Le successeur que s’est choisi l’ex-chef de l’Etat Noursoultan
Nazarbaïev a remporté le scrutin avec
70 % des voix, selon les premières
estimations.
Le président par intérim du Kazakhstan,
Kassym-Jomart Tokaïev, a remporté avec 70 % des voix, dimanche 9 juin,
l’élection présidentielle anticipée de ce pays d’Asie centrale, au terme
d’une journée marquée par d’importantes manifestations et plusieurs
centaines d’arrestations.
Kassym-Jomart
Tokaïev a obtenu 70,13 % des voix, selon les sondages réalisés à la
sortie des urnes par l’institut Opinion Publique. Son plus proche rival,
Amirjan Kossanov, en a obtenu 15,39 %, ce qui est le meilleur score
jamais réalisé par un opposant dans une élection présidentielle kazakhe.
Le taux de participation s’est établi à 77,4 %, selon la Commission
électorale centrale. La victoire de M. Tokaïev, un diplomate de carrière
de 66 ans, ne faisait guère de doute puisqu’il était soutenu par l’ex-président Noursoultan Nazarbaïev, qui a dirigé sans partage le Kazakhstan depuis son indépendance en 1991.
Mais
ce scrutin a surtout été marqué par les plus importantes manifestations
depuis trois ans à travers le pays, les protestataires appelant au
boycott d’une élection qu’ils estimaient jouée d’avance. Plusieurs
centaines de manifestants de l’opposition ont été arrêtés, comme l’a
confirmé le vice-ministre kazakh de l’intérieur en communiquant le
chiffre de « 500 personnes qui ont été transférées dans les commissariats de police de Nur-Sultan et d’Almaty ».
« Honte ! Honte ! Honte ! »
Les
journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) ont vu les policiers
interpeller et conduire dans des véhicules des centaines de personnes
dans les deux premières villes du Kazakhstan, Almaty et la capitale
Astana. L’un des correspondants de l’AFP a été brièvement interpellé
avant d’être remis en liberté, tandis qu’un autre s’est vu confisquer
son équipement vidéo.
Deux
journalistes de Radio Free Europe-Radio Liberty, Petr Trotsenko à
Almaty et Saniya Toiken à Astana, ont également été interpellés, puis
relâchés, ainsi que Marius Fossum, de l’organisation de défense des
droits humains Comité Helsinki norvégien.
Plusieurs
autres journalistes ou militants politiques ont été interpellés,
certains étant toujours en détention. Selon un vice-ministre de
l’Intérieur, Marat Kojaïev, « environ cent » manifestants ont été appréhendés dans les deux villes. « Honte ! Honte ! Honte ! » ou encore « La police de notre côté ! », criaient certains manifestants à Almaty avant que les forces de l’ordre ne dispersent le rassemblement.
Depuis
la démission de Noursoultan Nazarbaïev, le Kazakhstan est traversé par
une agitation sociale rare qui a provoqué un raidissement des autorités.
L’opposant le plus virulent au régime, l’ancien banquier en exil Moukhtar Abliazov, avait appelé à des manifestations dimanche.
Une transition politique décrite comme « une illusion »
Plusieurs
manifestations avaient émaillé la campagne électorale, provoquant une
réponse sévère des autorités, qui ont intensifié la répression contre
les médias et les opposants dans les semaines ayant précédé le vote.
Dans un communiqué, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a expliqué que l’idée
d’une transition politique était « une illusion » et mis en lumière la poursuite de violations des droits de l’homme sous la présidence par intérim de M. Tokaïev :
« Les
autorités kazakhes interrompent de façon routinière les protestations
pacifiques, emmènent de force leurs participants – leur attachant
parfois les mains et les pieds – et les sanctionnent en leur infligeant
des amendes et de courtes peines d’emprisonnement. »
M. Tokaïev,
66 ans, un ancien diplomate de carrière, affrontait six adversaires
mais aucun n’était connu du grand public et un seul pouvait être
considéré comme un réel opposant. A l’inverse, le président par intérim a
pu compter sur le soutien de nombreuses célébrités et sur les
ressources de l’Etat, mises à sa disposition pour sa campagne
électorale.
L’ancien
président kazakh avait été élu une première fois en 1991 puis réélu à
quatre reprises avec des scores dépassant les 80 %. En 2015, dans un
contexte de difficultés économiques, Noursoultan Nazarbaïev avait obtenu
98 % des voix pour un taux de participation de 95 %.
Ces
élections n’ont jamais été reconnues comme libres et justes par les
observateurs internationaux et il est probable qu’il en sera de même
pour celle-ci. Selon l’un des deux organismes de sondages autorisés à
fonctionner, M. Tokaïev est crédité de près de 73 % des voix.

