de la situation ». Elle a été réorientée, dit le ministère français, vers l'aide à la formation de cadres de l'armée congolaise « en dehors de toute activité opérationnelle ». Ça, c'est pour la défense.
Pour la sécurité intérieure, une inflexion dans le discours. Le
ministère français assure qu'aucun coopérant français n'intervient dans
des activités liées de près ou de loin au maintien de l'ordre. Certaines
ONG et source étatique avaient fait part d'information faisant état de
formations jusqu'en septembre 2017 par les services français en
photographie et filature à l'ANR, l'agence congolaise de renseignements,
accusée de traquer les activistes prodémocratie. Mais pas de précisions
à ce propos. Il faut savoir que la coopération défense et maintien de
l'ordre est sans doute l'un des volets de coopération les plus opaques
au monde.
Et la question de la coopération sécuritaire entre la France et la
RDC a été formellement posée au ministre des Affaires étrangères
Jean-Yves Le Drian par la présidente du groupe d'amitié France-RDC à
l'Assemblée, Agnes Thill. Une question du Parlement au gouvernement qui a
deux mois pour répondre, selon la loi française.

