
Le
chef du Parlement a usé de ses pouvoirs en s'autoproclamant président
après des manifestations
massives. Plusieurs pays parmi lesquels les
États-Unis l'ont immédiatement reconnu. Maduro a annoncé rompre toutes
relations diplomatiques avec Washington.
Le succès des manifestations de mercredi assure à Juan Guaido un large
soutien populaire. L'inconnue, pour l'instant, reste le soutien de
l'armée
Ce 23 janvier était un jour crucial pour le Venezuela. Le
président de l'Assemblée nationale, Juan Guaido, en a fait un jour
historique en se proclamant président de la République par intérim.
Il s'appuie pour cela sur la Constitution qui prévoit qu'en cas de
vacance du pouvoir, le président de l'Assemblée nationale assume la
présidence intérimaire de la nation.
Il s'y était jusque-là
refusé, estimant qu'il avait besoin du soutien explicite de la
population et de l'armée. Le succès des manifestations de mercredi lui
assure un large soutien populaire. L'inconnue, pour l'instant, reste le
soutien de l'armée.
Dans la journée, il a été fortement incité à passer le pas par les
intervertions du président Donald Trump qui déclarait reconnaître la
seule autorité de Juan Guaido à la tête du Venezuela et une vidéo du
vice-président Mike Pence de soutien aux manifestations de l'opposition.
D'autres États ont rapidement reconnu le leader de l'opposition comme
président par intérim comme le Brésil, le Canada, l'Argentine ou le
Pérou. Le pouvoir chaviste a dénoncé «une tentative de coup d'État
fasciste» fomenté de l'étranger et rompu ses relations diplomatiques
avec les États-Unis. Les diplomates américains ont désormais 72 heures
pour quitter le pays. Le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez, a
expliqué qu'un plan prévoyait que des hommes habillés en uniforme
militaire «tirent contre les manifestations de l'opposition». «Pourquoi?
Pour obéir aux ordres de Mike Pence.»
L'opposition avait
organisé sa première manifestation nationale depuis plus d'un an, alors
que le pouvoir chaviste tentait, lui, de réunir ses troupes à Caracas.
Pendant les premières heures de la journée, l'opposition semblait avoir
réussi son pari. Partout dans le pays, des concentrations massives
d'opposants ont été observées: dans les grandes villes comme Maracaibo
ou Caracas, mais aussi dans les villes moyennes comme Cumana, Porlamar
ou Maturin. Les manifestants ont défilé en scandant des slogans hostiles
au pouvoir: «Il va tomber, le gouvernement va tomber.» Dans l'État de
Bolivar, un buste de Hugo Chavez a été arraché de son socle et pendu à
une corde du haut d'un pont.
Soutien de l'Église aux opposants
À
Caracas, les manifestants ont convergé dès 8 heures du matin depuis une
dizaine de points de rassemblement vers la place Jean-Paul II, sur
l'avenue Francisco de Miranda. Cette manifestation était un test
important sur le positionnement des forces de l'ordre. L'Église
vénézuélienne a demandé aux policiers et à l'armée de protéger les
protestataires. En 2017, la répression des manifestations de
l'opposition avait fait plus d'une centaine de morts.
Depuis
lundi, la tension ne cesse de monter, après que des membres de Garde
nationale bolivarienne ont donné l'assaut à une caserne dans le quartier
populaire de Cotiza. Si vingt-sept militaires ont été arrêtés, les
riverains se sont soulevés pour exprimer leur mécontentement et leur
soutien aux mutins. La colère s'est propagée dans plusieurs quartiers du
nord-ouest de Caracas.
Lundi, le Tribunal suprême de justice (TSJ) a estimé que le Parlement, dominé par l'opposition, est en état de « désobéissance » et que ses décisions sont nulles
Dans la soirée, des «Cazerolas», ces concerts de casseroles
pour exprimer son opposition au pouvoir, ont eu lieu dans de nombreux
quartiers de la municipalité de Libertador, à deux pas du palais
présidentiel de Miraflores. C'est une première ; habituellement, les
manifestations d'hostilité au pouvoir se tiennent dans les quartiers
est, où vit la classe moyenne supérieure. Ces protestations se sont
poursuivies mardi pour s'intensifier dans la nuit. Quatre personnes
auraient été tuées par la police. Des saccages ont été dénoncés par les
autorités. Selon des témoins, les forces de l'ordre ont tiré des balles
en caoutchouc et des bombes lacrymogènes directement dans les
appartements dans lesquels les habitants tapaient sur des casseroles.
Lundi, le Tribunal suprême de justice (TSJ) a
estimé que le Parlement, dominé par l'opposition, est en état de
«désobéissance» et que ses décisions sont nulles. Si le TSJ s'attaque à
Juan Guaido, c'est que ce dernier apparaît de plus en plus comme le nouveau leader de l'opposition, capable de fédérer au-delà des forces antichavistes.
Une catastrophe sociale et économique
La
catastrophe sociale et économique que ne parvient pas à juguler le
président Nicolas Maduro touche l'ensemble de la population, militaires
compris. Dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, Juan Guaido
et son épouse ont appelé les Forces armées à ne plus répondre aux ordres
d'un pouvoir que l'opposition considère comme illégitime. «La ligne de
commandement des Forces armées est brisée», s'évertue à répéter
l'opposition. Les opposants en veulent pour preuve le fait que les
membres de la Garde nationale bolivarienne ont libéré Juan Guaido au
bout d'une heure, après l'avoir arrêté dimanche.
Et le pouvoir a semblé troublé par cette interpellation sans jamais la
justifier, à l'exception de la ministre des Prisons, l'inénarrable Iris
Varela, qui a tweeté: «Guaido, tu t'habitues à ta cellule, avec ton
uniforme, j'espère que tu vas rapidement nommer ton cabinet pour savoir
qui va t'y accompagner.»
L'opposition avait soigneusement choisi
la date de cette manifestation. Le 23 janvier 1958 avait pris fin la
redoutable et très répressive dictature de Perez Jimenez. À l'époque, le
régime était tombé grâce à la conjonction d'une protestation populaire
et d'un soulèvement militaire contre le dictateur. Cette révolution
avait donné naissance à la plus longue période démocratique que le pays a
connue depuis son indépendance.
Source: lefigaro.fr

