
En plein conflit idéologique, La
France insoumise est aussi ciblée de l'intérieur pour son
fonctionnement interne. L'ex-cadre LFI Thomas Guénolé porte même plainte
contre l'appareil central du parti qui «piétine les droits humains
fondamentaux».
La tension monte au sein de
La France insoumise après la déconvenue des européennes (seulement 6,31%
des suffrages). Cette fois-ci, la bataille n'est pas idéologique ;
elle concerne la démocratie au sein du mouvement. Une note interne de
cinq pages, signée par quarante-deux militants de La France insoumise
(LFI) a été rendue publique le 6 juin par Le Monde.
Les signataires, dont font partie des cadres de LFI comme Charlotte
Girard, l'ont intitulée : «Repenser le fonctionnement de La France
insoumise».
Déplorant les départs de militants depuis l'élection présidentielle
de 2017, ces insoumis en colère constatent des échecs dus «en grande
partie au mode de fonctionnement du mouvement depuis sa création». Et la
note de critiquer «une grande verticalité en termes de décisions
collectives». D'aucuns pourraient voir ici une pique directe contre le
chef de file des insoumis à l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon,
voire de son bras droit – fraîchement élu député européen – Manuel
Bompard.
«Faux», répond Guillaume Quintin, ancien candidat aux
législatives dans les Yvelines, passablement remonté sur Twitter contre
les médias ayant, selon lui, choisi d'orienter leur analyse de ladite
note. «C'est ignominieux et c'est factuellement faux», insiste-t-il. De
fait, ni Jean-Luc Mélenchon ni Manuel Bombard ne sont mentionnés dans la
note que RT France a pu se procurer. «Jean-Luc Mélenchon ce n'est pas
un leader, c'est un porte-voix, et le meilleur de tout le marché actuel
!», argumente Guillaume Quinquin. S'il assure souscrire à la majorité
des propos tenus dans la note, il n'est pas en accord avec elle sur
plusieurs points. «Il n’y a pas de verticalité au sein de La France
insoumise, car pour qu'il y ait verticalité, il faudrait qu'il y ait des
structures, or il n'y a pas de structures dans La France insoumise»,
explique-t-il, ajoutant que c'est ce qui fait la force de son parti.
Un fonctionnement mis en cause
Pourtant,
c'est bien son fonctionnement que les auteurs de la note reprochent à
leur parti. S'ils reconnaissent que les militants peuvent être
consultés, voire impliqués dans le travail national, ils regrettent que
le mouvement n'ait jamais mis en place une «véritable instance de
décision collective ayant une base démocratique» : «Les évolutions
attendues par beaucoup en termes de fonctionnement démocratique ne sont
pas arrivées. Nous sommes nombreux à avoir été consternés, et sans
instance pour en parler, de voir que, le temps passant, aucun processus
de structuration démocratique n’était engagé.»
La maison brûle, il faut agir
Alors
que LFI soutient une démocratie plus poussée avec une VIe République et
le référendum d'initiative citoyenne, les critiques à l'encontre de son
prétendu manque de démocratie en interne pourraient faire tache,
d'autant que le contexte politique n'est pas favorable. «La maison
brûle, il faut agir», s'alarme même le texte, qui va jusqu'à évoquer le
risque de ne pas présenter de listes aux municipales, au regard de
l'étiolement du mouvement.
«Il ne faut pas confondre l'objectif et
les moyens, La France insoumise est un mouvement éminemment
démocratique parce que son objectif est l'avènement de la démocratie»,
martèle Guillaume Quinquin. Des propos qui font échos à ceux que tient
régulièrement Jean-Luc Mélenchon, qui rappelle volontiers que LFI
n'est «pas un parti» mais un outil politique «gazeux».
Thomas Guénolé attaque Le France insoumise en justice
Nul
doute, LFI vit ses heures les plus délicates de sa courte histoire. Le
jour même où cette note explosive fuitait dans la presse, Thomas
Guénolé annonçait qu'il portait contre le mouvement auprès du parquet de
Paris.
La France insoumise l'avait exclu en avril de sa liste pour les
élections européennes en le mettant en cause pour «harcèlement sexuel».
Dans une tribune, Thomas Guénolé dénonçait alors «les méthodes staliniennes» de l'organisation.
Dans
sa plainte, rendue publique le 6 juin, il poursuit LFI «pour avoir
organisé [...] une procédure accusatoire violant les droits de l’Homme,
avec pour but manifeste de salir [s]a réputation». Thomas Guénolé ajoute
que «ce sera le procès de l’appareil central de LFI qui, derrière les
grands discours, dans ses propres pratiques, n’hésite pas à piétiner les
droits humains fondamentaux pour broyer et déshonorer un homme».
En
réalité, si le couvercle explose aujourd'hui, la marmite bouillait
depuis un moment au sein de LFI. Le 15 janvier 2019, Charlotte Girard et
plusieurs de ses camarades avaient signé une lettre pour dénoncer le
sort réservé à certains membres, mis à l'écart du mouvement et des
européennes, comme François Cocq, traité de «nationaliste» par Jean-Luc
Mélenchon. «La méthode consistant à prononcer publiquement le
"bannissement" d’un membre fondateur de La France insoumise, qui plus
est orateur national et bénéficiant d’une large reconnaissance dans le
mouvement, est non seulement préoccupante par sa brutalité, mais
dangereuse pour ce qu’elle signifie politiquement : la possibilité de
disposer unilatéralement du sort politique d’un camarade hors de tout
cadre collectif», pouvait-on lire dans cette lettre. Quelques semaines
auparavant, fin novembre 2018, c'était l'un des conseillers sur les
questions internationales, Djordje Kuzmanovic, qui avait claqué la porte du mouvement en fustigeant le manque de clarté institutionnelle dans La France insoumise.
L'Assemblée
représentative du 23 juin devrait être l'occasion pour La France
insoumise de laver le linge sale en famille. En attendant, les regards
se tournent vers Jean-Luc Mélenchon, qui a annoncé une prise de parole
prochaine. Celui-ci est en relatif retrait médiatique depuis le soir des
européennes, «le temps que la poussière retombe.»
Bastien Gouly
Par RT France

