
Le président de l’Alliance démocratique, leader noir d’un parti
majoritairement blanc, se présente en
héraut d’une « Afrique du Sud non
raciale » lors des élections du 8 mai.
Sur le papier, Mmusi Maimane a tout pour plaire : il est jeune
(38 ans), noir, surdiplômé, entrepreneur, marié à une femme blanche dans
une Afrique du Sud
où les couples mixtes sont extrêmement rares. Le leader de l’opposition
sud-africaine est à la fois l’incarnation de l’Afrique en marche et de
la nation Arc-en-Ciel rêvée par Nelson Mandela.
Son rêve
à lui, c’est de délivrer les Sud-Africains des griffes du Congrès
national africain (ANC), le plus vieux parti de libération d’Afrique,
rongé par l’usure du pouvoir et la corruption. « Nous avions besoin d’être libérés. Mais maintenant, il faut se libérer des libérateurs », lançait-il à ses partisans, à Johannesburg, samedi 27 avril. « Ce mouvement est devenu un monument, sa place est au musée », ajoutait-il quelques jours plus tard.
La
présidence catastrophique de Jacob Zuma (2009-2018), marquée par des
choix économiques douteux, un chômage record (27 %) et des scandales de
corruption à n’en plus finir, lui ouvrait un boulevard. Mais si l’on en
croit les derniers sondages, son parti, l’Alliance démocratique (DA,
libéral), se présente en plutôt mauvaise posture aux élections générales
du 8 mai. Les jours du fringant Mmusi Maimane à sa tête pourraient bien
être comptés.
« L’Obama de Soweto »
En 2015,
pourtant, son accession à la présidence du parti est un coup de maître
de la puissante Helen Zille, qui lui laisse le fauteuil. Le voici
premier leader noir d’un parti majoritairement blanc, mais son
parachutage fait grincer des dents. Pour certains, il est la marionnette
de Zille, la caution noire destinée à appâter les électeurs de l’ANC.
Pour d’autres, il est tout simplement inexpérimenté.
Néanmoins,
le charme de « l’Obama de Soweto » opère. Lors des élections
municipales de 2016, la DA obtient 26 % des suffrages, le meilleur score
de son histoire. Par le jeu des alliances, elle rafle les métropoles de
Johannesburg, Pretoria et Port Elizabeth. A l’échelon local, la DA
gouverne désormais 15 millions de Sud-Africains. Surtout, Maimane achève
la transformation du parti en un mouvement véritablement multiracial.
Sur les supports de communication, dans les meetings et jusqu’aux têtes
de liste, les Noirs et les métis sont mis en avant. « La DA devait changer, nous devions chambouler tout ça », confie t-il.
Mais au sein d’un mouvement de plus en plus disparate, les différences se font jour. « Ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’essentiel »,
estime l’analyste politique Ralph Mathegka. A savoir : quelle politique
de discrimination positive mettre en place pour corriger les inégalités
héritées de l’apartheid, alors que ce concept hérisse le poil des
libéraux. Désorientés par un leader qui leur parle de « privilège blanc », les conservateurs afrikaners regardent vers l’autre parti blanc, ultraminoritaire : le Front de la liberté plus (VF +).
Couacs et psychodrame
Depuis
les municipales de 2016, les couacs se multiplient. L’omniprésente
Helen Zille, première ministre de la province du Cap, dérape et tweete
sur les aspects « positifs » de la colonisation. Maimane
hésite, finit par trancher, trop tard, trop mal. Elle conserve son poste
mais sort de la direction du parti. Ses détracteurs y voient un aveu de
faiblesse et la preuve de son incapacité à tenir le mouvement.
Puis,
au moment où l’ANC intronise Cyril Ramaphosa et tourne enfin la page
Zuma, la DA sombre dans un psychodrame autour de Patricia de Lille, la
maire du Cap, soupçonnée de corruption. Le parti veut s’en séparer, mais
les preuves manquent et l’élue se débat. Après diverses procédures
judiciaires qui révèlent à tous l’ampleur des divisions, Patricia de
Lille démissionne et fonde son propre parti, baptisé Good par opposition
aux « méchants » de la DA. Revancharde, elle menace désormais leur
bastion du Cap et ne se prive pas de les descendre dans les médias : « Mmusi
Maimane ? Plus jamais ! Nous ne voulons pas d’un président qui
critique, qui critique, sans jamais offrir de solution », explique-t-elle.
De
fait, avec le départ de Jacob Zuma, Mmusi Maimane a perdu son meilleur
argument de campagne. Dans une Afrique du Sud qui doute, et dans un
contexte mondial de montée des nationalismes, le rêve de Mandela a fait
long feu. Et toujours, la DA, qui s’obstine à se présenter comme la
véritable héritière de « Madiba », est ramenée à cette image de « patrons blancs et de laquais noirs ». L’expression, qui date de 2000, est de Mandela lui-même.
« Il est trop gentil »
« Le problème de Mmusi, c’est qu’il est trop gentil. Ramaphosa, derrière son sourire, c’est un requin », explique un cadre du parti. En février, Maimane a fini par taper du poing sur la table lors d’un congrès de la DA au Cap. « Fermez-la ! », a-t-il ordonné alors qu’un énième débat sur la discrimination positive risquait de semer la confusion chez les électeurs.
Après
le 8 mai, son score national mais aussi au niveau des provinces sera
déterminant pour son avenir, mais aussi pour l’unité de son parti.
Lui-même le dit : « Je me battrai toujours pour une Afrique du Sud
non raciale, que ce soit dans ou en dehors de la DA. Cette cause
structure ma vie et je me battrai pour elle jusqu’à ma mort. »

