
Alors que les craintes de flux d'immigrés en provenance du Maghreb
enflent, un ouvrage fait de
l'immigration la planche de salut de la
France.
Alors que les craintes de flux d'immigrés en provenance du Maghreb
enflent, un ouvrage fait de l'immigration la planche de salut de la
France.
Dans votre ouvrage, pourquoi faites-vous du recours massif à
l'immigration la clé de voûte de votre plan de secours de l'économie
française ?
Karine Berger : certes, avec un peu plus de deux enfants par femme,
la France est la championne d'Europe de la fécondité. Mais cette
performance permet seulement de retarder le vieillissement de la
population. Selon nos calculs basés sur des projections de l'Insee, 26 %
des Français auront plus de 65 ans en 2040 si on ne modifie pas notre
politique d'immigration.
Combien de personnes arrivent chaque année en France?
Valérie Rabault : officiellement, 100.000. Beaucoup plus si on prend
en compte les clandestins. L'idée est d'envisager plutôt un flux de
300.000 immigrés par an, soit 10 millions de personnes d'ici 2040 qui,
selon nous, sont indispensables pour régénérer la population, permettre à
notre économie de conserver sa capacité d'innovation et pérenniser
notre système de protection sociale.
Mais la France est-elle toujours attractive ?
K. B. : tout est là ! Dans les années
1960-1970-1980, la France pouvait se targuer d'accueillir les cerveaux
du monde entier et les populations en souffrance. Depuis les années
1990, les premiers préfèrent partir aux États-Unis, et les secondes
tentent désespérément d'arriver en Grande-Bretagne où, estiment-elles,
elles auront une véritable chance de prendre un nouveau départ.
V. R. : l'exemple de Tidjane Thiam, le directeur
général du premier assureur britannique Prudential, ancien ministre de
Côte d'Ivoire que nous citons dans notre ouvrage est évocateur. Pourquoi
ce polytechnicien n'est-il pas resté en France, un pays qu'il adore ?
Parce qu'il a toujours eu l'impression que sa couleur de peau était un
handicap dans sa vie professionnelle.
K. B. : pour les mêmes raisons, l'écrivain d'origine
libanaise Wajdi Mouawad a dû s'exiler au Canada car il n'arrivait pas à
obtenir une carte de séjour en France. Il lui a fallu patienter quinze
ans pour obtenir le précieux sésame qui lui permet aujourd'hui de
travailler avec les compagnies de Chambéry et d'avoir été l'artiste
principal du festival d'Avignon de 2009.
Comment intégrer ces 10 millions d'arrivants alors que la France a déjà tant de mal à le faire avec les enfants d'immigrés ?
V. R. : nous ne sommes pas naïves. La tâche ne sera
pas facile. Un des moyens les plus efficaces pour intégrer ces immigrés
est de mettre à bas la ghettoïsation. Selon une étude réalisée par des
chercheurs américains, le coût de la ghettoïsation représente 3,8 % du
PIB des États-Unis. Rapporté au PIB français, toutes choses égales par
ailleurs, on frôle les 80 milliards d'euros. On pourrait faire beaucoup
de choses pour stopper ce phénomène.
Mais il n'y a pas que l'argent qui compte !
K. B. : il faut que les immigrés aient des modèles,
qu'ils soient persuadés que l'ascenseur social n'est pas bloqué au rez
de chaussée pour eux. Les arrivées au gouvernement de Rama Yade, de
Fadela Amara, de Rachida Dati furent très positives. Mais ces exemples
sont peu nombreux. Combien y a t il de personnes issues de l'immigration
à la tête d'entreprises du CAC 40 ? Aucune.?

