
Le président soudanais Omar el-Béchir a annoncé jeudi 31
janvier la réouverture de la frontière avec
l’Érythrée, dont il avait
ordonné la fermeture il y a un an, après avoir décrété l'état d'urgence
dans la région de Kassala (est), afin de lutter contre les trafics
d'armes et d'êtres humains.
« J’annonce depuis Kassala l’ouverture de la
frontière avec l’Erythrée », a dit le président Omar el-Béchir, lors
d’un rassemblement télévisé à Kassala, à proximité de la frontière
érythréenne. « La politique peut nous diviser mais ils (les Érythréens)
restent nos frères et parents », a-t-il affirmé, sans expliquer les
raisons de sa décision.
La fermeture de la frontière érythréenne avait été décidée l’an dernier,
dans le cadre d’un plan pour désarmer des gangs de trafiquants d’êtres
humains, accusés par le Soudan d’être responsables du transit de
migrants depuis la Corne de l’Afrique vers l’Europe.
Le Soudan à l’épreuve
En proie à une grave crise économique et à plusieurs conflits armés
impliquant régime et rebelles, le Soudan est un carrefour clé sur la
route de l’Europe. En 2016, « quelque 100 000 migrants » avaient
« voyagé via le Soudan, en grande majorité des Érythréens », selon
Asfand Waqar, de l’Organisation internationale pour les migrations
(OIM). À partir du Soudan, les migrants rejoignent la Libye ou l’Égypte,
d’où ils entrent en contact avec des passeurs qui les entassent sur des
embarcations de fortune avant une périlleuse traversée en mer
Méditerranée, en direction du Vieux Continent.
Jeudi, le président Omar el-Béchir s’est adressé à des centaines de ses partisans rassemblés à Kassala, alors que de nouvelles manifestations réclamant son départ
ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, dont Khartoum. Une fois de
plus, ces manifestations ont été dispersées à l’aide de gaz
lacrymogènes.
Selon des analystes, la contestation actuelle,
déclenchée le 19 décembre après la décision du gouvernement de tripler
le prix du pain, constitue le plus grand défi en trois décennies de
pouvoir pour el-Béchir. Trente personnes ont perdu la vie depuis le
début du mouvement, selon un bilan officiel. Des ONG évoquent toutefois
plus de 40 morts. Le président soudanais refuse de démissionner et
impute les violences lors des manifestations à des « conspirateurs ».
Par Jeune Afrique

