
Dans les années 2010, sponsorisée par un oligarque, l’équipe de foot de
la capitale, Makhatchkala,
s’offrait des stars mondiales. Le rêve a
tourné court. Dans la république russe du Caucase gangrenée par la
corruption et l’islamisme, les terrains sont remplacés par un parc
d’attractions.
Il y a peu, c’est ici qu’était censé se dessiner l’avenir radieux du
football russe. Les mercenaires à crampons, recrutés à prix d’or,
devaient bousculer la géopolitique mondiale du ballon rond. Mais voilà
les supporteurs ramenés à l’ère jurassique. Quand ces maudits dinosaures
en plastique sont apparus sur les terrains d’entraînement, il y a un
an, même les plus optimistes ont compris que les ambitions planétaires
de l’Anzhi Makhatchkala, vitrine du Daghestan, étaient bel et bien
enterrées. Quand un parc d’attractions prend la place des athlètes, la
fin est proche. Quelques mètres plus loin, la magnifique Anzhi-Arena,
une enceinte de 30 000 places tout en verre et en courbes, qui n’a pas
été retenue pour la Coupe du monde, subit elle aussi un lent grignotage.
Des magasins, restaurants et autres salles de fitness rognent
progressivement les espaces du club.
Résultats catastrophiques
Avec une affluence moyenne, lors de la saison 2017-2018, de 7 000
spectateurs par match, il faut bien compenser. En attendant le coup de
grâce ? Les plans pour l’étape d’après, la transformation de
l’Anzhi-Arena en un gigantesque parc aquatique, sont prêts. Le reste
n’est qu’affaire de gros sous et de résultats sportifs. Ceux de la
saison qui s’achève sont catastrophiques : à la traîne toute l’année, le
club, relégable, n’a sauvé sa place en première division que sur tapis
vert, profitant des déboires financiers d’une autre équipe. « Tout est encore possible, rien n’est décidé, tempère, fataliste, Roustambek Pirmagomedov, le directeur de l’Arena, cet écrin en perdition inauguré en 2013. Je ne sais pas comment le club trouve son argent, mais pour l’instant il continue de payer le loyer. »
Il y a cinq ans, une éternité, des vedettes d’envergure plus large
qu’un diplodocus foulaient encore les pelouses de l’Anzhi-Arena : le
Camerounais Samuel Eto’o, les Brésiliens Roberto Carlos et Willian, le
Français Lassana Diarra et de nombreux autres, dont la crème...
Par Benoît Vitkine
Source: lemonde.fr

