Alors que Ouagadougou est la cible de plus en plus fréquente
d'attentats terroristes, zoom sur la
stratégie sécuritaire mise en place
par l'exécutif burkinabè.
Pour la troisième fois en deux ans, Ouagadougou a été la cible d’une attaque terroriste, le 2 mars.
Dirigée contre l’état-major général des armées et l’ambassade de France
au Burkina, elle a fait huit morts et confirmé que le pays se trouve
dans le viseur des groupes armés qui sévissent au Mali. Le gouvernement a
décidé de densifier le maillage sécuritaire dans le nord du pays, où
environ 2 000 hommes sont déployés.
Mais ces attentats confortent aussi les autorités dans
l’idée que la force ne suffira pas pour gagner la guerre contre le
terrorisme. « Le meilleur moyen de répondre à ces attaques barbares,
c’est d’associer le développement à la riposte militaire », explique le
Premier ministre Paul Kaba Thiéba.
53 % des Sahéliens sous le seuil de pauvreté
Face à ce constat, le Burkina a lancé en août dernier le
Programme d’urgence pour le Sahel (PUS). Doté de 455 milliards de F CFA
(694 millions d’euros), il s’étendra jusqu’en 2020 et est destiné à
financer la construction de centres de santé, de routes, de bâtiments
administratifs et d’écoles. De son côté, le Mali a annoncé son intention
de consacrer 3,45 milliards d’euros à sa propre région nord.
« Apporter une réponse non militaire à cette question permet
de réconcilier les populations locales avec l’armée, perçue comme une
force d’occupation. Il s’agit aussi de donner aux Sahéliens le sentiment
d’appartenir à la communauté nationale, car les terroristes exploitent
les relents séparatistes », décrypte le politologue Abdoul Karim Saidou.
Si près de 41 % des 18,1 millions de Burkinabè vivent au-dessous du
seuil de pauvreté, cette proportion atteint 53 % parmi les 1,2 million
de Sahéliens, selon l’Institut national de la statistique et de la
démographie. En outre, leur taux d’accès à l’eau potable ne dépasse pas
les 54 %.
Renforcement de la présence de l’État
L’an dernier, dans le cadre du PUS, le Burkina a engagé près
de 77 milliards de F CFA pour la construction d’infrastructures
destinées à réaffirmer la présence de l’État. Et une enveloppe de
155 milliards de F CFA est prévue pour 2018.
« En huit mois, nous avons engrangé des résultats
tangibles », affirme Nicolas Kobiané, directeur des pôles de croissance
et de compétitivité au sein du ministère de l’Économie. Ce spécialiste
du développement local, qui assure la coordination du PUS, annonce des
inaugurations courant avril. « Nombre de réalisations commencent à être
visibles », se félicite aussi le maire de Dori, Aziz Diallo.
Appel aux bailleurs internationaux
Ragaillardi par les bons résultats du complexe
agro-industriel de Bagré, dans le Centre-Est, l’exécutif veut créer un
pôle de croissance dans le Sahel. Il devra accroître les investissements
dans le secteur minier et valoriser l’élevage dans une zone qui compte
le plus important cheptel du pays (5 millions de têtes). Pour le
financer, les autorités préparent une table ronde des bailleurs pour le
mois d’avril.
Objectif : collecter 240 milliards de F CFA. L’UE a d’ores
et déjà annoncé une aide de 50 millions d’euros, et la Banque arabe pour
le développement économique en Afrique promet quelque 250 millions
d’euros. Preuve supplémentaire de l’engouement des bailleurs
internationaux pour ce programme, c’est au Burkina qu’ils ont décidé de lancer leur nouvelle Alliance pour le Sahel.
Source: jeuneafrique.com

