
Au Sénégal, un
ex-ministre va diriger le processus du «dialogue national» lancé fin
mai. Les avis sont
partagés sur cette concertation, voulue par le Président Macky Sall. Elle est «nécessaire» pour le pays, affirme à Sputnik Alioune Tine, figure de la société civile alors que l’éditorialiste Abdoulaye Bamba Diallo n’en voit pas la nécessité.
partagés sur cette concertation, voulue par le Président Macky Sall. Elle est «nécessaire» pour le pays, affirme à Sputnik Alioune Tine, figure de la société civile alors que l’éditorialiste Abdoulaye Bamba Diallo n’en voit pas la nécessité.
«Pour
cette mission, Famara Ibrahima Sagna est excellent, on ne peut pas
avoir quelqu’un de meilleur que lui, au regard de son expérience, des
principes qui l’animent, de ses vertus. C’est lui qui a inventé une
administration électorale neutre ici, au Sénégal, dans les années 1990»,
a jugé Alioune Tine, fondateur en septembre 2018 d’Africajom Center, un
think tank travaillant sur les questions d’innovation démocratique,
d’État de droit, de droits de l’homme, les problèmes d’insécurité et
d’environnement.
Alioune Tine est l’une des figures de la société civile les plus
réputées au Sénégal et à l’étranger. Il a dirigé des ONG de défense des
droits de l’homme comme la Rencontre africaine pour la défense des
droits de l’Homme (RADDHO) et le bureau d’Amnesty International pour
l’Afrique de l’Ouest. Il se félicite dans un entretien à Sputnik du
choix de Famara Ibrahima Sagna, 80 ans, ancien ministre de l’Intérieur
et de l’Économie et des Finances, pour diriger le «dialogue national»
lancé au Sénégal par le Président Macky Sall.
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Photo. lionel MANDEIX © Présidence du Sénégal
Vue de participants à la cérémonie du dialogue national du Sénégal le 28 mai 2019 à Dakar.

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Photo. © Présidence du Sénégal
Poignée
de main entre le Président sénégalais Macky Sall (à gauche) et Famara
Ibrahima Sagna (à droite, avec des lunettes noires), chargé de conduire
le processus du dialogue national, le 28 mai 2019

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Photo. © Coumba Sylla
Alioune
Tine, défenseur des droits de l’Homme et figure de la société civile au
Sénégal, intervenant lors d'un évènement organisé par l'école de
journalisme E-jicom le 20 décembre 2018 à Dakar.
Aucun calendrier officiel n’a été communiqué, ni pour les travaux du dialogue national ni pour les structures qui seront chargées des différents volets, mais le fondateur d’Africajom Center souhaite que les discussions annoncées rassemblent autant de monde que possible et n’excluent aucune question, même si l’accent semble mis au départ sur les questions politiques. Et, de ce point de vue, le dialogue national est «nécessaire» et «utile».
«Pour nous, la justification du dialogue est
une nécessité absolue. La construction d’un horizon commun d’un nouveau
Sénégal n’appartient pas seulement aux politiques, elle appartient à
tous les citoyens et demande la mobilisation de tous les citoyens. Le
dialogue national aurait dû avoir lieu depuis 2000, de mon point de vue,
avec l’Alternance», lorsque le libéral Abdoulaye Wade a été élu face au
socialiste Abdou Diouf, dont le parti dirigeait le Sénégal depuis
40 ans, a soutenu Alioune Tine.

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Sputnik . © Coumba Sylla pour Sputnik
Des
affiches de la campagne électorale de Macky Sall datant de février 2019
sont encore visibles dans certaines rues à Dakar le 3 juin 2019.
«Les alternances n’ont pas permis de renforcer
les acquis. On est dans une instabilité constitutionnelle et
institutionnelle permanente. Chaque Président qui arrive fait comme si
rien ne s’était passé» avant sa prise de fonctions. «On dit que nous
sommes une démocratie majeure et nous n’arrivons pas à avoir une
démocratie ni quantitative ni qualitative», regrette-t-il, évoquant les
contestations récurrentes autour des élections dans le pays. Donc,
a-t-il insisté, «le dialogue, c’est nécessaire et utile».
Tout le monde n’est pas de cet avis dans le pays. C’est le cas de
Yoro Dia, politologue sénégalais, qui prévoit un «débat digne du sexe
des anges» dans une tribune publiée par plusieurs médias locaux dont le
journal Le Quotidien dans son édition du 22 mai 2019.
Au Sénégal, «nous sommes toujours à la
recherche de l’art de perdre du temps, parce que nous sommes entre le
marteau d’une classe politique qui fait tout pour ne pas aborder les
vraies questions et l’enclume d’une société civile composée en majorité
de rentiers de la tension. Une tension souvent artificielle qui leur
permet de survivre et d’exister médiatiquement», a fustigé Yoro Dia.
«Je constate une chose: nous ne sommes pas dans
une situation qui suscite la tenue d’un dialogue national. Il n’y a ni
crise politique, ni crise institutionnelle, ni blocage des institutions,
ni crise sociale majeure. Je ne vois pas en quoi, juste au lendemain
d’une élection présidentielle remportée par quelqu’un au premier tour,
il est utile de convoquer un dialogue national», a avancé Abdoulaye
Bamba Diallo. «À quoi sert cette histoire, que je considère comme un jeu
de dupes?», s’est-il interrogé.
Il rappelle qu’une commission mandatée par Macky Sall lui-même avait
été chargée, en 2012, de mener une concertation sur les réformes
institutionnelles à initier dans le pays. Cette commission a remis ses
recommandations au Président. Ce dernier «en a choisi quelques-unes qui
lui convenaient et a jeté le reste aux orties», a indiqué
l’éditorialiste.
«Je ne pense pas qu’aujourd’hui le dialogue
puisse aller dans le sens ni des réformes institutionnelles ni des
réformes constitutionnelles», a poursuivi Abdoulaye Bamba Diallo.

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Photo. © Présidence du Sénégal
Macky Sall, Président du Sénégal, à la cérémonie du dialogue national le 28 mai 2019 à Dakar.
«Pour moi, le boycott est une forme de
participation au dialogue national, on n’est pas à l’intérieur, mais à
l’extérieur et parfois, cela permet de mettre du contenu. Il faut
laisser les gens libres de choisir d’être dedans ou de ne pas être
dedans», a-t-il estimé, en s’interrogeant toutefois sur la pertinence
d’une politique de la chaise vide, au regard des enjeux des discussions
programmées.
Selon Alioune Tine, les décisions qui en seront issues sont appelées à
«engager tout le monde». Il a assuré que la société civile veillera à
ce qu’elles soient prospectives, en pensant notamment à la gestion des
gisements de gaz et de pétrole découverts récemment au Sénégal et à la
politique sécuritaire, dans une région marquée par des opérations
sanglantes de groupes djihadistes.
«On invite tout le monde à aller au dialogue.
Aujourd’hui, le Sénégal est devenu un pays attractif, qui suscite
beaucoup de convoitises sur le plan international. Nous allons avoir des
acteurs externes qui sont beaucoup plus puissants que nos États, dont
certains peuvent même créer et alimenter des conflits. C’est une menace
supplémentaire pour la sécurité nationale», en plus des groupes
djihadistes. «Tout cela fait que dans cette situation, nous avons besoin
d’être unis, forts et solidaires face à ces défis», a-t-il conclu.
Par sputnik

