Je suis ici a New York et je ne peux m'empecher d'eclater de rire - le 13 avril j'ai recu
un email de
Washington DC, d'un de mes avocats lors de mon arrestation
qui est aussi avocat de Maurice Kamto, me disant que Michelle Bachelet
venait au Cameroun, et qu'il fallait informer son bureau du genocide qui
a lieu chez nous. Je pense que le pays qui est encore sous l'embargo
d'information, c'est la France - voila pourquoi j'ai plutot commence une
campagne d'information des deputes francais, dont on peut trouver la
premiere video ici (https://www.generation-change.info/silence-on-tue/).
Des videos similaires seront produites et envoyees a tous les deputes
et representants francais, dans un effort de vaincre ce qui est la seule
dissidence contre le peuple camerounais, et contre le monde qui, lui,
est informe de la situation camerounaise, comme je me rends compte quand
je suis en route, meme dans ma petite ville! Devant un ennemi isole,
absolument isole, Biya, qui n'a qu'un seul allie, la France, ennemi qui
pourtant pour la communaute internationale est un des allies les plus
anciens, et il est bien possible que Biya soit meme un agent de la CIA,
la seule solution, la seule tactique etait et est bien celle que
lui-meme a toujours utilise contre l'opposition - la triangulation.
Eh bien la triangulation de Biya a eu lieu en trois temps:
1) l'arrivee de Michelle Bachelet qui etait, comme je l'ai deja dit
ici, precedee par l'arrivee en catimini au Cameroun d'une fonctionnaire
de l'ONU, je tais encore son nom, en mai 2018, fonctionnaire que j'ai
rencontree a New York, et qui a donc, en collaboration avec l'office de
l'ONU a Yaounde, livre son rapport la semaine passee, rapport qui a a un
jour d'intervalle prompte la reaction de la representation du Cameroun a
l'ONU, listant les 'realisations' de facade du tyran le plus vieux
d'Afrique qui en plus genocide son peuple. Et j'en profite pour dire que
la representation de l'ONU basee au pays a essaye de me joindre
plusieurs fois, sans succes, car nos emplois de temps n'ont jamais
coincide. Bref, pour deux ans une personne avait deja ete taskee au
Cameroun par l'ONU, le clou etant evidemment l'acquisisation de
l'invitation officielle de l'ONU par le president Biya, le Cameroun
etant un pays souverain - cette invitation a eu lieu, finalement, et
Michelle Bachelet est venue.
2) Pas beaucoup mentionne est le
rapport bilingue de l'International Crisis Group qui est sorti en meme
temps que son arrivee au Cameroun, sinon a precede de quelques jours
l'aterrissage de Michelle Bachelet a Yaounde (https://www.crisisgroup.org/…/272-crise-anglophone-au-camer…).
Rapport qui decrit de maniere detaille le genocide (on y trouve tout,
tout et tout), qui liste les chemins pragmatiques pour sortir de la
guerre, et debouche sur quelque chose de nouveau, la demande de
sanctions contre les membres du gouvernement camerounais, chose unique,
et historique, car l'Occident n'applique jamais des sanctions que contre
des gouvernements de Gauche, sinon pro-Russes (Lybie, Zimbabwe, etc),
mais est tatillonne devant ses allies comme le tyran camerounais Paul
Biya
3) Michelle Bachelet est encore au Cameroun que le Conseil
de securite a l'ONU a deja table sur une date pour une session
specifiquement sur la crise anglophone, le 13 mai, crise pour laquelle
il avait deja envoye pour deux ans un de ses fonctionnaire au pays (voir
1)). C'est dire au fond que les choses sont deja ecrites sur le
Cameroun (voir point 2)), et n'ont besoin que d'acteurs, comme une piece
de theatre ecrite a besoin d'acteurs pour etre jouee. Le Conseil de
securite de l'ONU ne fixe de date que sur la base d'un rapport. Or nous
savons que depuis 1961, je dis bien depuis 1961, la France a toujours
fait tout en coulisse afin que le Cameroun ne soit pas sujet au Conseil
de securite. Et il y'a quelques mois d'ailleurs, apres le passage du
Congres americain, le Cameroun avait depeche une delegation a l'ONU afin
de convaincre cet organisme qu'il avait les moyens de resoudre la crise
(pousse par la France en cela, France qui essaye ces derniers jours
d'utiliser l'Afrique du sud, apres le Nigeria, pour cette sale besogne).
Ce qui reste maintenant dans la bataille c'est de faire que ceux qui
ont ete le probleme, 1) Biya, et 2) la France, ne soient pas la
solution, cad, que la France ne convainque pas l'ONU qu'elle peut, par
une operation comme Turquoise, Sangaris ou alors Licorne, lui servir de
porte-bagages, car alors on serait revenus a la case de depart. Elle a
deja echoue a ventiller internationalement l'opinion de Paul Biya comme
solution (cad. 1) l'acceptation du fait accompli de Biya comme
president, et 2) la decentralisation), son dernier couteau demeure sa
'generosite', qui consiterait a voir ses soldats arriver au Cameroun
sous le chapeau de l'ONU et parader dans la zone anglophone, y parlant
francais, dans une zone dont justement le probleme c'est l'imposition de
la culture francophone, francaise donc. Il y'a une chose qui est
certaine, la victoire des forces du changement ne s'acquiert qu'au bout
du demasquage de ces pieges nombreux de Biya, et de son seul et unique
allie, la France.
Par Patrice Nganang

