
La région mène une nouvelle phase de désarmement des groupes armés, mais
les massacres de
Koundjili et Lemouna en mai ont fragilisé les progrès.
Ils sont une trentaine, armés d’AK47, de
lance-roquettes ou d’autres armes de guerre. Le regard inquiet, ils se
tiennent un peu à l’écart du terrain délimité par des bandes rouges et
blanches. L’endroit est protégé par des soldats de la Mission des
Nations unies (Minusca) et des membres des forces armées centrafricaines
(FACA). Installés sous un manguier, des techniciens de
l’organisme national chargé du programme de désarmement, démobilisation
et de réintégration (DDR) les invitent à s’approcher et à
s’enregistrer, après avoir déposé leurs armes.
Ces
hommes font partie du groupe armé RJ Sayo, l’un des quatorze
signataires de l’accord de paix conclu à Bangui le 6 février. Leur
leader, Armel Sayo, a depuis obtenu un poste de haut-commissaire avec
rang de ministre, et le groupe a choisi d’intégrer le programme DDR.
Comme nombre de ses camarades, Justin était entré en rébellion il y a
cinq ans. « Lorsque les Séléka sont venus en 2014, ils ont tué nos frères et nos sœurs. C’est ça qui m’a poussé à prendre les armes, affirme-t-il. Je suis toujours resté dans ce groupe. Je veux aujourd’hui en sortir. »
Bonne moisson
Le
lancement de cette campagne de désarmement des groupes armés à Paoua
est considéré comme une phase de test dans la poursuite de l’accord de
paix en RCA. La ville est depuis plusieurs mois montrée en exemple par
le gouvernement et ses soutiens internationaux. « Plus de 100 000 déplacés sont retournés à leur domicile »,
insiste Laurent Wastelain, le chef de base de la Minusca à Paoua. Mais,
le 21 mai, deux villages des environs, Lemouna et Koundjili, ont été
sauvagement attaqués par des membres des 3R, un autre groupe armé. « Ce massacre a été l’événement le plus tragique depuis les accords de paix », souligne le responsable de la Minusca.
Après
avoir posé un ultimatum de trois jours au chef des 3R, Sidiki Abass,
pour qu’il livre les responsables de ces attaques et démantèle ses
bases, les responsables de l’ONU et du gouvernement semblent avoir
considérablement baissé de ton. Sidiki Abass, qui demeure conseiller
militaire auprès de la primature, a reconnu la responsabilité de membres
de son groupe, évoquant des « éléments isolés », et a accepté
d’en livrer trois. Lors d’une rencontre avec les autorités, il a promis
d’en rechercher au moins six autres, actuellement en fuite selon lui. On
est pourtant loin du décompte effectué par les villageois, qui
dénombraient une quarantaine d’assaillants. Mais Sidiki Abass s’est
également engagé à intégrer le programme de DDR dans les prochaines
semaines, ce qui semble avoir convaincu ses interlocuteurs.
La
Minusca et les FACA, qui se tenaient prêts à intervenir militairement
après les attaques, ont seulement renforcé les patrouilles dans la zone,
et annoncé des survols de dissuasion. « Les 3R sont toujours une menace importante pour la paix et la stabilité dans la région, rappelle Laurent Wastelain. Mais
les pressions politiques et militaires se sont accentuées sur ce groupe
armé pour qu’il donne des gages sérieux. Qu’il cesse de violer l’accord
de paix qu’il a lui-même signé, en continuant notamment à recruter des
éléments armés, à se fournir en armements, etc. » Les promesses de
Sidiki Abass ne suffisent toutefois pas à une partie de la société
civile et de l’opposition, qui ont demandé sa destitution. Beaucoup
attendaient une réaction plus forte après les attaques de mai, mais la
crainte de compromettre définitivement l’accord semble l’avoir emporté.
Dans la petite clairière non loin de Paoua, la séance de désarmement touche
à sa fin pour aujourd’hui. Visiblement plus détendus, les membres du
groupe désormais désarmés font même des selfies en riant. Comme si ce
n’était pas seulement du poids de leurs armes qu’ils venaient de se
débarrasser. Au fond, sur une bâche bleue, les armes déposées – RPG,
kalachnikovs, et autres DKM – s’amoncellent. Une bonne moisson pour ce
premier jour, assure-t-on chez les organisateurs.
Futurs quotas
Pour
une partie de ces jeunes hommes, ce moment marque la fin de cinq ans de
vie en brousse, d’exactions diverses et d’affrontements meurtriers.
Mais c’est aussi le début d’un long processus. Après cette restitution,
ils devront troquer leur treillis contre des vêtements civils et
effectuer différents tests de santé mentale et physique, avant d’accéder
à une dernière étape, celle de la réintégration socio-économique, gérée
à Paoua par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Après le DDR, beaucoup de nos hommes vont retourner dans leurs champs ou apprendre différents métiers », se réjouit Urbain Bessin, le coordinateur général des RJ Sayo.
Justin, lui, souhaiterait intégrer les FACA. Ils sont nombreux dans ce cas. « Nous travaillons sur la question de l’intégration dans les corps en uniforme », souligne le capitaine Ngoni, responsable du DDR au niveau national, mais, prévient-il, « il
n’y aura pas de place pour tous les ex-combattants. Des quotas vont
être mis en place, et il faut répondre à des critères précis, notamment
physiques ».
Le programme de DDR devrait toucher 5 000 d’entre eux. Un processus lourd et long à mettre en œuvre. « Ce n’est pas le programme miracle, admet Laurent Wastelain. Il
ne va pas résoudre la totalité des conflits. Mais il fait partie des
options retenues. Ces opérations continueront maintenant à l’ouest de la
préfecture et cibleront davantage les éléments des 3R. »

