
Le chef de l’opposition, Juan Guaido, s’est autoproclamé "président" par intérim, alors que le second mandat de Nicolas Maduro est largement contesté.
Le président vénézuélien Nicolas Maduro a
reçu jeudi 24 janvier l'appui de l'armée. Fort de cet appui, il espère
contrecarrer les soutiens internationaux apportés au président du
Parlement Juan Guaido, autoproclamé la veille "président" par intérim et
immédiatement reconnu par les États-Unis et leurs alliés dans la
région.
Le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, a dénoncé
lors d'une conférence de presse, où il est apparu entouré de tout le
haut-commandement militaire, un "coup d'État" de la part du président du
Parlement.
"J'alerte le peuple du Venezuela qu'un coup d'État est perpétré
contre les institutions, contre la démocratie, contre notre
Constitution, contre le président Nicolas Maduro, notre président légitime", a déclaré le ministre.
Huit généraux qui commandent des régions stratégiques du pays ont
assuré peu auparavant leur "loyauté et subordination absolue" au
président dans des messages diffusés par la télévision d'État
"Loyaux toujours, traîtres jamais", ont lancé certains en terminant
leur allocution, où ils n'ont pas manqué de faire allusion à
l'ex-président socialiste Hugo Chavez (1999-2013). Lundi, une brève
tentative de soulèvement d'un groupe de militaires avait été rapidement
réprimée.
Maduro soutenu par la Russie et la Chine
Outre l'armée, Nicolas Maduro a
reçu le soutien de ses alliés russe et chinois, qui ont dénoncé les
"ingérences extérieures" au Venezuela. Le président russe Vladimir
Poutine a exprimé jeudi son "soutien" à M. Maduro dans un entretien téléphonique. Cuba et le Mexique ont aussi maintenu leur appui.
De son côté, Juan Guaido, qui se trouvait jeudi "à l'abri" dans un
lieu qui n'a pas été précisé, selon une source au sein de l'opposition,
continuait à recevoir des messages de soutien de dirigeants d'Amérique
et de l'Union européenne (UE), parmi lesquels le Premier ministre
espagnol Pedro Sanchez. Londres a affirmé par la voix de son ministre
des Affaires étrangères Jeremy Hunt que Maduro "n'est pas le dirigeant légitime du Venezuela".
Mercredi, devant une foule de partisans de l'opposition, qui ont manifesté par dizaines de milliers contre Nicolas Maduro,
Juan Guaido, 35 ans, s'est autoproclamé "président en exercice" du
pays, en vue d'installer un "gouvernement de transition" et d'organiser
des "élections libres".
"Régime illégitime"
Le président américain Donald Trump a été le premier à le reconnaître
comme président par intérim, suivi par une dizaine de pays d'Amérique
latine et le Canada. L'UE a elle demandé des "élections libres" et la
Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits humains, Michelle
Bachelet, a appelé depuis Davos à une "solution politique pacifique".
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé un « dialogue » pour empêcher une « escalade menant à un conflit qui serait un désastre pour la population du pays et pour la région ». L’Union européenne a, elle, appelé à écouter la « voix » du peuple du Venezuela et a réclamé des élections « libres et crédibles », tandis que Madrid estimait que des élections sont « l’unique »solution « possible ».
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a appelé jeudi
l'Organisation des Etats américains (OEA) à reconnaître Juan Guaido
comme "président par intérim du Venezuela". L'OEA, dont le secrétaire
général Luis Almagro a félicité Juan Guaido, doit débattre jeudi de la
situation au Venezuela.
Le président du Parlement européen, l'Italien Antonio Tajani, a
quant à lui dénoncé aujourd'hui le "régime illégitime" de Nicolas
Maduro au Venezuela, dont il a demandé le départ, et a annoncé avoir
exprimé le soutien du Parlement européen au président de l'Assemblée
Juan Guaido.
Une cinquantaine de pays considèrent comme "illégitime" le deuxième mandat de Nicolas Maduro,
investi le 10 janvier, estimant que les élections de mai, boycottées
par l'opposition et à l'issue desquelles il a été réélu, n'ont pas été
transparentes.
"Chute pas imminente"
L'aggravation de la crise politique intervient en pleine débâcle
économique dans ce pays pétrolier, jadis prospère et désormais frappé
par d'importantes pénuries de nourriture et de médicaments, et soumis à
une hyperinflation qui devrait atteindre 10.000.000% en 2019.
Depuis mardi, des foyers de protestation dans le pays ont fait 16
morts, selon des organisations de défense des droits humains. Dans la
nuit, des troubles ont éclaté dans des quartiers populaires de la
capitale.
Mercredi, Juan Guaido a appelé l'armée à se mettre "du côté du peuple
qui souffre et de la Constitution" et a une nouvelle fois tendu la main
aux militaires pour qu'ils désavouent Maduro, leur promettant une loi d'amnistie.
Pour les experts du cabinet Eurasia Group, la reconnaissance du
haut-commandement de l'armée est vitale pour le président du Parlement,
en vue de la mise en place d'un gouvernement de transition, car une
"chute de Maduro ne semble pas imminente".
Le chef de l'État vénézuélien doit assister jeudi à une session de la
Cour suprême, acquise au pouvoir, qui a ordonné une enquête contre les
membres du Parlement, contrôlé par l'opposition, les accusant d'usurper
les prérogatives du président socialiste.
"Il peut y avoir une réaction en faveur de Maduro de
la part de groupes qui le soutiennent, même une réaction violente
contre Guaido ou le Parlement", estime le politologue Luis Salamanca.
Rupture des relations diplomatiques avec les États-Unis
En réponse à l'appui de Washington au chef de l'opposition, Nicolas Maduro a
annoncé mercredi, devant des milliers de partisans, la rupture des
relations diplomatiques avec les États-Unis et a donné 72 heures à leurs
représentants pour quitter le pays.
Les États-Unis ont toutefois indiqué que le dirigeant socialiste
n'avait pas l'autorité pour rompre les relations et expulser les
diplomates, et dit qu'ils prendraient "les mesures appropriées" en cas
de mise en danger de leur personnel diplomatique.
Dans un communiqué adressé à toutes les ambassades, Juan Guaido leur a demandé de "maintenir leur présence diplomatique".
"Ce qui affecte véritablement (...) la capacité de gouverner du régime de Maduro,
ce sont les mesures de restriction économique ou financière", a estimé
auprès de l'AFP le spécialiste des relations internationales, Mariano
Alba.
Les États-Unis achètent au Venezuela un tiers de sa production
pétrolière, qui a chuté à 1,4 million baril/jour et représente 96% des
entrées de devises. Selon Nicolas Maduro, ses ennemis souhaitent s'accaparer les réserves de brut du pays, les plus grandes au monde.
"Trump probablement va explorer la possibilité de geler des actifs
(vénézuéliens). A l'avenir, pourraient s'y ajouter des sanctions
pétrolières", estime le cabinet Eurasia Group.
Les manifestations de mercredi représentaient la première
mobilisation d'ampleur depuis 2017. Les violentes manifestations avaient
alors fait quelque 125 morts. L'opposition se prépare à une nouvelle
grande marche pour la première semaine de février.
Par L'Obs avec AFP

