
Alors que le 8e
accord de paix signé entre les autorités de Bangui et 14 groupes armés
traine dans son
exécution, un quinzième groupe armé issu d’une scission du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique vient de naître. Minimisée par les autorités, l’arrivée de ce groupe fait craindre une montée des violences. Décryptage.
exécution, un quinzième groupe armé issu d’une scission du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique vient de naître. Minimisée par les autorités, l’arrivée de ce groupe fait craindre une montée des violences. Décryptage.
C’est
un communiqué de presse, écrit et signé à la main par quelque 80
officiers frondeurs du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la
Centrafrique (RPRC), qui a annoncé la naissance du quinzième groupe armé dans le pays.
Le
PRNC est le nom donné à ce nouveau groupe armé avec comme chef, Nourd
Gregaza, un ancien ministre réputé proche de l'ancien Président Michel
Djotodia. À ses côtés, une autre figure très connue dans le pays, Aubin
Issa Issaka, chef d'état-major de l'armée toujours sous la présidence
Djotodia. Si les dirigeants du PRNC n'ont pas expliqué leur motivation
dans leur communiqué de presse, Joseph Lea Ngoula, analyste des
questions sécuritaires et géopolitiques pour le cabinet Oring
consulting, s’inquiète d’un regain de violence dans la partie sud du
pays.
Joint
au téléphone par Sputnik, Ange Maxime Kazagui, ministre de la
Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain préfère,
quant à lui, relativiser:
Pour
l’analyste, une accélération de la mise en œuvre des dispositions de
l’accord de Khartoum est indispensable, de même que la restauration de
l'autorité de l'État dans les préfectures:
Un accord de paix a été trouvé en février à Khartoum entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés représentés. Cet accord de paix, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l'Union africaine, est le huitième du genre signé depuis le début de la crise en 2013. Aucun des précédents accords n'a abouti à un retour à la stabilité, pas plus que la présence de la MINUSCA, déployée en 2014 et forte de 11.000 Casques bleus.
Par sputnik
«Très chers compatriotes, nous les généraux
officiers et sous-officiers, hommes de rang signataires du "traité de
coalition du Parti du rassemblement de la nation Centrafricaine (PRNC)"
déclarant officiellement devant tous qu’à compter de ce jour le
28/05/2019 nous prêtons solennellement serment de choisir et prendre
pour notre leader incontesté et incontestable monsieur Nourd Gregaza le
Président fondateur de PRNC», peut-on lire en substance dans ce document
dont Sputnik a obtenu une copie.
«Il faut déjà redouter un regain de violence
dans le sud, car cette faction dissidente pourrait multiplier les
attaques sur le terrain pour démontrer sa capacité de nuisance aux
autorités de Bangui, afin de contraindre ces derniers à les prendre en
compte dans le partage du prix de la paix. Un raccourci pour accéder
directement aux avantages qui leur a été refusé dans leur ancien
groupe», prévient l’analyste au micro de Sputnik.
«Nous sommes au fait de ce mouvement au sein
d’un groupe armé. Pour l’instant, nous investiguons et observons encore
les agissements. À ce stade de la situation, nous ne pouvons pas en dire
plus. Pour nous, il n'y a que 14 groupes armés reconnus et signataires
de accord de paix en Centrafrique», précise-t-il en exclusivité pour
Sputnik.
Après le massacre communautaire de mai dans l’ouest du pays ayant
fait une cinquantaine de morts, la naissance de ce nouveau groupe armé
renforce les craintes que l’accord de paix de Khartoum soit encore plus menacé.
«Cette scission fragilise un peu plus l'accord
de paix et freine la mise en œuvre de certaines dispositions adoptées à
Khartoum pour stopper les violences contre les civils. Elle est aussi
une conséquence directe des mauvaises conditions de négociation de
l'accord. En effet, les clauses de cet accord consacrent l'impunité
vis-à-vis des rebelles nonobstant les atrocités qu'ils ont commis.
L'accord légitime aussi les seigneurs de guerre et conforte leur
autorité dans leur fief. Des concessions qui sont de nature à susciter
de nouvelles vocations guerrières au lieu de mettre fin aux violences»,
poursuit Joseph Lea Ngoula au micro de Sputnik.
«Il faut affaiblir l'emprise territoriale des
groupes armés signataires de l'accord en poursuivant ceux qui s'adonnent
à des exactions contre les civils, en accélérant la mise en œuvre des
dispositions de l'accord de Khartoum et le programme de désarmement, en
facilitant le retour rapide de l'armée dans les préfectures à l'exemple
du retour observé à Kaga-Bandoro, carrefour de transhumance situé dans
le nord de la Centrafrique et déserté par les Forces armées
centrafricaines depuis 2014. La restauration de l'autorité de l'État
dans les préfectures est un moyen de renforcer la pression sur les
groupes armés, de stopper la segmentation qui guette certains groupes et
d'affaiblir leur base de soutien», martèle-t-il.
Depuis 2013, la Centrafrique vit sous la coupe de groupes armés et de
milices qui commettent d'innombrables violences et exactions.Un accord de paix a été trouvé en février à Khartoum entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés représentés. Cet accord de paix, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l'Union africaine, est le huitième du genre signé depuis le début de la crise en 2013. Aucun des précédents accords n'a abouti à un retour à la stabilité, pas plus que la présence de la MINUSCA, déployée en 2014 et forte de 11.000 Casques bleus.
Par sputnik

