
La Suisse veut donc jouer les facilitateurs dans le conflit qui
secoue depuis près de 2 ans le Cameroun
anglophone. Face au pouvoir de
Yaoundé, les groupes armés revendiquent la reconnaissance par les
autorités camerounaises de la souveraineté du British Southern
Cameroons, dont l’indépendance a été proclamée le 1er octobre 1961.
C’est pour jeter les bases d’une future négociation entre les deux
parties que le Département fédéral des affaires étrangères de Suisse, en
partenariat avec le Centre pour le Dialogue Humanitaire (HD Center) a
rencontré des leaders du mouvement séparatiste anglophone à Berne en
Suisse entre le 25 et le 27 juin 2019. HD Center est reconnu pour son
rôle de facilitateur dans la résolution des conflits.
L’on ne
peut que saluer des deux mains cette initiative du gouvernement suisse
qui consiste à mettre les deux parties sur la table de négociations en
vue de mettre un terme à cette guerre qui a déjà causé des milliers de
morts dans la partie anglophone et privé des millions d’enfants de leur
droit d’aller à l’école. Mais du côté des indépendantistes anglophones,
des voix s’élèvent pour dénoncer le parti pris de la Suisse en faveur du
pouvoir de Yaoundé.
Dans une réaction postée sur sa page
Facebook ce 27 juin 2019, le cyber-activiste pro-indépendance du
Cameroun anglophone, Mark Bareta regrette que dans le communiqué que
vient de rendre public le gouvernement suisse, ce dernier considère les
leaders anglophones comme des « opposants » et non comme les
représentants du « mouvement indépendantiste anglophone ». Du coup, la
Suisse est soupçonnée par les sympathisants de la cause séparatiste de
vouloir plus préserver ses intérêts dans la zone anglophone que de
contribuer à une paix durable.
En effet, cette rencontre entre
le gouvernement suisse et les leaders indépendantistes anglophones
intervient un mois après la présence au Cameroun d’Antoine de
Saint-Afrique, président-directeur général du groupe suisse Barry
Callebaut, leader mondial d’exportation du cacao dont les usines sont
implantées au Cameroun. Ce dernier a rencontré le 23 mai dernier au
palais d’Etoudi, le président de la République, Paul Biya, en compagnie
de l’ambassadeur de Suisse au Cameroun, Lazzeri Pietro.
Et si la
Suisse par l’entremise de l’entreprise Barry Callebaut accusait les
contrecoups de la crise en zone anglophone (où du cacao se produit en
abondance notamment à Konye, sur la route Kumba-Nguti, dans le sud-ouest
anglophone), d’où sa volonté de négocier avec les militants de la cause
séparatiste afin d’exploiter le cacao en toute quiétude. Et si en
échange de l’exploitation de ce produit, Paul Biya avait proposé à
l’entreprise d’initier des négociations en vue d’une sortie de crise.
Des hypothèses assez positives qui ne sont pas à exclure mais qui, si
elles s’avèrent vraies, risquent n’apporter aucune solution à ce
conflit. Malheureusement !
Par Michel Biem Tong, web-journaliste, web-militant des droits de l’homme, exilé

