
«La Deutsche Bank telle que vous la connaissez n'existe plus», a déclaré dimanche son directeur
général Christian Sewing.
général Christian Sewing.
La
plus grande banque d'Allemagne ne fera plus de commerce d'actions, a
renoncé à la plupart des opérations d'investissement et a réduit son
personnel de 92.000 à 74.000 personnes. Tout cela s'inscrit dans un
vaste plan de restructuration appelé à redresser le chiffre d'affaires
de la banque. Pourquoi la plus grande institution financière du pays
traverse-t-elle une crise et y a-t-il une issue?
Comme
le précise Business Insider, des suppressions de postes ont déjà
commencé au siège de Londres, comme l'a confirmé l'un des collaborateurs
de la banque qui a quitté le bureau «avec un sac à dos, des dossiers et
un fourre-tout». D'autres ont témoigné que littéralement quelques
heures après l'annonce des suppressions de postes par la direction, ils
avaient reçu la consigne de récupérer leurs affaires avant 11 heures du
matin car leurs badges cesseraient de fonctionner.
Avec près de 8.000 collaborateurs à la City de Londres, la Deutsche
Bank est l'un des plus grands employeurs de cette place financière
mondiale.
En particulier, elle s'est impliquée dans des machinations avec le taux
Libor (avec la participation d'autres grands acteurs comme les
britanniques Barclays et la Royal Bank of Scotland, la suisse UBS et la
Société Générale). Quand le problème a fait surface, la Deutsche Bank a
été sanctionnée à hauteur de 2,5 milliards de dollars, et l'agence
S&P a abaissé sa note de crédit, alors au plus haut niveau, de trois
crans jusqu'à BBB+.
D'autres épisodes de fraudes et d'abus ont été découverts, notamment
avec des titres hypothécaires vendus par la banque avant la crise de
2008, et la banque a également été visée par des accusations de
blanchiment d'argent. Les sommes des plaintes et les frais de procès ont
grandi par effet boule de neige, et avec elles les pertes.
Une éventuelle faillite de la Deutsche Bank a été évoquée pour la première fois par les analystes en 2013, quand la banque avait reconnu avoir besoin de capitaux supplémentaires. On avait tenté de régler le problème en vendant 4,5 milliards d'euros d'actions. Ensuite, les investisseurs s'étaient vu proposer 8 milliards de titres supplémentaires, mais cette fois avec une remise de 30% par rapport à la valeur marchande, ce qui a suscité l'indignation légitime de ceux qui avaient acheté les actions plus tôt.
Deux ans plus tard, les tests de résistance ont révélé que la Deutsche Bank manquait toujours d'argent. Pour la première fois depuis la crise financière mondiale, fin 2016 la banque a annoncé des pertes nettes de presque 7 milliards d'euros.
Par
conséquent, la Deutsche Bank pourrait tout à fait provoquer un
effondrement global, comme l'avait fait en 2008 l'américaine Lehman
Brothers. Selon les experts financiers, la principale menace émane de
son portefeuille gigantesque de titres de valeur, estimé à 46.000
milliards d'euros, soit 14 fois le PIB de l'Allemagne.
La décision de cette réorganisation a fait suite à l'échec des
négociations d'avril sur la fusion avec une autre banque en difficulté,
Commerzbank. Cette transaction était perçue comme l'une des options
permettant de sauver le géant allemand. Mais au final, les régulateurs
allemands l'ont jugé inappropriée: la fusion laissait présager des
risques et des dépenses supplémentaires pour la deuxième banque pilier
de l'économie du pays.
Toutefois, les investisseurs avertissent que le plan de restructuration pourrait s'avérer non seulement trop radical, mais également excessivement optimiste. Si ce plan ne fonctionnait pas, les problèmes de la Deutsche Bank s'aggraveraient sérieusement sur la toile de fond du ralentissement de l'économie mondiale.
Par sputnik
Une transformation radicale
Depuis fin juin, on entendait parler d'une importante suppression d'emplois à la Deutsche Bank en difficulté. Le quotidien américain Le Wall Street Journal affirmait qu'entre 15.000 et 20.000 collaborateurs seraient limogés. Cette information a finalement été confirmée: la banque a annoncé le lancement d'une vaste restructuration impliquant la suppression de 18.000 emplois d'ici 2022.
«La Deutsche Bank transforme radicalement son
modèle d'activité pour devenir plus rentable, accroître le rendement des
actionnaires et stimuler une croissance durable», stipule le communiqué
officiel de l'établissement bancaire.
Il est prévu de réduire significativement le service des
investissements et de fermer le département asiatique. La banque cesse
de vendre des actions et des obligations, mais elle maintiendra son
activité sur les marchés du capital social. Selon l'idée de la
direction, cela permettra de se focaliser sur les actifs spécialisés
comme les services bancaires aux entreprises et aux particuliers, ainsi
que les opérations monétaires.
«Je regrette que pour le rétablissement de
notre banque nous devions engager des suppressions massives», a noté le
directeur exécutif de la banque Christian Sewing. Mais, d'après lui,
«cela servira les intérêts à long terme de la banque», c'est pourquoi il
fallait agir résolument.
La restructuration devrait régler le problème principal: des dépenses
trop élevées pour peu de profit. D'ici 2022, il est prévu de réduire
les dépenses d'un quart, soit de 6 milliards d'euros par an.
Dans le même temps, la banque a reconnu que suite à la
restructuration, au deuxième trimestre les pertes nettes atteindraient
presque 3 milliards d'euros, pour un total de 7,4 milliards d'euros
d'ici 2022.
Une période difficile
Comme l'a rappelé le président du conseil de supervision de
la Deutsche Bank Paul Achleitner, la banque a traversé une «période
difficile».
Les problèmes sont survenus après la crise financière mondiale,
quand avait été découvert un «trou» de 12 milliards d'euros. Le gérant
de la banque à l'époque, Josef Ackermann, avait falsifié le bilan pour
persuader les actionnaires que les fonds étaient suffisants. Le
gouvernement allemand avait également contribuer à entretenir son image
d'établissement financier fiable et sûr. Mais le trou a grandi et la
direction prenait des mesures de plus en plus risquées pour redresser la
situation.
Une éventuelle faillite de la Deutsche Bank a été évoquée pour la première fois par les analystes en 2013, quand la banque avait reconnu avoir besoin de capitaux supplémentaires. On avait tenté de régler le problème en vendant 4,5 milliards d'euros d'actions. Ensuite, les investisseurs s'étaient vu proposer 8 milliards de titres supplémentaires, mais cette fois avec une remise de 30% par rapport à la valeur marchande, ce qui a suscité l'indignation légitime de ceux qui avaient acheté les actions plus tôt.
Deux ans plus tard, les tests de résistance ont révélé que la Deutsche Bank manquait toujours d'argent. Pour la première fois depuis la crise financière mondiale, fin 2016 la banque a annoncé des pertes nettes de presque 7 milliards d'euros.
En 2018, un nouveau coup dur a été porté par l'investigation
Panama Papers sur le scandale des offshores. Il s'est avéré que la plus
grande banque allemande aidait ses clients à contourner le fisc en
envoyant l'argent dans les offshores. De plus, l'an dernier, la banque a
perdu 750 millions de dollars sur la vente d'actions.
Une menace pour l'économie mondiale?
Le Fonds monétaire international (FMI) a reconnu en 2018 la
Deutsche Bank comme «la plus grande source de risque parmi les banques
systémiques du monde» dans la mesure où le secteur bancaire allemand
joue un rôle primordial dans l'économie mondiale.
«La fusion de deux banques-zombies n'aurait pas
créé un «champion national», mais seulement un bien plus gros zombie»,
écrivait alors l'agence de presse Bloomberg.
Plusieurs analystes ne pensent pas qu'une crise mondiale puisse être déclenchée
par la Deutsche Bank: la banque redressera la situation, même si ce
sera fait avec du retard. Cette banque qui a connu une grande expansion
dans les années 1990-2000 n'a pas su réagir à temps à la crise
financière et à réduire les affaires au profit de la stabilité. C'est ce
qu'elle cherche à faire aujourd'hui.Toutefois, les investisseurs avertissent que le plan de restructuration pourrait s'avérer non seulement trop radical, mais également excessivement optimiste. Si ce plan ne fonctionnait pas, les problèmes de la Deutsche Bank s'aggraveraient sérieusement sur la toile de fond du ralentissement de l'économie mondiale.
Par sputnik

