
Le courage pris par Ambroise Oyongo Bitolo pour dénoncer
l’amateurisme ambiant au sein de la
sélection camerounaise semble à la
mesure de son exaspération. Dans un entretien accordé au quotidien Le
Messager, édition de ce jeudi 29 août 2019, le latéral gauche de
Montpellier ne passe pas par quatre chemins pour attribuer la
responsabilité de l’échec à la Coupe d’Afrique des Nations Egypte 2019,
aux dirigeants actuels du football camerounais. « Je crois qu’au niveau
de la Fédération camerounaise de football, toutes les dispositions
n’avaient pas été mises en jeu pour respecter la nation camerounaise et
l’équipe nationale que nous formons », indique l’ancien joueur de Coton
Sport de Garoua. Il fait par notamment référence à l’affaire des primes
qui a tétanisé l’atmosphère au sein de la tanière avant le départ pour
l’Egypte et qui a été à l’origine de l’arrivée tardive de la sélection
des tricolores au pays des pharaons. « Quand à la veille d’une
compétition, des soucis de primes ressortent, cela fragilise le groupe.
Un gros manque à gagner s’installe aussitôt au sein du groupe. Autant du
côté des joueurs que du staff technique », explique-t-il.
Pourtant, sur ce point névralgique, le respect du décret de 2014 du Chef
de l’Etat réglementant la question des primes au sein des sélections
nationales aurait permis d’éviter des tensions. « Le souci des primes
est mis sur la table, six mois avant comme le prévoit le décret du Chef
de l’Etat. Mais dans notre cas, c’est une semaine avant notre départ que
cela est mis à l’ordre du jour. Nous avons fait un rapport avec les
différentes doléances liées à notre déplacement et c’est une semaine
avant le début de la CAN que certains ont trouvé bon de répondre, ceci
au mépris des hommes que nous sommes et des institutions que nous
représentons », rappelle-t-il avant d’avertir : « tant que cette
situation chaotique ne changera pas, les résultats de l’équipe iront
probablement de mal en pis ».
Oyongo Bitolo ne regrette pas
d’avoir été à la tête du mouvement de grève qui a éclaté à la veille de
la CAN au sujet des primes et le referait si l’occasion s’y prêtait à
nouveau. « C’était à cause du manque de respect de la hiérarchie à
l’endroit de cette équipe. Et je puis vous dire que certains de nos
valeureux joueurs ne viendront probablement plus au sein de cette équipe
au vu de l’incompétence et de la mauvaise foi des dirigeants de notre
football », justifie-t-il. « Le fait est que, ajoute-t-il, nous ne le
menons pas seulement pour nous, mais c’est pour permettre à la nouvelle
génération de pouvoir travailler dans un environnement sain où respect
et rigueur seront de mise… Cette grève, en dépit de ce que certains
pensent, n’avait rien à voir avec un besoin d’argent, mais l’objectif
était de dire que les joueurs méritent du respect ».
Frustrations
L’international camerounais révèle que plusieurs joueurs frustrés par
les attitudes qu’il décrit, auront du mal à retourner en sélection. En
ce qui le concerne personnellement, une décision serait même déjà prise.
« Honnêtement, cette situation a été incroyable au point où je me pose
des questions sur mon retour en sélection. Je ne pense pas pouvoir
revenir au sein de cette tanière plein de vices », annonce le joueur. On
le savait déjà pas proche de Samuel Eto’o, qui ferait la pluie et le
beau temps au sein de la sélection aujourd’hui. Il a tenu lui-même à le
rappeler. « Je n’ai aucun rapport avec Samuel Eto’o. Certainement pour
d’autres, savoir qu’il était présent à eu un impact. Mais en ce qui me
concerne, quand je vais à une compétition, je ne pense qu’à jouer et à
donner le meilleur. Du coup, ceux qui viennent tourner autour, n’a pas
d’impact sur moi. En outre, du haut de mes huit ans au sein du groupe,
je pense avoir vécu tellement d’événements qui ont déjà forgé ma
personne contrairement à nos jeunes joueurs. Il faudrait dès lors savoir
que je ne porte pas un joueur en particulier en cœur. C’est le Cameroun
que je porte en cœur. » A martelé celui qui a la réputation de mettre
l’ambiance au sein de la sélection.
Le fait d’avoir limogé
Clarence Seedorf au lendemain de cette débâcle est loin d’être la
solution pour le numéro 6 du Cameroun, même s’il pense que le technicien
néerlandais aura manqué au cours de cette compétition, d’expérience et
surtout, une bonne connaissance du football africain. « Pour une
compétition comme la Coupe d’Afrique des Nations, il est idéal d’avoir
des guerriers, car c’est un mois de lutte acharnée ».

