Le fondateur de Microsoft a listé, pour la très solide Technologie Review du MIT, les dix
Quand un homme comme Bill Gates s'amuse à dessiner le futur, on a
tendance à tendre l'oreille -certes, l'Américain n'est pas Nostradamus,
mais la multitude de ses milliards prouve qu'il dispose de solides
références pour viser juste. Et quand il détaille pour la très sérieuse
Technology Review du MIT les dix technologies qui vont selon lui
bouleverser notre monde dans un avenir proche, on le lit très sagement
et on prend note.
«Mon esprit s'est tourné vers la charrue, explique-t-il en
introduction de ses prédictions. Les charrues sont une excellente
incarnation de l'histoire de l'innovation. Les êtres humains les
utilisent depuis 4.000 avant Jésus-Christ, quand les Mésopotamiens
aéraient le sol avec des bâtons pointus. Nous avons lentement affiné et
amélioré le concept, et les charrues d'aujourd'hui sont des merveilles
technologiques.»
Robotique, médecine et énergie
Première technologie élue par Gates: l'agilité robotique. Elle est
encore incertaine, mais la vision quotidienne et ahurie de vidéos de
robots maîtrisant le Jenga comme des moines Shaolin ou réalisant des
saltos arrières dignes de Nadia Comaneci prouve que les machines font de
rapides progrès, qui pourraient à terme bouleverser beaucoup de choses
dans l'industrie.
Seconde révolution en approche: une énergie nucléaire de nouvelle
génération, avec des réacteurs à fusion plus sûrs, dont l'avènement
semble désormais plausible à moyen terme. Des sociétés travaillent déjà à
la miniaturisation de ces unités de production, promettant une
réduction drastique des risques écologiques et financiers.
Vient ensuite, toujours selon Gates, la détection précoce des
naissances prématurées, qui concernent un bébé sur dix et posent de
sérieux problèmes en matière de mortalité infantile, en particulier dans
les pays les moins dotés en infrastructures dédiées. Un chercheur
américain de l'université de Stanford travaille sur un test sanguin qui
pourrait être opérationnel d'ici cinq ans et sauver beaucoup de jeunes
vies.
Toujours dans le champ médical, la recherche progresse rapidement sur
une nouvelle manière d'explorer l'intestin humain. Cancer colorectal,
syndrôme du côlon irritable, maladie de Crohn: les maladies liées à
notre système digestif sont parmi les plus courantes, sournoises,
mortelles et accessoirement coûteuses qui soient. Les «dysfonctions
entériques environnementales», également très répandues dans les pays
pauvres, sont source de malnutrition et de retard de développement. Un
moyen simplifié de détecter ces pathologies pourrait là encore sauver de
nombreuses vies: c'est ce sur quoi planche le Massachusetts General
Hospital, où est expérimenté une sonde qui s'avale simplement et permet
d'effectuer tous les tests nécéssaires, sans anesthésie ou procédure
lourde.
Un vaccin anti-cancer personnalisé est également cité par Gates. Rien
qui ne relève de l'utopie: la chose, qui utilise les défenses
immunitaires propres à chaque corps pour détruire les cellules
cancéreuses, est déjà en test sur l'être humain.
«Alt-viande» et toilettes pour tout le monde
Et dans nos assiettes? Des burgers. Mais des burgers sans burger:
trouver un substitut consommable et apprécié à la viande est devenu
crucial en matière environnementale. Les Nations unies annoncent une
population mondiale de 9,8 milliards de têtes en 2050, avec une
consommation de viande qui pourrait croître de 70% par rapport à 2005.
Une catastrophe écologique de plus que des start-ups spécialisées dans
l'alt-carne, créée en laboratoire ou à base de plantes, cherchent à
atténuer.
Tout ceci semble bien joli, mais la planète n'est-elle pas déjà
condamnée par le réchauffement climatique engendré par les émissions
colossales de dioxyde de carbone par l'être humain? Pas forcément.
Carbon Engineering (dans laquelle Bill Gates a placé quelques billets),
Climeworks ou Global Thermostat sont autant de sociétés faisant le pari
de la recapture, du stockage ou du recyclage de CO2, peut-être le seul
moyen d'éviter à la Terre de se transformer en un invivable sauna. Le
coût estimé de cette capture baisse, et elle pourrait être utilisée dans
la création de carburants synthétiques. Le marché pourrait donc trouver
un intérêt à financer ces cruciales recherches.
Une autre des technologies présentées comme potentiellement
révolutionnaires par Bill Gates est déjà au poignet de l'auteur de ces
lignes: un électrocardiogramme portable et permanent, en l'occurrence
celui offert depuis peu par l'Apple Watch à ses utilisateurs et
utilisatrices dans certaines régions du monde. Apple n'est bien sûr pas
la seule à proposer un tel produit, mais la surveillance active de
troubles cardiaques potentiellement mortels peut faire gagner quelques
années d'espérance de vie à celles et ceux qui en ont besoin -certaines
personnes peuvent même déjà remercier la technologie.
C'est l'un des plus fameux chevaux de bataille de la Fondation Bill
& Melinda Gates, qui lui a même dédié un concours public ad hoc:
point d'avenir sans hygiène. Et celle-ci passe notamment voire avant
tout par des toilettes sûres: plus de deux milliards d'êtres humains
n'ont aucun accès à un quelconque système d'assainissement, et nombre
des maladies et épidémies dont souffrent les pays pauvres trouvent leur
source dans l'absence de couverture de ce besoin basique. De nombreux
équipes de recherche planchent donc sur l'invention de toilettes
simples, peu coûteuses, adaptables partout et ne nécessitant pas la
création d'un coûteux système d'égouts. La fin de l'anarchie des
défécations sera pour beaucoup la première brique vers un avenir plus
solide.
Dernier espoir cité par Bill
Gates: l'amélioration drastique des assistants vocaux, bientôt capables
de discussions logiques et lissées, à des années-lumières de la simple
prise d'ordre que permettent pour l'instant Alexa, Siri ou l'assistant
Google. Selon Gates, ce sont ces améliorations très rapides qui
permettront aux robots conversationnels de réellement alléger le
quotidien de leurs utilisateurs et utilisatrices.
Par Slate.fr

