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Winnie Mandela aux cotés de Coretta Scott King, veuve de Martin Luther
King Jr. Le 11 septembre 1986 à Soweto.
King Jr. Le 11 septembre 1986 à Soweto.
"Elle était une icône de la libération", dira d'elle le prix
Nobel de la paix Desmond Tutu. "Et puis, quelque chose a terriblement
mal tourné..."
Winnie Madikizela-Mandela, décédée lundi à 81 ans,
s'est imposée comme une égérie de la lutte anti-apartheid en reprenant
le flambeau de son mari Nelson Mandela en prison, avant de déraper et
être accusée de torture. Le parcours de Nomzamo Winifred Zanyiwe
Madikizela, connue sous le nom de "Winnie", est indissociable du premier
président noir d'Afrique du Sud, dont elle a été l'épouse pendant
trente-huit ans, y compris les vingt-sept qu'il a passés en prison.
Un parcours tumultueux
Née le 26 septembre 1936 dans la province du Cap oriental (sud), dont
est également originaire Nelson Mandela, elle décroche un diplôme
universitaire de travailleur social, une exception pour une femme noire à
l'époque. Son mariage en juin 1958 avec Nelson Mandela - elle a 21 ans,
et lui, divorcé et père de famille, presque 40 - est vite contrarié par
l'engagement politique de son mari.
"On n'a jamais eu vraiment de vie de famille (...) on ne pouvait pas arracher Nelson à son peuple. La lutte contre l'apartheid, la Nation venaient d'abord", écrit-elle dans ses mémoires.
© Fournis par Le Nouvel Obs
Après leur mariage, Nelson Mandela entre très vite dans la
clandestinité. Restée seule avec leurs fillettes après son arrestation
en août 1962, Winnie maintient la flamme du combat contre le régime
raciste blanc.
A Pretoria, le 16 juin 1964 après le verdict du procès de Rivonia qui condamne Nelson Mandela. AFP
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La jeune assistante sociale est alors la cible de manoeuvres
d'intimidation et de pressions constantes. Emprisonnée, astreinte à
domicile, bannie dans un bourg à l'écart du monde où sa maison est visée
par deux attaques à la bombe...
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Mais rien n'arrête la résistante, qui continue à défier les autorités
blanches. Contre vents et marées, elle devient l'une des figures de
proue du Congrès national africain (ANC), fer de lance de la lutte
anti-apartheid. En 1976, elle appelle les lycéens de Soweto révoltés à
"se battre jusqu'au bout". La radicale "passionaria des townships" se
révèle pourtant, avec le temps, un handicap et une gêne pour l'ANC.
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Alors que les traîtres présumés à la cause anti-apartheid sont brûlés
vifs, avec un pneu passé autour du cou, elle déclare que les
Sud-Africains doivent se libérer avec des "boîtes d'allumettes". Un
véritable appel au meurtre. Winnie s'entoure d'un groupe de jeunes
hommes formant sa garde rapprochée, le "Mandela United Football Club"
(MUFC), aux méthodes particulièrement brutales.
Winnie et Nelson Mandela, le 13 février 1990 à dans le stade de Soweto. (TREVOR SAMSON / AFP)
En
1991, elle est reconnue coupable de complicité dans l'enlèvement d'un
jeune militant, Stompie Seipei. Elle est condamnée à six ans de prison,
une peine ultérieurement commuée en simple amende. En 1998, la
Commission vérité et réconciliation (TRC) chargée de juger les crimes
politiques de l'apartheid déclare Winnie "coupable politiquement et
moralement des énormes violations des droits de l'Homme" commises par le
MUFC.
"Grotesque", répète celle que l'on surnomme la "Mère de la Nation", même si des témoins l'accusent de torture.
"Elle a mal tourné"
"Elle
était une formidable égérie de la lutte, une icône de la libération",
dira d'elle le prix Nobel de la paix Desmond Tutu, président de la TRC
et ami de Nelson Mandela.
"Et puis, quelque chose a terriblement mal tourné".
Nommée
vice-ministre de la Culture après les premières élections multiraciales
de 1994, Winnie est renvoyée pour insubordination par le gouvernement
de son époux, un an plus tard. Mise au ban de la direction de l'ANC,
condamnée une nouvelle fois en 2003 pour fraude, Winnie fait tout de
même son retour en politique quatre ans plus tard en intégrant le Comité
exécutif du parti, l'instance dirigeante de l'ANC.
Elle multiplie
les contradictions. Députée depuis 1994 et réélue à chaque élection,
elle brille par son absence au Parlement. Celle qui mène grand train
prend régulièrement la défense des plus pauvres.
Elle critique vertement l'accord historique passé par son illustre mari avec les Blancs pour mettre fin à la ségrégation.
"Mandela nous a abandonnés", assène-t-elle, "l'accord qu'il a conclu est mauvais pour les Noirs".
L'image
du couple Mandela, marchant main dans la main à la libération du héros
anti-apartheid en 1990, a fait le tour du monde. Mais les époux ne se
sont jamais retrouvés. Ils ont fini par divorcer en 1996 à l'issue d'une
sordide procédure qui a révélé les infidélités de Winnie.
Leur
animosité a continué même après la mort de Nelson Mandela en 2013. Il ne
lui a rien légué. Furieuse, elle a engagé une bataille pour récupérer
la maison familiale de Qunu (sud). La justice l'a récemment déboutée de
ses demandes.
Source: L’Obs


