
Le 24 mars dans la base américaine de Vogelweh à Kaiserslautern dans
le Sud-Ouest de l’Allemagne,
a eu lieu la cérémonie de passation de
grade du Capitaine Jean Marcel Segning au grade de Major de l’armée
américaine. La remise des épaulettes s’est déroulée dans la salle de
fête «Armstrong Club», de cette base, qui a refusé du monde pour la
circonstance. Il y avait bien sûr des Soldats et Officiers américains,
tous grades confondus, sanglés dans leurs tenues d’apparat pour la
circonstance. Mais il y avait aussi des civils, dominés par les amis du
Commandant Segning, anciens ‘Parlementaires’ ou non, venus de divers
pays européens pour célébrer la promotion d’un des leurs au sein d’une
des armées les plus puissantes du monde: France, Autriche, Grande
Bretagne, Belgique et de l’Allemagne.
La cérémonie a commencé à 18h45’ par une prière dite par un Officier.
Elle s’est poursuivie par une présentation exhaustive du parcours du
Commandant Segning au sein de l’arméeAméricaine. De cette présentation,
l’on apprend c’est un Officier hautement qualifié et bardé de
distinctions diverses, qui est à l’honneur ce samedi.
Le Major Segning détient une Licence en Ingénierie Informatique de
l’Université de Memphis et un Master en gestion des achats et des
acquisitions obtenu à l’université de Webster dans le Missouri. Il a
visité plusieurs écoles et formations militaires, parmi lesquelles la
Officer Basic Course, la Combined Logistics Captains Career Course, la
NATO Logistics Course, la Joint Planning Course et la Support Operations
Course. En 2014, il avait été sélectionné pour représenter l’armée
américaine dans la formation multinationale à l’Ecole Supérieure des
Officiers de Reserve Spécialistes d’Etat-major (ESORSEM) au Centre
d’études Stratégiques de l’armée de terre de Paris en France ou il en
était sorti dans la promotion « Colonel Raoul Pflimlin ».
Enfin L’Officier supérieur Segning compte à son actif plus d’une
dizaine de médailles collectionnées sur divers terrains de conflits,
dont la Meritorious Service Medal, la Global War on Terrorism
Expedionary Medal, la Global War on Terrorism Medal, quatre Commendation
medals et six Achievement medals pour ne citer que celles-là. Répétant
les termes du serment prononcés par le Colonel Bradley Heston, qui
commande la 361ième Brigade des Affaires Civiles, c’est avec la main
droite levée que l’impétrant a prêté serment, en jurant solennellement
de « soutenir et de défendre la Constitution des États-Unis contre tous
les ennemis, étrangers et internes, et qu’il remplira fidèlement les
devoirs de la charge pour laquelle il s’apprête à entrer». Serment
ponctué par des applaudissements nourris et des youyous enflammés de ses
collègues militaires, amis civils et les invités.
Quatre allocutions ont suivi la prestation de serment du Major
Segning. D’abord celles du Colonel Bradley Heston, qui commande la
Brigade des affaires civiles et du Colonel Timothy Sumovich, Chef
d’Etat-major de la 7ieme Mission Support Command (7th MSC). Les deux
colonels ont présenté la promotion du Major Segning, comme une
récompense de son mérite et de son professionnalisme sans faille au sein
de l’armée des USA. Ils ont dit avoir été très impressionnés depuis
leur arrivée sur la base de Vogelweh, par les qualifications
universitaires et militaires de même que par l’impressionnant parcours
au sein des forces armées américaines de Jean Marcel segning.
C’est pour ce brillant parcours, dira le Colonel Bradley Heston, que
le Major Segning a été sélectionné pour un programme de formation
extrêmement sélectif (Command and General Staff College, ndlr) dans une
école militaire du Kansas où n’entrent que les plus brillants des
Officiers de l’armée des USA. L’Hommage appuyé du Dr Tene Sop à son
ancien camarade ! Le seul civil qui a eu droit à la parole ce jour est
le Docteur Tene Sop, ancien Coordonnateur National du Parlement,
universitaire et militant politique camerounais résidant en Allemagne.
Il a brillamment épluché un pan de la vie du Commandant Segning, qui
était jusque-là inconnu de ses supérieurs et de ses collègues soldats.
Le Dr Tene Sop a d’abord évoqué les circonstances de sa rencontre avec
son camarade Segning, dans les luttes estudiantines sur le campus
universitaire de Ngoa-Ekellé, au début des années 1990 et leur exil
commun dans divers pays de l’Afrique de l’Ouest.
Il a ensuite rappelé que son camarade Segning était un militant
brillant et courageux, qui s’est très vite fait remarquer par le
leadership du mouvement estudiantin, surtout pour sa passion pour les
questions de sécurité au sein de l’organisation. Son nom de code dans la
clandestinité au Cameroun, au plus fort de la répression qui s’était
abattue sur le ‘Parlement’, était ‘Colonel’ s’est souvenu Tene Sop;
avant d’ajouter «son nom de code était déjà une feuille de route très
claire! C’était un nom de code prémonitoire et il me semble que la
prémonition est entrain de se réaliser sous nos yeux et nous sommes
certains qu’elle se réalisera, puisque le camarade ‘Colonel’ est un
grand travailleur passioné par le metier des armes».
Le Dr. Tene Sop a terminé son intervention sur une note très
politique où il s’est un temps d’ailleurs cru en meeting politique.
Partant de l’exemple de son camarade Segning, Tene Sop a dénoncé les
tares des systèmes africains qui tuent le genie africain et empêchent
les jeunes africains de réaliser leurs rêves. Au Cameroun, martela Tene
Sop, Segning n’aurait jamais pu être Commandant dans l’armée à cause de
la corruption, du népotisme, du tribalisme et de la mauvaise gouvernance
ambiante! L’Afrique regorge de nombreux Segning a-t-il poursuivi et
dans divers domaines ; il faut juste créer les conditions du
développement de ce potentiel et permettre aux jeunes de réaliser leurs
rêves sur place. Les enfants de l’Afrique meurent dans la méditerranée
parce qu’ils ont des rêves que les leaders rétrogrades, corrompus et
sans vision empêchent qu’ils se réalisent, et ces jeunes prennent alors
d’énormes risques en défiant les mers du monde au risque de leurs vies,
en espérant réaliser leurs passions et leurs rêves. Il faut que ça
s’arrête, a-t-il martelé », sous des applaudissements nourris de la
salle debout.
Le Major Segning : De l’activisme estudiantin au Campus de
Ngoa-Ekellé au grade de Commandant dans l’armée des USA Rien ne
prédestinait ce compatriote – né à Batcham dans le Département des
Bamboutos, dans la Région Ouest du Cameroun – à un niveau aussi élevé
dans les forces armées Américaines. Et pour cause; Jean Marcel Segning
fait partie de la cinquantaine d’étudiants, membres du Parlement des
Etudiants Camerounais (‘Le Parlement’), radiés à vie de toutes les
Universités camerounaises, persécutés et recherchés par la police
politique camerounaise, et qui ont pris le chemin de l’exil en 1993 pour
le Burkina Faso, aidé par Djeukam Tchameni, alors Président de
l’organisation citoyenne ‘Cap Liberté’. En Octobre 1995, certains de ces
étudiants exilés, sont expulsés du Pays des Hommes intègres
– pour ‘trouble à l’ordre public’
– par le Ministre de l’Administration du Territoire et de l’Intérieur
d’alors, Yero Boly. Il est reproché à la dizaine de ‘Parlementaires’
concernés, d’avoir violé l’obligation de réserve à laquelle ils sont
astreints en tant que réfugiés politiques. Ils sont alors arrêtés et
écroués à la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) à
Ouagadougou, où ils passeront près d’un mois. En réalité les autorités
reprochent aux étudiants-activistes de travailler avec l’Union Générale
des Etudiants Burkinabè (UGEB) opposée au régime de Compaoré et d’avoir
participé au 1er congrès de L’Union Internationale des Droits de l’Homme
(UIDH), qui a durement critiqué le bilan en matière des Droits de
l’Homme du gouvernement Burkinabè.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), qui
assure la protection des étudiants–Parlementaires, s’évertue alors à
trouver aux infortunés, de nouvelles terres d’accueil. Le Commandant
Segning est expulsé vers le Togo en compagnie de l’écrivain Léon Tuam,
tandis que d’autres sont envoyés au Niger et au Sénégal, toujours sous
le parapluie protecteur du HCR. C’est à partir du Togo que Jean Marcel
Segning bénéficie, en 1998, du programme de réinstallation des réfugiés
du Gouvernement des Etats Unis qui lui permet alors de s’installer à
Memphis dans l’Etat de Tennessee, avec son épouse Béninoise, rencontrée
durant ses années passées au pays de Behanzin. De Soldat réserviste à
Commandant dans l’armée des USA… un parcours extraordinaire ! Ayant
toujours adoré le métier des armes et envisagé faire une carrière
militaire, Jean marcel Segning trouve une fois au pays de Bill Clinton,
des conditions favorables à la réalisation de son rêve.
L’armée américaine est sur différents fronts de guerre dans le monde
et recherche des volontaires pour renforcer ses effectifs. En 2001, soit
3 ans seulement après son arrivée sur le sol américain, l’ex
‘Parlementaire’ se présente à une séance de recrutement dans l’armée qui
a lieu dans la ville de Memphis. Son volontarisme et son engagement
sautent à l’œil des Officiers recruteurs. Lui qui a toujours rêvé d’être
militaire. Il est immédiatement recruté en 2001 comme Soldat
réserviste. Entre 2003 et 2005, le réserviste Segning est déjà passé au
grade de sergent et immédiatement envoyé en Irak, ou l’armée américaine
est engagée dans une guerre extrêmement complexe contre les forces de
Saddam Hussein. Il y passera au total 18 mois et reviendra sain et sauf,
de ce terrain tumultueux, là où de nombreux Soldats américains ont
perdu la vie. En 2006, il décide de faire de l’armée son métier. De
retour de la guerre en Irak, Il monte au grade de Sergent-chef et
obtient sa licence en ingénierie informatique ; ce qui lui ouvre
grandement les portes pour se présenter à la sélection des corps des
Officiers. Toujours au cours de l’année 2006, il passe de Sergent-Chef
au grade de Sous-lieutenant. Il est alors promu de Soldat réserviste à
Officier actif dans la réserve, en Novembre 2006.
La carrière militaire de Jean Marcel Segning prend alors un ascenseur
rapide, que seuls les sommets de l’armée américaine semble pouvoir
arrêter… Une ascension fulgurante… Il aura fallu 17 ans de loyaux
services à notre compatriote Segning, pour passer de simple soldat
réserviste au grade de Commandant. Une performance exceptionnelle, alors
qu’à son entrée dans l’armée en 2001, certains Officiers lui avaient
prédit, que vu son âge relativement avancé à l’époque, il terminerait sa
carrière, si tout se passe bien, tout au plus au grade de Sergent! Il
avait d’ailleurs répondu que terminer même Sergent ne serait déjà pas
mal, vu son histoire ! Loin de décourager donc, M. Segning a redoublé
d’efforts dans l’espoir de faire mentir les pronostics de ses
recruteurs.
Curieusement ‘Colonel’ –de son nom de code à l’époque du ‘Parlement
Estudiantin’- de par son engagement et son dynamisme à aux différentes
fonctions occupées, frappe à l’œil de ses supérieurs hiérarchiques
successifs, et reçoit diverses promotions en un temps record… Quelques
repères… Juillet 2001: Soldat de 2ième classe Décembre 2001 : Caporal
May 2003: Sergent Février 2006: Sergent-Chef Novembre 2006:
Sous-Lieutenant Aout 2008: Lieutenant Juin 2011: Capitaine Février 2018:
Commandant (port des épaulettes le 24 Mars 2018) C’est naturellement un
Commandant Jean Marcel Segning très comblé de joie et très ému qui a
pris la parole le samedi 24 mars, après avoir reçu ses nouvelles
épaulettes des mains de son chef, le Colonel Bradley Heston. Dans son
allocution, le nouveau promu a tout d’abord parlé de sa fierté d’avoir
pu conduire avec succès divers projets et opérations au sein de l’armée,
projets donc nous les civils ne sauront jamais grand-chose, puisque le
Commandant Segning a usé d’un style militaire ampoulé et de divers codes
pour les décrire. Certainement à cause du secret militaire qui entoure
de nombreuses de ces opérations. C’est très naturellement que le
récipiendaire du jour a remercié tous ceux qui ont rendus sa promotion
possible.
A commencer par ses supérieurs, ses amis et ex-camarades du
‘Parlement’, ses collaborateurs de la Brigade avec qui, il dit jouer
régulièrement au basketball. Il a surtout remercié son épouse ainsi que
ses enfants, à qui il a rendu un hommage très appuyé pour le soutien
quotidien qu’ils lui procurent, en supportant ses nombreuses absences
professionnelles. Sans le soutien et la compréhension de sa famille,
a-t-il martelé ses divers avancements dans l’armée n’auraient pas été
possibles. Son allocution terminée, le Major Segning a convié ses
invités à un buffet bien achalandé de diverses spécialités culinaires du
Cameroun et à un vin d’honneur, le tout arrosé de sonorités musicales
du pays, d’Afrique et du monde, distillées par le Commandant Segning en
personne.
Ce dernier est grand amateur de la technologie musicale, il dispose
d’ailleurs d’un véritable arsenal de Disk Jockey ! Fin mélomane, il a
fait danser ses invités au rythme d’anciens succès musicaux, qui
bercèrent sa jeunesse dans les années 80 et 90, à Batcham, Mbouda, Edéa,
Yaoundé, Ouaga, Cotonou et Lomé ! C’était assez distrayant de voir des
Soldats américains se secouer au rythme de notre Bikutsi national. ‘ça
sort, comme ça sort’, s’est d’ailleurs exclamé un des convives, content
de l’ambiance. Ce fût, en tout cas, une belle très fête, pleine de
boutades. iversités camerounaises
Essama Benoît, journaliste
Par 237Actu.com

