
La Belgique compétente pour juger...
Les demandes de mise en accusation portent sur des: -crimes contre
l'humanité, au titre de la loi de 1999 qui prévoit la compétence
universelle des tribunaux belges pour ce genre de crimes. -crimes de
tortures et actes de barbarie tels que visés par la Convention des
Nations-Unies de décembre 1984, ratifiée par la Belgique en juin 1999 et
par la Côte d'Ivoire en septembre 95. -crimes d'arrestations
arbitraires, enlèvements, séquestrations et viols.
Avec l'aide de
l'ONG belge "Prévention génocide", une personne, Brahima Touré, s'est
constituée partie civile au nom de l'ensemble des 150 plaignants,
victimes ou proches de victimes de tortures, viols, assassinats commis
par les forces de l'ordre ivoiriennes en octobre, novembre, et décembre
2000.
Les enquêtes n'ont pu aboutir sous Gbagbo
Sous
Gbagbo, l'enquête n'a pas abouti. Brahima Touré habite actuellement en
Belgique où il a obtenu le statut de réfugié politique. Il est le seul
rescapé du charnier de Yopougon qui fit 57 morts -essentiellement des
étrangers et des membres de l'ethnie Dioula -en octobre 2000.
Les
rapports des organisations de défense des droits de l'Homme comme Human
Rights Watch, la FIDH, Reporters sans frontières, ont conclu à la
responsabilité des forces de l'ordre sous Laurent Gbagbo.
Le rôle de l'Ong plaignante
Préventions génocide, créée en Belgique par des chercheurs en sciences
humaines, a effectué une enquête de plusieurs mois en Côte d'Ivoire.
L'ONG y a réalisé un film long-métrage Côte d'ivoire, poudrière
identitaire. Basé sur de nombreux témoignages, il retrace la dynamique
du concept d'ivoirité qui classe la socièté «en trois catégories, les
Ivoiriens purs à 100%, les Ivoiriens douteux ou de circonstance et les
étrangers». Pour le fondateur de Préventions génocides, Benoît Scheuer,
«la Côte d'Ivoire est au bord du gouffre et il existe un risque
d'épuration ethnique de très grande ampleur qu'il faut enrayer». Dans ce
contexte, le dépot de plaintes et la demande d'ouverture d'un procès à
l'encontre des quatre personnalités visées a également un caractére
préventif. Il s'agit, explique M. Scheuer, d'envoyer un signal clair aux
candidats tortionnaires et génocidaires qu'ils ne pourront pas
continuer à agir impunément. Mais aussi d'encourager la réconciliation
en Côte d'Ivoire qui ne peut pas se faire sans justice. L'avocat des
parties civiles, Maitre Georges-Henri Beauthier, indiquait à l'époque
qu'il était indispensable que des enquêteurs belges se rendent
rapidement à Abidjan pour y mener des investigations comme cela avait
été le cas dans le cadre du procès en Belgique des quatre génocidaires
rwandais.
Cette plainte, en latence, pourrait resurgir et mettre
Laurent Gbagbo dans une situation inconfortable. À moins que la plainte
n'ait été oubliée, ce qui est peu probable.
Rachelle Konan avec Rfi

