Alors que se profilent 2020 et les élections présidentielles, le président Burkinabé Roch Marc
En visite au Burkina Faso, le 1er mai
dernier, Angela Merkel, la chancelière allemande, a demandé que les
nations occidentales viennent en aide aux pays sahéliens luttant contre
le terrorisme; notamment le Burkina Faso. « Nous allons fournir (au
Burkina Faso; ndlr) une aide à hauteur de 7 à 10 millions d’euros. C’est
nécessaire car dans l’est et dans le nord du pays, des enfants ne
peuvent pas aller à l’école à cause des attaques terroristes », a
déclaré la chancelière. L’aide allemande ne pourra que faire du bien au
Burkina Faso et à son président qui ne sait plus où donner de la tête
avec la constante menace terroriste. Après avoir multiplié les
procédures de contrôle, et malgré la réorganisation de l’armée, Roch
Marc Christian Kaboré peine face aux incursions des groupes djihadistes
sur son territoire.

Dans 18 mois les élections présidentielles auront lieu.
Pourtant, le chef d’État n’a vraiment plus le choix, et
le temps, encore moins. Dans 18 mois les élections présidentielles
auront lieu. Et pour l’instant, la candidature du président en place ne
devrait pas susciter le même engouement que lorsqu’il a été élu.
Terrorisme : un inextricable casse-tête
« La question de la sécurité est devenue un défi
fondamental de notre pays parce que sans sécurité, il est difficile
d’atteindre le développement. Sur l’ensemble des secteurs sur lesquels
nous nous sommes engagés, nous avons eu des avancées. Je pense qu’il
faut se donner le temps de construire le pays », déclarait en
décembre dernier, Roch Marc Christian Kaboré. Le problème, c’est que le
temps, dans un contexte compliqué sur le plan sécuritaire, ne joue pas
en faveur du président Burkinabé.
« La question de la sécurité est devenue un défi
fondamental de notre pays parce que sans sécurité, il est difficile
d’atteindre le développement. »
Rempli d’un enthousiasme qu’il semblait partager avec
la population durant les élections, Roch Marc Christian Kaboré et son
programme ont été frappés en plein cœur par l’attentat terroriste
survenu 17 jours seulement après l’investiture du nouveau président, en
2016.

2015 à l’heure de l’espoir et de l’enthousiame.
Depuis, et ce à cause de la recrudescence des attentats
dans le pays, les questions de sécurité occupent le quotidien des
Burkinabés. Le président crée alors l'agence nationale de renseignement
(ANR), pour coordonner et approfondir la coopération avec les pays de la
sous-région dans le cadre du « G5 du Sahel ». Ensuite, des
changements seront effectués à la tête de l’armée, sans que les
autorités ne parviennent réellement à endiguer les vagues d’attaques
terroristes. Le président le sait. Dans cette situation, aucun chiffre
sur le progrès économique de son pays ne peut lui assurer une
réélection, tant que la population craindra les terroristes.
A l’heure des comptes, son mandat sera analysé,
principalement, à travers le prisme sécuritaire, ce qui n’est pas
forcément une bonne nouvelle pour lui. Assurément, la vie devait être
beaucoup plus facile, loin des fonctions présidentielles, lorsque
l’intéressé n’était que ministre, ou président du parlement.
L’ancien du régime déchu qui voulait tout changer
« Je n’ai pas changé. Pas beaucoup en tout cas.
J’essaie de rester accessible, j’ai quatre téléphones portables dont
celui que j’avais avant d’être élu. Je m’astreins à répondre le plus
possible aux messages que je reçois sur ce dernier. Pour le reste, je
savais que tout serait difficile après ce que nous avons vécu »,
explique Roch Marc Christian Kaboré à Jeune Afrique en juillet 2018.
Pour lui, la difficulté de sa tâche ne nécessitait pas de changer la
personne qu’il était, l’homme politique connu depuis plusieurs années de
toute la scène nationale.
« J’ai quatre téléphones portables dont celui que
j’avais avant d’être élu. Je m’astreins à répondre le plus possible aux
messages que je reçois sur ce dernier. »
Si pour certains, c’est un homme né, avec « une cuiller en argent dans la bouche »
et élevé dans les sphères les plus proches du pouvoir, le président
Burkinabé revendique une certaine normalité. Il aime rendre visite à son
père, le week-end, seul et à pied. Son père, c’est Charles Bila Kaboré,
ancien ministre des finances et vice-gouverneur de la banque centrale
des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), entre autres.

« Pour le reste, je savais que tout serait difficile après ce que nous avons vécu »
Roch Marc Christian nait le 25 avril 1957 à Ouagadougou
où il fait ses études jusqu’au baccalauréat. Il part ensuite en France,
à Dijon, où il obtiendra une maîtrise en sciences économiques, puis un
DESS en gestion, en 1980. Peu après, il adhère à la Fédération des
étudiants d'Afrique noire en France (FEANF), un groupe de militants très
actifs au moment des indépendances.
A son retour au Burkina Faso, Roch Marc Christian
Kaboré milite au sein de l’Union de lutte communiste-reconstruite
(ULC-R) d’un certain Thomas Sankara.
A son retour au Burkina Faso, Roch Marc Christian
Kaboré milite au sein de l’Union de lutte communiste-reconstruite
(ULC-R) d’un certain Thomas Sankara.
Dans le même temps, le natif de Ouagadougou intègre, à
27 ans, la Banque internationale des Volta (BIV), actuelle Banque
internationale du Burkina (BIB). Il en sera le directeur général de 1984
à 1989.
Après l’assassinat de Sankara, Blaise Compaoré prend le
pouvoir. Il fera alors de Roch Marc Christian Kaboré, qu’il nomme
sucessivement chef de plusieurs départements ministériels, une des
principales personnalités politiques du pays.
« Après l’assassinat de Sankara, Blaise Compaoré
prend le pouvoir. Il fera alors de Roch Marc Christian Kaboré, une des
principales personnalités politiques du pays. »
En 1994, il est nommé premier ministre. Élu pour la
première fois à l’assemblée nationale en 1992, il en devient le
président 10 ans plus tard. Parallèlement, il est secrétaire exécutif du
Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise
Compaoré. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’en 2010, lorsque le CDP
commence à être remodelé autour d’autres proches de Blaise Compaoré.
Roch Marc Christian Kaboré est de plus en plus mis à l’écart.

Son mandat sera analysé principalement à travers le prisme sécuritaire.
L’article 37, censé permettre à Blaise Comaporé de se
représenter en 2015, sur lequel l’actuel président aurait pourtant
travaillé, achève de détruire les relations entre les deux hommes. Marc
Roch Christian Kaboré quitte le parti et lance, le 4 janvier 2014, le
Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). La formation rejoindra la
population lors des manifestations visant à chasser du pouvoir Blaise
Compaoré. Après le départ de ce dernier, Roch Marc Christian Kaboré
remporte les élections présidentielles de 2015 dès le premier tour.
Mais l’engouement suscité par son élection retombe vite
et, malgré des progrès économiques, sa côte de popularité, déjà
fragilisée par les manifestations des syndicalistes, ne résiste pas aux
balles des terroristes.
S’il veut décrocher un second mandat, Roch Marc
Christian Kaboré sait bien ce qui lui est demandé : régler le problème
du terrorisme au Burkina Faso. Plus facile à dire qu’à faire.
Servan Ahougnon
Par Ecofin Hebdo

