A l'approche de la rencontre Trump-Kim, Pyongyang a manifesté sa bonne volonté en libérant les derniers prisonniers Américains du pays. Accompagnés de Mike Pompeo, le nouveau secrétaire d'Etat, ils sont en route pour les Etats-Unis où les attend Trump en personne.
La visite du nouveau secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en Corée
du Nord a eu un premier résultat concret. Il est reparti du pays en
emmenant dans ses valises les trois derniers Américains retenus
prisonniers par le régime de Pyongyang. Donald Trump a d’ores et déjà
annoncé sur Twitter qu’il les accueillerait cette nuit à leur descente
d’avion sur une base militaire du Maryland. Cette libération, pressentie
depuis une semaine, est un nouveau signe de bonne volonté envoyé par la
Corée du Nord à l’approche de la rencontre entre Kim Jong-un et Donald
Trump. Le président américain a affirmé qu’elle aurait «un effet bénéfique» sur ce sommet, dont la date et le lieu doivent être divulgués dans les jours à venir.
Qui
sont les trois hommes libérés aujourd’hui ? Kim Dong-chul est le
premier à avoir été arrêté, en octobre 2015. Cet homme d’affaires et
pasteur évangélique, originaire de Corée du Sud, se rendait
régulièrement pour affaires dans la zone économique spéciale de Rason, à
la frontière entre Chine, Russie et Corée du Nord. Il a été accusé par
les autorités nord-coréennes d’espionnage au bénéfice de la Corée du
Sud. Elles l’auraient trouvé en possession d’une clé USB contenant des
documents concernant le nucléaire nord-coréen. Il a été condamné en
avril 2016 à dix ans de travaux forcés, après s’être soumis à une
confession publique, dans laquelle il avouait ses activités de
renseignement.
Kim Sang-duk et Kim Hak-song, les deux autres
hommes libérés aujourd’hui, présentent un parcours commun. Arrêtés au
printemps 2017 au moment où ils allaient quitter le pays, ils avaient
tous les deux donné des cours à l’université des sciences et de
technologie de Pyongyang. Cette université privée, la seule du pays,
créée en 2010 par des évangélistes, offre aux enfants de l’élite des
cours à l’occidentale. Kim Sang-duk, professeur de comptabilité, a été
arrêté à l’aéroport de Pyongyang en avril 2017 et accusé de «tentative de déstabilisation» du
régime, sans plus de précisions. Kim Hak-song, expert en agriculture,
était lui venu donner des cours sur la riziculture. Arrêté en mai 2017, à
la gare de Pyongyang alors qu’il s’apprêtait à retourner dans la ville
chinoise de Dandong, où il résidait, il a été accusé d’avoir commis des «actes hostiles contre le gouvernement».
Né en Chine mais d’origine coréenne, Kim Hak-song a acquis la
nationalité américaine au cours des années 2000, après des études en
Californie. Selon un de ses anciens camarades d’université interrogé par CNN,
il est parti en Corée du Nord avec la volonté d’améliorer la situation
alimentaire du pays en y développant les techniques agricoles.
Moyen de pression
Pyongyang
est coutumier de l’arrestation de citoyens américains se trouvant sur
son sol. Ces emprisonnements très médiatisés ont longtemps été un moyen
pour le régime nord-coréen de braquer les projecteurs sur lui, et de
casser son isolement diplomatique en faisant venir des négociateurs de
haut rang. En 2009 et 2010, les deux anciens présidents américains Bill
Clinton et Jimmy Carter en personne se sont rendus à Pyongyang pour y
négocier la libération de concitoyens emprisonnés après être entrés
illégalement dans le pays.
Depuis septembre, les Etats-Unis
interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Corée du Nord. Cette
mesure drastique, prise en pleine crise des missiles balistique, a été
influencée par le sort tragique d’Otto Warmbier.
Accusé d’avoir volé une affiche dans son hôtel, cet étudiant américain
avait été condamné à quinze ans de travaux forcés. Il avait été libéré
en juin 2017, après dix-huit mois de captivité. Dans le coma au moment
de son rapatriement, il était décédé quelques jours plus tard. Ses
parents ont annoncé le mois dernier poursuivre la Corée du Nord pour
meurtre. D’après les informations communiquées par la Maison Blanche,
les prisonniers libérés aujourd’hui «semblent en bonne santé et ont été capables de marcher jusqu’à leur avion sans assistance».
S’il
n’y a plus aujourd’hui de prisonniers américains en Corée du Nord, six
Sud-Coréens y seraient encore détenus : trois pasteurs évangéliques,
poursuivis pour leurs activités missionnaires dans ce pays ouvertement
athéiste, et trois anciens transfuges qui ont fait défection en Corée du
Sud il y a plusieurs années avant de retourner au Nord.
Nelly Didelot
source: liberation.fr

