Le 16 avril 2018, six dirigeants de partis politiques de la
coalition au pouvoir ont signé un accord
politique en vue de la création
d’une fédération de partis qui devrait au terme d’une transition de «
douze à dix-huit mois », se muer en parti unifié. Comment le candidat
unique sera désigné ? Analyse.
Le mode de désignation du candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), coalition au pouvoir et future fédération de partis,
n’est pas encore connu. Mais le décryptage des propos tenus par le
président Alassane Ouattara, président d’honneur du Rassemblement des
républicains (RDR), et son allié Henri Konan Bédié, président du Parti
démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), donnent des indices.
« Le PDCI présentera, en RHDP, un candidat en 2020. Un candidat à
l’élection présidentielle de 2020, en souhaitant l’appui de ses alliés,
compte tenu des sacrifices qu’il a consentis pour les uns en 2010 et
2015 ; mais cela est en discussion avec les alliés », a ainsi déclaré
Bédié, au lendemain d’une série de manifestations de colère de certains
jeunes de son parti, qui dénonçaient sa signature au bas de l’accord
sans concertation préalable.
Les évolutions de Bédié
De fait, la position du patron du PDCI sur le candidat de son parti à
la présidentielle de 2020, a sensiblement évolué. En juin 2017, dans une interview à Jeune Afrique, il s’était montré beaucoup plus catégorique. « Le
PDCI aura un candidat en 2020. Ce sera le candidat unique du RHDP. Il
faut qu’Alassane Ouattara et moi nous entendions sur ce point pour que
cette alternance ait lieu. Mais il est trop tôt pour en parler. »
En effet, l’observateur averti a sans doute remarqué que Bédié n’a pas évoqué dans sa déclaration « l’alternance » brandie par ses partisans depuis son appel dit de Daoukro, en septembre 2014, mais a préféré développer des éléments de langage faisant la part belle à la conciliation et au consensus.
Ouattara plaide pour « le meilleur »
De son côté, Alassane Ouattara a levé un coin de voile sur la méthode
qui pourrait être utilisée pour parvenir à une candidature unique au
sein du RHDP. « En 2020, tout le monde pourra être candidat et le
meilleur sera choisi par cette alliance de RHDP», a-t-il déclaré, à
l’issue d’un entretien à l’Élysée avec le président Emmanuel Macron,
deux jours après la sortie de Bédié.
Bédié et de Ouattara, préparent leurs bases respectives à suivre ce qui, dans le fond, semble déjà décidé
L’explication des propos de Ouattara sont simples : les six partis
politiques de la mouvance présidentielle désigneront leurs candidats à
la candidature à la présidentielle. Parmi ces derniers, le RHDP choisira
le ticket – à la présidence et à la vice-présidence – qui portera ses
couleurs.
Pour Innocent Gnelbin, président d’Initiative ivoirienne pour la
démocratie et le développement (2IDé), les discours de Bédié et de
Ouattara, « sont tenus dans cette forme, pour préparer leurs bases
respectives à suivre, dans quelques mois, ce qui, dans le fond, semble
déjà décidé. Ce qui se joue dans les propos des uns et des autres est
davantage le rapport de force naturel, au sein de ce groupement
politique, en vue d’avoir les meilleurs positionnements, rien d’autre ».
Une analyse que partage le politologue Sylvain N’Guessan, pour qui
« la divergence apparente entre les acteurs porte sur l’ordre
hiérarchique : qui sera candidat à la présidence et qui sera candidat à
la vice-présidence et au titre de quel parti ? Pour le parti unifié,
c’est une question de temps, les discussions se poursuivent et je pense
qu’ils y arriveront ».
Source: Jeune Afrique

