La justice espère interroger Donald Trump, soupçonné
d'obstruction dans l'enquête sur
l'affaire russe. Alors le président
américain s'entoure de poids lourds pour assurer sa défense.
Donald Trump va-t-il devoir subir un interrogatoire dans l'enquête sur l'affaire russe? C'est ce qu'espère le procureur spécial Robert Mueller.
En mars, il a informé la Maison-Blanche qu'il n'hésitera pas à assigner
le président américain si celui-ci refuse de coopérer. Les menaces de
la justice semblent avoir porté leurs fruits, puisque Donald Trump est
en train de muscler son équipe d'avocats depuis quelques jours.
Mercredi, il a embauché Emmet Flood, qui avait conseillé Bill Clinton et
George W. Bush notamment.
Ces dernières semaines, de nombreux
mouvements ont eu lieu dans l'équipe d'avocats qui conseille Donald
Trump, sous l'impulsion de son conseiller juridique Jay Sekulow.
Sont arrivés :
- Rudy Giuliani, l'ex-maire républicain de New York, mais aussi ancien procureur, une figure médiatique, politique proche de Donald Trump et très appréciée des Américains ;
- Jane Serene Raskin et Marty Raskin, un couple d'avocats floridiens, tous deux spécialisés dans la criminalité financière ;
- Emmet Flood, réputé pour son expertise en procédure de destitution d'un président américain ;
Sont partis ou vont le faire :
- John Dowd a jeté l'éponge en mars, estimant que ses recommandations n'étaient pas suivies par le président ;
- Ty Cobb, qui plaidait pour une meilleure coopération avec les enquêteurs, va prendre sa retraite fin mai sur fond de désaccord avec Donald Trump ;
Une nouvelle embauche pourrait avoir lieu très prochainement, selon le Washington Post.
Ces mouvements sont "le signe d'une nouvelle phase", a déclaré un
conseiller proche de Trump au journal. "Nous envisageons toutes les
options désormais. Elles sont toutes sur la table… Nous allons peut-être
tomber les gants." Selon le quotidien américain, plusieurs membres de
l'équipe d'avocats de Donald Trump considèrent désormais son approche
frontale comme la bonne.
Vers un bras de fer avec Robert Mueller
Le
président américain n'a pas caché sa colère mercredi, après que les
questions du procureur spécial ont fuité dans la presse. "Vous avez un
crime inventé, bidon, la collusion, qui n'a jamais existé et une enquête
qui a commencé avec une fuite illégale d'informations confidentielles.
Sympa!", a-t-il tweeté. "Il semblerait très difficile d'entraver la
justice pour un crime qui n'a jamais eu lieu! Chasse aux sorcières!",
a-t-il déclaré dans un autre tweet. En privé, Donald Trump qualifierait
le travail de Robert Mueller d'"enquête à la con".
Selon les
avocats du président, le procureur spécial envisage depuis plusieurs
mois d'interroger Donald Trump dans le cadre de ses investigations.
Plusieurs options s'offrent à lui :
- L'assignation judiciaire. Révélée par le Washington Post mardi, cette solution serait inédite dans l'histoire américaine. Mais Donald Trump pourrait invoquer le 5e amendement de la Constitution, qui prévoit dans certaines conditions un droit à garder le silence pour ne pas s'incriminer. Robert Mueller serait alors forcé de saisir la justice, entraînant une bataille qui retarderait l'enquête en allant probablement jusqu'à la Cour suprême.
- L'entretien négocié. Robert Mueller semble prêt à des concessions pour convaincre le président de s'asseoir avec lui pour un entretien. C'est pour cela que son équipe a transmis les questions à l'entourage de Donald Trump. Mais ce dernier a jugé que cette liste de 49 questions était trop longue.
- La déposition écrite. Robert Mueller a la possibilité d'accepter que Trump réponde à ses questions par écrit, une option qui semble avoir davantage les faveurs de la Maison-Blanche mais qui limiterait le champ d'action des enquêteurs.
"Qui voulez-vous à vos côtés si Mueller
décide d'assigner à comparaître le président? Vous voulez un conseiller
de guerre. Emmet [Flood] est la quintessence du conseiller de guerre",
rapporte une source anonyme au Washington Post. Son aide ne
serait pas de trop. Si Robert Mueller recourait à une assignation
judiciaire, il placerait Donald Trump dans une situation très
inconfortable. Car tout refus de collaborer de la part du président
américain serait, selon le professeur Andrew Wright, de la Savannah Law
School, "une catastrophe sur le plan politique". Le bras de fer ne fait
que commencer.

