
La nouvelle stratégie américaine pour l’Afrique a été dévoilée jeudi matin 13 décembre à Washington. Elle a été présentée par John Bolton, conseiller national à la sécurité. L’administration américaine entend revoir l’aide qu’elle accorde au continent. Les financements seront désormais conditionnés par les résultats qu’ils permettent d’obtenir. Le conseiller à la sécurité nationale a également remis en cause les missions de maintien de la paix de l’ONU, en particulier celles qui s’étendent sur de nombreuses années. Il entend réévaluer le soutien américain à ces missions. Mais John Bolton a commencé par critiquer avec virulence l’attitude de la Chine et de la Russie en Afrique.
« La Chine a recours à des pots-de-vin, à des accords opaques
et à l'utilisation stratégique de la dette pour maintenir les États
d'Afrique captifs des exigences de Pékin », affirme John Bolton. Le conseiller américain à la sécurité nationale accuse aussi Moscou de corruption, rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet. « Les Russes échangent des ventes d’armes et d’énergie contre des votes aux Nations unies », assure John Bolton.
« Les pratiques prédatrices de la Chine et de la Russie freinent
la croissance économique en Afrique, menacent l'indépendance financière
des pays africains, entravent les possibilités d'investissement des
États-Unis, entravent les opérations militaires américaines et
constituent une menace importante pour la sécurité nationale des
États-Unis. »
John Bolton a cité l’exemple de Djibouti où la Chine a établi une
base militaire en 2017, non loin d’un camp militaire américain. Il a mis
en garde contre un projet chinois de reprise du port de Djibouti, qui
entraînerait, dit-il, un basculement du commerce maritime de la région
en faveur de Pékin.
L’administration américaine veut des résultats en contrepartie de l’aide dispensée
« Malheureusement, des milliards et des milliards de dollars de
l'argent des contribuables américains n'ont pas produit les effets
escomptés, a déclaré John Bolton. Ils n'ont pas mis fin au
fléau du terrorisme, du radicalisme et de la violence. Ils n'ont pas
empêché d'autres puissances, comme la Chine et la Russie, de profiter
des États africains pour accroître leur propre pouvoir et leur
influence. Et ils n'ont pas conduit à une gouvernance stable et
transparente, à la viabilité économique et à un développement croissant
dans toute la région. Désormais, les États-Unis ne toléreront plus ce
modèle ancien de l'aide sans effet, de l'assistance sans obligation de
rendre des comptes et du secours sans réforme.
Au lieu de cela, nous suivons une nouvelle voie, une voie qui,
nous l'espérons, aboutira enfin à des résultats. Les Américains sont des
gens généreux, mais nous insistons pour que notre argent soit utilisé à
bon escient.Notre priorité est de veiller à ce que tous les fonds
d'aide des États-Unis envoyés en Afrique soient utilisés de manière
efficace et efficiente pour promouvoir la paix, la stabilité,
l'indépendance et la prospérité dans la région. Cette administration ne
permettra pas que l'argent durement gagné par les contribuables serve à
financer des autocrates corrompus, qui l'utilisent pour remplir leurs
coffres au détriment de leur peuple, ou commettent des violations
flagrantes des droits de l’homme. »
Remise en cause les missions de maintien de la paix de l’ONU
« Malheureusement trop souvent aux Nations unies, établir et
déployer une mission de maintien de la paix met fin à tout processus de
réflexion créative, a poursuivi John Bolton. Les mandats sont
renouvelés presque automatiquement, l’envoyé spécial des Nations unies
se déplace chaque année, fait un rapport et quasiment rien ne se passe.
Je pense qu’il faut se concentrer sur la résolution des conflits pour
assurer le succès de ces missions. Le succès n’est pas simplement la
poursuite indéfinie d'une mission. Le Sahara occidental
est mon exemple préféré parce que j’ai participé à l’élaboration du
mandat de la force de l’ONU déployée sur place. 27 ans plus tard, le
statut de ce territoire n’est toujours pas résolu. Honnêtement, 27 ans
de déploiement de ces forces de maintien de la paix ! 27 ans et elles
sont toujours là ! Comment peut-on justifier cela ? Est-ce qu’il n’y a pas un moyen de résoudre ce conflit ?
Les ressources, le temps et l’attention que l’on consacre aux forces de
maintien de la paix seraient beaucoup plus productifs s’ils étaient
utilisés pour le développement et l’amélioration de la situation
économique des gens de la région. Si l’on résout les conflits, on libère
des ressources économiques et politiques pour d’autres finalités. Cela
devrait être notre objectif. »

