La Cour suprême du Brésil a rejeté jeudi une demande d'habeas corpus de l'ex-président Lula. L'ancien chef d'État et favori de la prochaine élection présidentielle, en octobre, doit être incarcéré dans les prochains jours.
Le
mythe vivant de la gauche brésilienne pourrait se retrouver
prochainement derrière les barreaux. Ancien ouvrier parvenu au sommet de
l'État, Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, a vu son destin prendre une tournure amère, jeudi 5 avril, après une décision défavorable de la Cour suprême qui devrait entraîner son incarcération dans les prochains jours.
L'icône de gauche devra ainsi purger une peine de douze ans
et un mois de prison pour avoir reçu un luxueux appartement en bord de
mer de la part d'une entreprise de bâtiment en échange de faveurs dans
l'obtention de marchés publics.
L'ex-président nie farouchement, invoquant l'absence de
preuves et dénonçant un complot visant à l'empêcher de briguer un
troisième mandat, huit ans après avoir quitté le pouvoir avec un taux de
popularité record. Ce jeudi, la Cour suprême lui a refusé un habeas
corpus qui lui aurait permis de rester en liberté jusqu'à l'épuisement
de tous les recours, ce qui aurait pu durer des mois.
Une décision serrée
Cette décision a été loin d'être unanime : la demande a été
rejetée par six voix contre cinq, à l'issue de débats qui se sont
étendus onze heures durant, à six mois d'une élection présidentielle
pour laquelle il était donné favori. Bien que très serré, ce résultat
est une victoire éclatante pour les procureurs de l'opération
"Lavage-Express", enquête tentaculaire qui a mis au jour un gigantesque
scandale de corruption impliquant des hommes politiques de tous bords.
"Toute décision judiciaire est importante, mais certaines
ont une plus grande répercussion que d'autres", avait déclaré la
présidente de la plus haute juridiction du Brésil, Carmen Lucia, au
début de cette audience très attendue. C'est elle qui a prononcé
l'ultime vote qui a entériné le rejet de la demande de Lula, quand le
résultat partiel était de cinq voix partout.
Mais le coup fatal a été porté par la juge Rosa Weber, dont
le vote était annoncé comme celui qui ferait pencher la balance, sa
position étant présentée comme la plus indécise. Quatrième à voter, elle
s'est finalement prononcée contre l'habeas corpus, après avoir maintenu
le suspense pendant près d'une heure avec un argumentaire très
technique.
Lula a suivi l'audience dans la ville où il réside, São Bernardo do Campo, près de São Paulo, plus précisément au siège du syndicat des métallurgistes, qu'il a dirigé dans les années 1970, où plusieurs dizaines de ses partisans se sont rendus dès le matin. Devant un écran géant, les militants de gauche ont quant à eux accueilli avec désolation le vote de Rosa Weber.
"Une peine de prison peut être très longue, comme celle de
Mandela (…) 27 ans, ou très courte comme celle de Gandhi. Je ne suis pas
inquiet et ma seule préoccupation est de prouver mon innocence", avait
affirmé début mars Lula lors d'un entretien à l'AFP.

