
Dans un climat tendu, le Venezuela s’est réveillé
jeudi 24 janvier, avec deux présidents. Elu président
du Parlement
vénézuélien le 5 janvier 2019, Juan Guaido s'est de fait autoproclamé
président par intérim devant des dizaines de milliers de ses partisans.
Pour l’heure, il ne peut cependant pas véritablement prendre le
pouvoir mais il jouit déjà de la reconnaissance du président américain
Donald Trump et tout récemment de celui du président Macron .
« Je jure d’assumer formellement
les compétences de l’exécutif national comme président en exercice du
Venezuela pour parvenir (…) à un gouvernement de transition et obtenir
des élections libres», tels sont les propos tenus par
Juan Guaido devant des dizaines de milliers de partisans réunis à
Caracas pour protester contre la gouvernance de Nicolas Maduro.
Le 11 janvier, au lendemain de l’investiture de Maduro pour un deuxième mandat, Guaido a tôt fait d’appeler à une grande mobilisation sur toute l’étendue du territoire vénézuélien .Pour
cause, le 20 mai 2018, Nicolas Maduro se faisait réélire pour un
deuxième mandat lors d’un scrutin boycotté par l’opposition. En
rejetant les résultats du vote du scrutin du 22 avril 2018, les
opposants accusent Maduro d’avoir fait pression sur les électeurs. Par
ailleurs, ils pointent un taux d’abstention historique de 52%.
« Ne comptez pas sur l’Unité démocratique ni sur le peuple
pour valider ce qui, jusqu’à présent, n’est qu’un simulacre frauduleux
et illégitime d’élection présidentielle », avait annoncé la
coalition de l’opposition vénézuélienne. Dans le cadre de
l’organisation du scrutin du 22 avril 2018, les opposants au président
socialiste réclamaient la présence d’observateurs internationaux indépendants, la tenue du scrutin au deuxième semestre 2018, la désignation d’un Conseil national électoral équilibré, le vote des Vénézuéliens de l’extérieur et un égal accès aux médias.

Totalement inconnu il y a encore quelques mois, le jeune homme qui
prend actuellement les devants de la contestation, Juan Guaido, est
membre du parti Volonté populaire. Très rapidement il est parvenu à
s’imposer comme le principal adversaire du chef de l’Etat vénézuélien.
Cet ingénieur a par ailleurs réussi à remobiliser les adversaires de
Nicolas Maduro qui étaient divisés.
Le mercredi dernier, vêtus majoritairement de blanc, les forces de
l’opposition vénézuélienne, se sont ainsi massivement réunies dans
plusieurs quartiers de Caracas, la capitale. Les opposants sont
également parvenus à se mobiliser dans d’autres régions du pays pour
exiger un gouvernement de transition et de nouvelles élections. De leur
côté, les partisans du gouvernement, habillés de rouge pour la plupart,
se sont retrouvés dans d’autres points de Caracas afin d’apporter leur
soutien au chef de l’État et rejeter les revendications de l’opposition.
En quête de soutien, Juan Guaido a tendu la main aux militaires du
pays pour qu’ils désavouent Maduro. «Nous demandons clairement à l’armée
(…) qu’elle fasse un pas en avant et ne reconnaisse pas ce qui n’est
pas le résultat d’un vote populaire», a déclaré Juan Guaido.
Afin de légitimer sa démarche, le politicien de
35 ans s’appuie sur l’article 233 de la Constitution du pays. Cet
article établit plusieurs cas de vacance du pouvoir, tel que le
renoncement, l’incapacité mentale ou la mort. Un point controversé reste
la déclaration d’abandon de mandat, déjà invoqué en 2017 par le
Parlement, aux mains de l’opposition et dont les décisions sont
systématiquement annulées par la Cour suprême.

Face aux actions de l’opposition Nicolas Maduro qui fait face à un
taux d’impopularité élevé, en raison notamment de l’effondrement
économique du pays a quant à lui répliquer :
«Grâce à Dieu, à la Vierge et à tous les saints, aux anges et
aux archanges […] je ne suis pas fou […] je vais très bien […] jamais
je ne renoncerai»
Devant la Cour suprême, qui lui a renouvelé son appui, Nicolas Maduro
a également remercié les militaires pour leur soutien face à ce qu’il a
appelé un coup d’Etat en marche dirigé par les Etats-Unis.

Washington a de fait exprimé son soutien envers Juan Guaido. Un
geste que le sénateur américain Bernie Sanders, candidat malheureux à
la primaire démocrate a tôt fait de critiquer. Sanders appelle les
Etats-Unis à se rappeler des leçons du passé pour ne pas jouer le jeu
des changements de régime ou pour appuyer des coups d’Etat. Par
ailleurs, Sanders a déclaré que les Etats-Unis sont longtemps
intervenus de façon inappropriée dans les pays d’Amérique latine. Nous
ne devons pas emprunter cette voie à nouveau, estime t-il.

Dans un tweet en français et en espagnol, Emmanuel Macron a quant à
lui salué le courage des centaines de milliers de Vénézuéliens qui
marchent pour leur liberté face à l’élection illégitime de Nicolas
Maduro.

Pour l’ heure Nicolas Maduro peut compter sur le soutien de l’armée
et des forces de police. Afin d’éviter l’escalade, l’Organisation des
Nations Unies demande l’instauration d’un dialogue inclusif entre les
hommes politiques vénézuéliens.
Source: afric.online

