
Donald Trump joue la carte de la pression maximale
pour gagner son bras de fer avec l’Iran et forcer
Téhéran à revenir à la
table des négociations. Une stratégie non sans risque qui menace
d’embraser le Moyen-Orient.
Souffler le chaud et le froid, se dire prêt à négocier avec les Iraniens tout en multipliant les déclarations incendiaires contre le régime : le président des États-Unis a opté, face à Téhéran, pour une stratégie diplomatique agressive. Donald Trump espère
ainsi faire plier le régime. Mais l’escalade des tensions et la
multiplication des incidents dans le Golfe font craindre un embrasement
au Moyen-Orient.
En dépit des affirmations répétées
des États-Unis et de la République islamique selon lesquelles ils ne
cherchent pas la guerre, l’inquiétude est montée d’un cran après que Donald Trump a confirmé, vendredi, avoir annulé à la dernière minute des frappes en représailles contre Téhéran qui avait abattu la veille un drone américain.
Une stratégie qui a montré ses limites avec Pyongyang et Caracas
Chantre du désengagement, Donald Trump, qui dénonce fréquemment
dans ses discours l'inefficacité et le coût des interventions
militaires américaines à l'étranger, avait déjà joué la carte de la
"pression maximale" face à la Corée du Nord de Kim Jong-un et au
Venezuela de Nicolas Maduro,sans enregistrer pour autant de résultats probants, puisque l’un et l’autre sont toujours au pouvoir.
Cette
stratégie consiste à frapper durement les régimes en place au
portefeuille en leur imposant de lourdes sanctions financières pour les
forcer à négocier (Corée du Nord) ou les renverser (Venezuela). Il s’agit dans un premier temps de faire monter la pression au plus haut, puis de "détendre la rhétorique" quand la situation menacede dégénérer en conflit ouvert. Ainsi, lorsque la tournure des événementsmenaçait d’échapper à tout contrôle avec
le dictateur nord-coréen, Donald Trump avait fait volte-face et discuté
de dénucléarisation lors deux rencontres au sommet avec Kim Jong-un.
"On avait pu voir cette stratégie face à la Corée du Nord : le
président américain avait engagé un rapport de force assez dangereux
avec un pays doté de l’arme nucléaire. Mais avec l’Iran, la situation
est différente car il y a de gros enjeux régionaux et pétroliers, et un
pays et une armée qui n’ont pas peur et qui ont l’habitude de
combattre", explique Armelle Charrier, spécialiste de géopolitique à
France 24.
"Les Iraniens ne négocieront pas tant qu’ils auront un pistolet pointé sur leurs tempes"
Si
aux États-Unis, la posture de Donald Trump face à l’Iran est très
populaire dans les milieux conservateurs, traditionnellement partisans
d’une ligne dure face à Téhéran, d’aucuns s’interrogent toutefois sur sa
pertinence. L’Iran n’a montré aucun signe de
capitulation, et a au contraire haussé le ton en retour. "Le président
n'a peut-être pas l'intention de faire la guerre, mais nous craignons
que lui et l'administration ne finissent par trébucher dans un conflit",
a déclaré jeudi à la presse Chuck Schumer, sénateur démocrate de
New York.
De leur côté, Mitch McConnell et Kevin McCarthy, deux
ténors républicains du Sénat et de la Chambre des représentants ont
appelé la Maison Blanche à apporter une réponse "mesurée" aux actions
iraniennes.
Interrogé par France 24, Ali Vaez, chercheur au centre
de réflexion International Crisis Group (ICG) et directeur de l’Iran
Project, s’est dit très sceptique quant aux chances de réussite d’une
telle stratégie qui comporte de sérieux risques.
"Les Iraniens ne
s’assiéront pas à la table des négociations tant qu’ils auront un
pistolet pointé sur leurs tempes, et pour les convaincre de parlementer
Donald Trump et son administration auraient besoin d’atténuer leur
rhétorique, de donner des gages en disant clairement que Washington ne
cherche pas à changer le régime, et de desserrer l’étau des sanctions
qui paralysent l’économie du pays", confie-t-il.
"Le président
américain pensait qu’en mobilisant les forces américaines dans la
région, il enverrait un message fort de dissuasion aux Iraniens, mais je
crains que ces derniers ont une tout autre interprétation de la
situation, poursuit Ali Vaez. Ils pourraient penser que l’hostilité
notoire de Donald Trump à engager les États-Unis dans une nouvelle
campagne militaire au Moyen-Orient leur offre suffisamment d’espace pour
confronter sa stratégie de pression maximale. Une telle
mésinterprétation porte des risques majeurs de conflit."
Selon Ali
Vaez, il faut même craindre une escalade dans les jours à venir tant
les deux parties seront prises dans un engrenage infernal. "Les Iraniens
ont commencé à riposter à la politique de pression maximale parce que
les sanctions sont en train de plomber leur économie, et comme de son
côté l’administration Trump n’a aucune intention d’alléger ces
sanctions, Téhéran va donc poursuivre dans cette voie en menant des
actions que les États-Unis perçoivent comme des provocations."
Et
d’ajouter : "Par conséquent, tôt ou tard, le climat qui a été créé peut
mener par erreur tout droit à un conflit, à cause du niveau actuel des
frictions et en l’absence de canaux de communication entre les deux
parties, qui ont créé un terrain propice aux mauvais calculs."
Toutefois,
il reste une possibilité de désescalade, selon Ali Vaez. "Les deux
camps réalisent qu’ils se retrouvent dans une situation critique, il y a
donc une possibilité de médiation en vue d’une désescalade, mais pour
cela le président américain, qui a déjà montré qu’il pouvait faire
preuve de retenue, va devoir commencer par mettre de côté sa politique
de pression maximale pour pouvoir s’engager sérieusement sur la voie
diplomatique avec les Iraniens."
Par France 24

